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Music by VICE

Personne ne bouffe son micro comme le chanteur d'Esplendor Geometrico

Arturo Lanz nous a confirmé qu'il préférait saigner vos oreilles plutôt que de vous parler de musique.

par Rod Glacial
03 Avril 2015, 12:15pm

Face à la mascarade snobinarde de La Movida, qui s'étendait à toute l'Espagne dès le début des années 80, le groupe Esplendor Geometrico (formé de Arturo Lanz, Gabriel Riaza et Juan Carlos Sastre) a voulu pousser un cri. Ce cri s'est transformé en Necrosis En La Poya, un EP sorti en 1981 doté d'une pochette particulièrement gênante représentant un bébé mort à l'oeil bionique (et on ne parlera même pas des lyrics qui tomberaient aujourd'hui sous le coup de la loi). À linstar de Throbbing Gristle en Angleterre ou Einstürzende Neubauten en Allemagne, le pays de Franco possédait désormais lui aussi son commando electro-industriel. Les mecs n'étaient pas sortis de nulle part non plus. Après un passage éclair au sein de la première mouture de El Aviator Dro Y Sus Obreros Espezialidos, groupe qualifié de croisement entre Kraftwerk et Devo, qui, paraît-il, inventa le terme techno-pop en son temps, les trois ladrons, pas satisfaits de la tournure pop kermesse du truc, ont vite quittés le navire avec un seul objectif en tête : créer des sons pour tout flinguer sur scène.

Et c'était bien vu. Qui se souvient d'Aviator Dro aujourd'hui ? Esplendor Geometrico, eux, ont désormais leur place pépère au panthéon de la noise, ont sorti une chiée de disques et projets en tous genres, encore réédités, ne se sont fait récupérer par aucun concept ni aucune idéologie, et surtout, malgré la distance séparant les membres du groupe (qui est un duo depuis le milieu des années 1990), Arturo Lanz vivant désormais à Pékin et Saverio Evangelista à Rome, continuent toujours à faire de la musique et à tout exploser sur scène. Vous pourrez d'ailleurs vous en rendre compte samedi 4 avril au Centre Barbara FGO (75018, Paris) où Esplendor Geometrico se la donnera en point d'orgue du festival Sonic Protest. À l'occase de ce rare concert, on a posé quelques questions à Arturo qui préfère toujours bouffer des micros que de brôder autour du bruit.

Noisey : Hey Arturo, comment ça va ?
Arturo Lanz : Je vais très bien, merci.

Ça se passe comment la vie en Chine ?
Vivre à Pékin est super excitant, vraiment. La ville est tellement grande, ça bouge tellement. Je ne m'ennuie jamais ici. Je dois juste revenir de temps en temps à Madrid pour le boulot.

Tu pourrais plus y vivre ? C'était comment les années 70 en Espagne ?
À Madrid c'était incroyable. Dès la mort de Franco, tout a changé super rapidement.

Parle-moi d'Aviator Dro, ton premier groupe. On dit que vous avez inventé le terme « techno-pop » à la fin des années 70.
Les Aviator Dro étaient un groupe de pop. On était juste une bande de jeunes qui voulions nous marrer. Rien de plus.

Ok. Pourquoi le futurisme a influencé autant de groupes indus et électroniques selon toi ?
J'en ai aucune idée. Personnellement, Esplendor Geometrico n'était pas directement influencé par ce mouvement. Il y avait juste notre nom qui y faisait référence.

Il y avait peu de groupes dans le genre en Espagne à l'époque. Avec qui vous traîniez ?
On traînait avec tout le monde. Mais au fil des années 80, on a perdu contact avec tous les groupes espagnols. On jouait toujours tout seuls. Et perso, je préférais sortir avec des potes de l'université qui n'avaient rien à voir avec la musique.

Vous étiez un groupe politique ?
On ne voulait exprimer aucune idéologie avec notre musique, et c'est toujours le cas, c'est très important. Chacun possède la sienne, mais la musique doit simplement rester de la pure énergie, sans idéologie.

C'était important pour vous de chanter en espagnol ? Ca a dû vous fermer des portes.
Non, la lanque n'est pas importante. On a chanté en espagnol, en japonais, en allemand, en basque, en chinois. Toutes sont des langues fortes qui colllent très bien avec la musique de Esplendor Geometrico.

Justement, durant les années 90, votre musique est devenue plus « accessible ». T'en avais marre de brailler ?
Les années 90 font partie du passé. Je ne m'en rappelle même plus. Je n'écoute aucun de mes anciens disques. Même les nouveaux d'ailleurs...

Quelle musique t'as envie de faire aujourd'hui ?
J'ai toujours fait ce que j'ai eu envie de faire, sans m'embarasser de concepts ou d'idées compliquées. Je veux juste balancer un rythme pur qui attaque directement le cerveau.

Quoi d'autre ?
Je n'ai rien d'autre à dire.

Rod Glacial n'a rien d'autre à dire non plus sur Twitter.