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Music by VICE

Un guide des clubs et salles de concert emblématiques du New York des années 70

Du CBGB au Max's Kansas City en passant par le Loft et le Mudd Club.

par Derek Scancarelli
22 Février 2016, 12:45pm



La scène musicale des années 70 à New York tient une place inégalée et jamais reproduite dans l'Histoire. Vivre à Manhattan à cette époque était loin d'être un rêve : l'économie était en rade, le taux de criminalité atteignait des sommets, et les prostituées et junkies s'amassaient dans les rues. Mais derrière la dure réalité que la ville affrontait en surface, se cachait un boom créatif dans les communautés musicales et artistiques. Une autre réalité, bordélique, moite et alcoolisée, mais c'était là une véritable renaissance, à n'en pas douter.

Affirmer que les périodes musicales ne sont influencées que par un seul facteur serait faire preuve de paresse. Au sortir des années 60 à New York, la musique ne tenait pas en place. Punk, glam, disco, hip-hop, musique minimaliste, jazz et salsa modernisés, tous ces sons émergeaient des clubs et des sous-sols de la Grosse Pomme. L'influence des artistes qui officiaient hors de la musique - peintres, graveurs et écrivains - s'entremêlait aux modes imprévisibles du New York du milieu des années 70. Les journalistes et les DJs de radio essayaient de couvrir ce mouvement massif qui ne cessait de s'accélérer, à la manière d'une avalanche. À ce sujet, des revues comme Village Voice et Soho Weekly News ont fait un excellent boulot. Mais il est clair que l'une des caractéristiques les plus évidentes de la décennie était le décor en lui-même : les lieux dans lesquels la musique était créée, représentée et écoutée par le public.

Il s'agit du New York d'après le Café Au Go Go, le Gaslight Café, et d'après l'âge d'or du Gerde's Folk City. À cette époque, il n'était pas surprenant de tomber sur David Bowie ou Lou Reed à un concert de The New York Dolls, ou d'apercevoir Patti Smith et Bruce Springsteen au CBGB pour un show des Ramones. Les pièces qui assemblent ce grand puzzle sont précisément les lieux dans lesquels tout a commencé. Voici une liste de quelques-uns des plus importants clubs, sous-sols, et lofts que New York avait alors à offrir.

Max's Kansas City – Gramercy
Ouvert par Mickey Ruskin, qui possédait déjà une poignée de bars et restaurants, le Max's Kansas City originel était situé au 213 Park Avenue South. Il a été en activité de 1965 à 1974. En 1975, Tommy Dean Mills a rouvert le lieu sous le nom de Max's 2, qui est devenu un vivier du punk rock, voyant passer Wayne County & The Electric Chairs, Blondie, et Suicide. Des icônes telles que Lou Reed, David Bowie et Bruce Springsteen ont tous honoré la scène du Max's. En plus d'accueillir de la musique, c'était un lieu de brassage artistique. En prime, les ateliers de Andy Warhol étaient à quelques pas du club.

Mercer Arts Center – Greenwich Village
Le Mercer Arts Center, au 240 Mercer Street, n'est resté en activité qu'entre 1971 et 1973, avant l'inévitable catastrophe de l'effondrement de l'immeuble, laissant quatre mort dans ses ruines. Situé dans les locaux de l'ancien University Hotel, l'espace a été transformé par Art D'Lugoff, également propriétaire de The Village Gate, en un lieu d'accueil des groupes punk pré-CBGB comme The New York Dolls, Suicide, et Modern Lovers. Plus tard, il sera prouvé que ce sont les rénovations de la structure de l'immeuble qui ont provoqué son effondrement.

CBGB & OMFUG – The Bowery
Situé au 315 Bowery et initialement baptisé Hilly's on the Bowery, le club est devenu CBGB en 1973, notoirement désigné comme le lieu de naissance de la culture punk rock de New York - mais tout le monde le sait déjà. L'acronyme signifie « Country, Bluegrass, Blues and Other Music For Uplifting Gormandizers » (« Country, Bluegrass, Blues et Autres Musiques Pour Gourmands Enthousiastes). Si l'on en croit le récit de Richard Lloyd de Television, lui et les autres membres du groupe ont abordé le patron Hilly Kristal sur le trottoir, le jour où il changeait le store du club, et l'ont convaincu de les y programmer. Ils ont obtenu la résidence du dimanche soir, et le reste appartient désormais à l'histoire. Le lieu est devenu le club rock le plus célèbre de tous les temps, et on pouvait y voir The Ramones, Blondie, The B-52s, et tous ceux qui ont compté dans les années de développement du punk. Dans les décennies suivantes, le club allait continuer d'incarner de nouvelles scènes comme le hardcore new-yorkais des années 80. Le lieu était crade, puait la mort, et l'intimité de ses toilettes légendaires était un luxe rarement possible. Le 15 octobre 2006, Patti Smith a donné le concert de clôture du CBGB. Malgré des années de merchandising fructueux et sa grande valeur historique, le lieu a perdu son bail à cause des impayés de loyer et des conflits juridiques.

CBGB's Second Avenue Theater – The Bowery
L'existence du CBGB's Second Avenue Theater fut très courte, mais c'était bien tenté. Il était idéalement placé au 66 Second Avenue, mais n'a pas duré bien longtemps. Précédemment connu sous le nom de Anderson Theater, il a accueilli les performances de Talking Heads et Blondie. En 1977, Patti Smith et Bruce Springsteen y ont joué « Because The Night » en avant-première.

