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La ville de Tornio a érigé une statue en l'honneur du groupe punk SM Terveet Kädet

Eh ben mes Kädet.

Le groupe finlandais Terveet Kädet est une légende vivante de la scène punk radicale. Un de ces rares groupes à faire autorité chez les darons du hardcore comme dans la scène metal, où il font carrément figure d'influence underground. Vitesse, violence, malaise. Titres de morceaux difficiles à orthographier, avec beaucoup de voyelles, des umlauts sur les « a » et sur les « u », même les majuscules. La porte du local de répet bloquée par les congères. En un mot, le chaos. Quand ils tournent aux Etats-Unis, c'est à l'Horrible Fest de Cleveland que Terveet Kädet font étape, ou bien au Maryland Deathfest, ou encore au Chaos In Tejas. On peut résumer ainsi l'influence de la culture finlandaise sur les âmes crust : jusqu'à l'enfance, on croit au Père Noël, ensuite on croit à Terveet Kädet.

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Je les ai vus l'été dernier en Belgique, au Ieper Hardcore Fest. Sur le livret, les activistes du festival les avaient décrits ainsi : « groupe de punk hardcore légendaire, souvent considéré comme le Discharge finlandais. Le groupe a été fondé à Tornio au début des années 80. Terveet Kädet a souvent été mentionné par Max Cavalera de Sepultura comme étant un de ses groupes préférés de tous les temps. »

C'est après leur set que j'ai entendu parler de ce projet de statue à leur gloire dans leur ville natale. Je veux bien admettre qu'on s'emmerde ferme à Tornio, au fond du golfe de Botnie, mais dans un premier temps, je me suis dit que c'était un gros hoax. Bon, si on tape « Laponie » sur Airbnb, sur quoi tombe-t-on ? Une cabane avec cheminée ? Un igloo, carrément ? Que sait-on du pays de Terveet Kädet ? On y trouve le village du Père Noël, ok, pas mal de rennes, et l'alternance d'un mode de vie très sain (le sauna) et pas sain du tout (la gueule de bois permanente). C'est marqué dans mon Guide du Routard : « Ici, l'ivresse est rituelle et collective ». Mais quand même. Une collectivité locale qui rend hommage à un groupe de punk d-beat ? Il y a bien un moment où les élus dessoulent, non ? Musicalement, déjà, on n'est pas vraiment dans le genre consensuel. Et en ce qui concerne le champ lexical, Terveet Kädet ont toujours semblé portés sur des thèmes chelous, notamment sado-masochistes. Là-aussi, tendance plutôt hardcore.

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Quelques extraits de leur discographie : « Bondage And Anguished Life », « Leather Enslavement », « Bizarre Domination », « The Ultimate Pain » Vous voyez le tableau…

Sur leur EP de Noël, Ääretön Joulu, on peut voir un type à poil faisant le cochon pendu, une bougie allumée fichée dans les fesses. Vous avez compris qu'à-côté, Turbonegro, c'est des boyscouts en classe de neige.

Sur « Anno Domini », Terveet Kädet nous rappelle (en latin, pour plus de solennité), que « nous naissons entre merde et urine » - avec au passage un curieux retricotage du thème de James Bond.

Il existait déjà un groupe sur Facebook, « Pour que Tornio érige une statue de Terveet Kadët ». Eh bien aussi surprenant que cela puisse paraître, la réalité est que cette statue a été construite. J'ai appris son inauguration en parcourant le journal Barents Culture (« le média des expériences arctiques ») : « Les monuments sont élevés en la mémoire de grands hommes, des célébrités ou des rois. A Tornio, un nouveau monument a été érigé pour honorer le groupe punk Terveet Kädet. L'obélisque de six mètres de haut, baptisée La Lanterne Cassée, a été conçue par les artistes locaux Teija et Pekka Isorätty. »

Modeste, le groupe lui-même s'est empressé de préciser qu'en fait, « il s'agit d'une statue en l'honneur de la culture underground originaire de Tornio », et qu' « une seule face est dédiée à Terveet Kädet ».

Le monument rend en outre hommage à Petter Abram Herajärvi, poète en guenilles du 19ème siècle, sorte de Diogène de Laponie resté dans les mémoires pour ses compositions cyniques, sa propension à porter des vêtements de femme, et l'habitude qu'il avait prise de tirer derrière lui une Bible accrochée à une petite ficelle. Image via Terveet Kädet n'a pas joué le jour du vernissage. Seuls quelques titres ont été passés sur la sono. Mais l'impact culturel d'un groupe de cette trempe est officiellement reconnu, et on peut dorénavant, en bon punk, se rendre en pèlerinage jusqu'à l'obélisque située en centre-ville.

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On connaissait déjà par coeur la saga finnoise des hard-rockers mous Lordi remportant l'Eurovision. Eux aussi ont eu droit àun « monument » dans leur ville d'origine, Rovaniemi (bon, juste les empreintes de leurs mains sur une stèle assez triste). Autre anecdote : il existe une distinction du nom de Nordic Music Prize. Cette année les finalistes en ont été le groupe Pää Kii (ça veut dire « Ta Gueule »), dont le frontman est le chanteur Teemu Bergman, activiste punk et ancien membre du groupe Nazi Death Camp.

Tout ça pour dire qu'on peut être sûr que les technocrates du coin font preuve d'une ouverture culturelle qu'on n'est pas prêt de voir chez nous au prochain conseil de Communauté de Communes ou à la Commission d'Aide à la Création de la Sacem.

Vous savez ce qu'il vous reste à tenter si vous êtes un vrai citoyen destroy, fidèle à vos compilations Chaos En France et France Profonde. Il ne vous reste plus qu'à écrire au maire d'Orléans pour exiger une statue de Reich Orgasm, à celui de Bordeaux pour qu'il visse au mur une plaque à la mémoire de Camera Silens, ou à celui de Rennes pour financer une bonne grosse sculpture évoquant les faits d'armes des Trotskids. C'est le moment de mettre la pression : ça va être les élections municipales.

En attendant, si on clique sur l'onglet « monuments » du site officiel de la bonne ville de Tornio, on obtient quand même une erreur 404. L'honneur punk est sauf.

Guillaume Gwardeath écrit dans la presse underground depuis qu'il a eu son premier ordinateur, un Sinclair ZX81. Il est sur Twitter - @gwardeath