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De la scène New-York hardcore à Christopher Nolan, l'actrice Brooke Smith en a vu de toutes les couleurs

20 ans avant de jouer dans Grey's Anatomy, elle a pris des tonnes de photos mortelles.

Oui, on peut penser le contraire pour plein de raisons, mais le genre féminin et le New-York hardcore ne sont pas des choses totalement incompatibles. De Bri Hurley (qui photographiait la sauvagerie du CBGB et en a tiré un livre, Making a Scene) à Beth Lahickey (qui a compilé l’anthologie straight edge All Ages), les filles ont toujours été impliquées, d’une façon ou d’une autre. Peu savent par contre que l’actrice Brooke Smith, rendue célèbre par Le Silence des Agneaux et la série Grey’s Anatomy a elle aussi traîné dans la scène NYHC des années 80. Il y a trois ans, le site Street Carnage déterrait ses incroyables photos de l’époque. Certaines sont devenues des classiques avec le temps, et elles provenaient en fait du vieux Nikon de Brooke. L’actrice qui vit maintenant à LA a trouvé un trou dans son emploi du temps hollywoodien pour nous parler un peu de sa jeunesse insolente. Noisey : Pour commencer, c’est plutôt rare pour les acteurs d’Hollywood d’avoir un facebook public, et encore plus de répondre aux gens… Tu as toujours cette mentalité hardcore/punk qui refuse la barrière fans/stars ?
Brooke Smith : J’ai ouvert un compte Facebook justement pour pouvoir retrouver des vieux amis de la scène, mais on ne me trouve pas si facilement que ça. C’est plutôt balaise de ta part de m’avoir trouvé ! Comment t’as découvert la scène hardcore dans les années 80 ?
J’ai grandi dans le comté de Rockland – à une heure et demi en voiture de New York City. J’étais complètement à part dans ma ville, et je me suis retrouvé bien plus à ma place en traînant à Manhattan, dans le Lower East Side. Premièrement à cause de la musique, mais aussi parce que je cherchais des gens qui me ressemblaient. Je sentais (et c’est toujours mon impression) que j’avais enfin trouvé la famille de substitution dont j’avais besoin. Natalie et l'uniforme réglementaire des filles de la scène intitulé « survie dans la rue ». On peut se demander ce qui attire les filles dans la scène hardcore (enfin, dans les années 80). Vu de l’extérieur, c’est crade, violent, macho et souvent complètement débile. Alors pourquoi Brooke, pourquoi ?
J’étais une ado en colère, et donc fatalement attirée par ceux qui avaient le même état d’esprit que moi. La scène représentait un truc authentique pour moi, réel, et d’ailleurs, c’est toujours l’authenticité qui me guide aujourd’hui. Les gens qui assument ce qu’ils sont, pas ce qu’ils croient être. C’était une sorte de rébellion d’aller au CBGB au lieu d’étudier ?
Je n’étais pas très fortiche à l’école. J’avais des problèmes avec l’autorité, et je ne comprenais pas pourquoi je devais lire un livre que ma prof voulait que je lise alors que je pouvais lire un truc qui m’intéressait vraiment. C’est très dur pour moi de me motiver à faire quelque chose si ça ne vient pas d’un désir profond et viscéral. C’était quoi ton top musical quand t’avais 18 ans ?
Bad Brains, Agnostic Front, Murphy's Law, Cause For Alarm, The Cromags, The Clash, Nick Cave (avec The Birthday Party ou les Bad Seeds). CRO-MAGS ! BAD BRAINS ! Tu as dit un truc marrant dans une interview publiée sur le site Double Cross : « le NYHC est peut-être le dernier mouvement artistique américain vraiment authentique ». Tu peux élaborer un peu ?
Cette déclaration vient en fait de mon mari qui a grandi en Russie. Il est venu habiter aux Etats-Unis à l’âge de 17 ans et il a pris la scène hardcore de New York en pleine face ; pour lui c’est clair, c’est la dernière youth culture réelle à avoir existé aux USA, les gens qui en faisaient partie n’étaient pas là pour l’argent ou la célébrité, mais simplement pour l’amour de la musique. C’était juste notre truc. Quand as-tu commencé à prendre des photos ? Tu utilisais quoi comme matériel ?