Fillmore East – East Village
The Fillmore East a fermé au début des années 70, après avoir fonctionné de 1968 à 1971. Il était situé au 105 Second Avenue et géré par Bill Graham, qui s'occupait aussi du Fillmore West à San Francisco. Le club avait d'abord ouvert en 1926 en tant que Commodore Theater, avant d'être rebaptisé Village Theater lors de la reprise en main par Bill Graham. Durant les trois années d'activité, on a pu y voir et entendre Jimi Hendrix (qui y a enregistré en 1970 son album live Band of Gipsys), Frank Zappa, et Eric Clapton. Jefferson Airplane, le Grateful Dead et The Allman Brothers Band y ont aussi enregistré des albums live.

Ali's Alley – SoHo
Rashied Ali était un batteur de jazz de Philadelphie que l'on trouve notamment sur les derniers enregistrements de l'emblématique saxophoniste Joh Coltrane, disparu en 1967. Rashied a ouvert Ali's Alley au début des années 70, et en a fait l'archétype de la scène loft jazz. Il vivait au-dessus du club, enregistrait ses propres disques, et a lancé son propre label dans un véritable esprit DIY.

The Loft – East Village
Fondé en 1970, le lieu fonctionnait uniquement sur guestlist, et n'avait pas de bar. En fait, The Loft n'était pas du tout un lieu commercial, et ne vendait ni nourriture ni alcool. Ces fêtes clandestines organisées dans la maison de David Mancuso peuvent être considérées comme le foyer du concept moderne du mix et du beatmatching de la dance music. The Loft accueillait une sono de très haute fidélité et un public majoritairement issu de la communauté gay.

The Gallery - SoHo
Comme le dit l'écrivain Will Hermes, « si The Loft a été la naissance clandestine du club disco, The Gallery a été son coming out ». C'est le légendaire DJ Nicky Siano, natif de Brooklyn, qui a commencé cette soirée alors qu'il n'avait que 18 ans. La soirée a connu deux adresses différentes pendant ses cinq ans d'existence, et était considérée comme le plus important rassemblement disco underground de tous les temps. Nicky Siano est devenu le disc jockey le plus célèbre de l'époque, jusqu'à obtenir le poste de DJ résident du Studio 54.

Hurrah – Midtown West
Le Hurrah, situé au 36 W. 62nd Street entre le Lincoln Center et Central Park, était géré par Arthur Weinstein. Le club est resté ouvert de 1976 à 1980, et a inauguré la diffusion de vidéo-clips musicaux dans la salle, un an avant le lancement de MTV. Les vidéos de légendes comme Alan Vega, The Fleshtones ou Gang of Four ont été tournées dans ce club.

Club 82 – East Village
Club 82 était un bar connu pour accueillir tout ce qui tournait autour de la communauté drag-queen et LGBT. Le club, situé au sous-sol du 82 East Fourth Street, montrait des spectacles très élaborés qui mettaient en scène jusqu'à 35 mecs travestis qui chantaient, dansaient et rigolaient. Après l'apogée du club des années 60, le glam et le punk ont fait leur apparition et ont fusionné avec l'atmosphère de cabaret d'antan. On y croisait les « superstars » de Warhol lors des concerts de The New York Dolls et Blondie.

Mudd Club - Tribeca
Le Mudd Club a existé à la fin de la décennie, de 1978 à 1983, et tirait son nom de Samuel Mudd, le docteur qui a soigné John Wilkes Booth (comédien de théâtre sympathisant des Confédérés, qui a assassiné Abraham Lincoln). Le club, géré par Steve Mass, se situait au 77 White Street. Ses murs ont accueilli des musiciens aussi variés que Talking Heads et Fab 5 Freddy, et des écrivains comme William S. Burroughs et Allen Ginsberg. On y croisait aussi Jean-Michel Basquiat, Madonna ou Lou Reed. Le nom du club est même cité dans la chanson des Ramones « The Return of Jackie and Judy » : « Jackie is a punk, Judy is a runt, they went down to the Mudd club and they both got drunk. Oh yeahhh. » (« Jackie est un punk, Judy est une chieuse, ils sont allés au Mudd Club et se sont bourré la gueule. Oh yeah ! »).

Tier 3 – Tribeca
À l'instar du Mudd Club, le Tier 3 était un club arty et No Wave du centre-ville. Des groupes punks comme The Slits ou Bauhaus y ont joué, ainsi que le groupe de Jean-Michel Basquiat. Bien qu'il ne soit resté ouvert que quelques mois entre 1979 et 1980, le Tier 3 a accueilli des genres musicaux très différents, dont D.O.A., le groupe fondateur du punk hardcore canadien.

The Bottom Line – Greenwich Village
À l'inverse des autres clubs à la durée de vie limitée, The Bottom Line est resté ouvert pendant 30 ans, de 1974 à 2004. Au grand désarroi de ses habitués, le lieu s'est transformé, non pas en magasin de vêtements comme le CBGB, mais en résidence universitaire. Les premières années de The Bottom Line l'ont rapidement consacré dans l'histoire de la musique : Lou Reed y a enregistré l'album Live: Take No Prisoners en 1978. Parmi les autres artistes à y avoir foulé la scène, on trouve The Police, Van Morrison, Miles Davis… soit une liste interminable de musiciens cultes.


Merci à l'auteur Will Hermes d'avoir contribué à cette liste. Son bouquin sur la scène musicale du New York des années 1970 est disponible ici.

Derek Scancarelli est sur Twitter.