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Lenny Zenith, le transsexuel qui a ouvert pour Iggy Pop et U2

Le leader de RZA et Pop Combo nous parle de la difficulté d'être trans dans les années 80, à fortiori quand on a un père missionnaire et une mère cubaine.

Photo issue de la collection personnelle de Lenny Zenith. Quand on pense à l'âge d'or du rock ’n’ roll, on pense principalement à un tas de types sexistes qui se tapent des groupies et traînent entre couilles. Pourtant, dans les années 80, un musicien transgenre, Lenny Zenith, a réussi avec son groupe RZA à partager la scène avec U2, Iggy Pop et tout un tas de groupes semi-légendaires de la Nouvelle Orléans. Même s'il est à peu près sûr qu'Iggy Pop savait qu'il était trans et qu'il s'en foutait, Lenny a toujours gardé le secret sur sa sexualité. Aujourd'hui, Lenny vit à New York, où il est avocat LGBT. Il a également un nouveau groupe, The Tenterhooks, et termine sa biographie, intiutlée Before I Was Me. J'ai passé un moment avec Lenny dans un bar sordide de NYC, où il m'a parlé de la difficulté d'être trans dans les années 80, à fortiori quand on a un père missionaire et une mère cubaine.

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Noisey : Comment est-tu arrivé dans la musique ?
Lenny Zenith : Je suis né à la Nouvelle Orléans et mes deux parents étaient musiciens. Mon père était violoniste et ma mère, chanteuse. Ils se sont rencontrés à Cuba, où mon père était missionnaire. Ma mère chantait dans une émission radio de l'Armée du Salut. Ils avaient 30 ans d'écart—c'était un peu bizarre de grandir avec un père qui avait l'âge d'être grand-père—alors mon père l'a ramenée aux USA et ils se sont installés à la Nouvelle Orléans, parce qu'elle voulait vivre dans un endroit chaud. Mon père avait une église là-bas, et ma mère y chantait, j'ai donc grandi entouré de musique.

Tu étais donc une fille au départ. À quel âge as-tu compris que tu te sentais davantage comme un garçon ?
Quand j'avais quatre ou cinq ans, j'ai commencé à me poser des questions sur qui j'étais vraiment. Je me souviens d'un moment où j'étais assis sous le piano de ma mère. Les accords flottaient au-dessus de moi et j'avais l'impression qu'il se passait quelque chose d'étrange, ou en tout cas de différent, mais je n'avais pas de mots pour l'exprimer. Quand je suis arrivé au CP, je me suis mit dans la mauvaise file [celle des garçons], et ils m'ont dit, « non, toi tu vas là. » Vers 11 ou 12 ans, ma mère, qui était Latino et avait donc des idées très arrêtées sur la sexualité, m'a dit qu'elle n'aimait pas ma façon de m'habiller. Elle me disait tout el temps : « pourquoi tu te tiens comme ça ? pourquoi tu t'habilles comme ça ? »

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Tes parents ont-ils essayé de comprendre ce qu'il se passait ?
Ils m'ont emmené voir un pédopsychiatre et un endocrinologue, à l'université de Tulane, quand j'ai eu 12 ans, pour comprendre pourquoi je me comportais et m'habillais comme un garçon. Les médecins ont dit qu'il n'y avait rien d'anormal. À cette époque là, on m'appelait déjà Lenny. On a commencé à m'appeller comme ça très jeune, en fait. J'avais un cousin à Cuba qui s'appelait Leonard et ma grand-mère n'arrêtait pas de me comparer à lui. « Oh, elle ressemble tellement à Lenny ». C'était un pur hasard, et tellement inespéré finalement.

Mes parents commençaient à flipper. Heureusement que je suis tombé sur ces docteurs, qui ont su comprendre mon problème. L'endocrinologue m'a dit : « Reviens me voir quand tu auras 18 ans, et on verra ce qu'on peut faire pour t'aider. » Et c'est ce que j'ai fait. Le jour de mes 18 ans, je suis retourné à Tulane et j'ai commencé une thérapie hormonale.

Et avant tes 18 ans, tu vivais déjà comme un garçon ?

Mes parents se sont séparés quand j'avais 13 ans. Je suis parti vivre avec mon père, et mes soeurs sont parties avec ma mère. On a déménagé à Glendale, Californie, je rentrais en quatrième et je me suis inscrit au collège comme garçon. J'ai passé toute l'année comme ça. C'était génial—j'ai appris à skater, j'ai commencé à jouer dans des groupes, mais je devais simuler des crampes d'estomac pour sécher les cours de gym, et je me débrouillais pour ne pas aller aux vestiaires en même temps que les autres garçons.

Tu le vivais comment ?
C'était stressant. Je ne savais pas vraiment ce que je faisais. C'est juste qu'il fallait que je le fasse, parce que j'avais ces sensations hyper fortes en moi. Mais je vivais dans l'anxiété et la peur. Cela dit, c'était une époque où les garçons avaient les cheveux longs et où les filles avaient les cheveux courts, alors ça passait plutôt inaperçu. Après ça, on est revenus s'installer à la Nouvelle Orléans, et j'ai continué à me faire passer pour un garçon.

Ton secret n'a jamais été découvert ?
Si, au lycée. Une amie m'a plus ou moins balancé. Je m'étais confié à elle, et elle l'a dit à son père, qui l'a dit au directeur, qui a convoqué mon père, qui m'a fait « Lenny, dans quoi tu t'es fourré ? » Mais comme je ne faisais de mal à personne, il était ok. Il était très cool. Ma mère avait beaucoup plus de mal à gérer ça. On m'a dit en gros de ne plus revenir au lycée, qu'on m'enverrait mon diplôme par la poste et que je ne devais en aucun cas me présenter aux cérémonies de fin d'année, au bal de promo et tout ça. C'est à l'école que j'ai rencontré tous ces musiciens, qui m'ont appris à jouer et fait écouter tout un tas de disques. C'est grâce à eux que j'ai eu envie de jouer dans des groupes.

Tu as formé ton premier groupe, RZA, juste après le lycée, et vous avez rencontré assez rapidement un certain succès à la Nouvelle Orléans. Comment t'es-tu retrouvé à New York ?
Une ex-copine déménageait là-bas, et je me suis juste dit « eh merde, je viens avec toi ». Je me suis donc retrouvé ici, où j'ai travaillé comme secrétaire pour EMI, au publishing. Personne ne me connaissait, et personne ne savait que j'étais trans. On était dans les années 80 et j'étais encore planqué, parce que c'était très dangereux à l'époque. Il arrivait que des gens découvrent mon secret et menacent de me violer ou de me tuer. Aujourd'hui encore, on tue un transsexuel tous les trois jours. Et 41 % des trans ont fait une ou plusieurs tentatives de suicide. Ça reste un sujet mal compris. J'aurais aimé prendre davantage la parole à l'époque, mais j'avais peur—il n'y avait pas l'entraide et le sens de la communauté qu'il y a aujourd'hui, ni les mêmes protections légales. À l'époque, hormis mes parents, mes amis proches et mes petites copines, personne n'était au courant.

Sophie Saint Thomas est sur Twitter - TheBowieCat