J’ai jamais été très bonne à l’école mais j’ai toujours aimé prendre des photos. J’avais pris l’option photographie au lycée mais bon, j’étais pas suffisamment patiente pour apprendre tout le côté technique. Je prenais juste des trucs, peu importe où je me trouvais, aux concerts, dans la rue, avec des potes… J’étais surtout intéressée à capturer l’énergie et les moments passés à voir tous ces super groupes. J’avais un vieux Nikon puis ensuite j’ai eu un Minolta SLR. Tu as rencontré Bri Hurley à l’époque ?
Je suis certain qu’on a dû se croiser mais pas mal de souvenirs de cette période restent flous, si tu vois ce que je veux dire… J’ai acheté une copie de son livre Making A Scene quand il est sorti, il y a vraiment des choses géniales à l’intérieur. Vinnie Stigma (Agbostric Front) et Fran Fraser (skinhead aux cheveux longs). Les gens du hardcore de NY semblaient assez éloignés de l’engagement politique. Quelle était ta vision du monde à l’ère Reagan ?
En fait, je connaissais quelques personnes de la scène New-Yorkaises qui étaient assez politisées. Perso, j’étais trop occupé à prendre du bon temps pour m’éduquer politiquement. Ca a changé depuis je crois. Tu as fait un speech à la conférence « Open the Debates » en 2008.
Je crois que j’hésite entre être la mieux informée possible et ne rien lire du tout. Souvent, être au courant du cours des choses me fout tellement la rage, et en même temps, me fait me sentir complètement impuissante. Le discours que j’ai fait parlait d’ouvrir les débats présidentiels aux autres candidats, pas uniquement à l’éternel duel Républicains/Démocrates. Il n’y a qu’un seul parti aux Etats-Unis, c’est le parti des affaires. Je ne vois pas comment le système politique pourrait être réformé sans un remaniement complet. Il y a trop d’intérêts particuliers et d’organes de contrôle en jeu. Rien à voir, quoique, j’ai lu que tu étais en coloc avec Jeff Buckley lorsqu’il enregistrait Grace ?
Jeff était un bon pote à moi. Je l’ai rencontré à Los Angeles et il me disait toujours qu’il voulait venir habiter à New-York. Dès que j’ai eu un appart avec une chambre de libre, il est aussitôt venu s’installer. Il Il me manque toujours, je ne pouvais plus réécouter sa musique jusqu’à très récemment, ça me rendait trop triste. Frenchie The Skin pour une cover de i-D qui n'a jamais été retenue. Tu comptes sortir un livre avec tes photos ?
Je veux terminer mon film avant. J’ai un scénario d’écrit sur le sujet et je pense que je sortirai mon photobook quand le film sera fini et sorti. Est-ce usant à force d’être continuellement associée à Grey’s Anatomy ou au Silence des Agneaux ?
Ca ne m’énerve pas trop non, d’être associée un rôle particulier, habituellement, selon ce que les gens choisissent, ça en dit long sur leurs goûts personnels. Tu fais quoi en ce moment ?
Je joue le personnage de Frances dans une série qui cartonne depuis juin dernier sur la chaîne Showtime et qui s’appelle Ray Donovan. C’est clairement le meilleur programme télé sur lequel j’ai bossé. Tous les acteurs sont très bons (Liev Schreiber, Jon Voight, Elliot Gould, Eddie Marsan, etc…) et l’écriture aussi. Et je vais aussi jouer dans le prochain film de Christopher Nolan, Flora’s Letter.

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A côté de ça, j’ai écrit un scénario qui se passe dans le petit monde du New York hardcore du milieu des années 80, et j’espère que quelqu’un va me filer de l’argent pour le produire ! La version anglaise de cette interview est parue dans JUKE magazine en janvier dernier. Rod Glacial a lui aussi un projet de biopic NYHC avec Christian Clavier dans le rôle de Harley Flanagan. Enoyez l'argent sur Twitter @ FluoGlacial Plus de photos: Jimmy Gestapo (Murphy's Law) joue avac un serpent. Roger Miret (Agnostic Front) joue avec un enfant. « Fabriqué en Amérique. » STRAIGHT AHEAD, le premier groupe de hardcore Youth Crew. Antoinette et son petit ami, « Young punks in love ». Des chiens, des skins, des skins et des chiens.