VvvV est le nouvel ambassadeur prog-punk de Bordeaux

Une interview dédiée à leur ville où l'on parle Noir Désir, Girondins, Alain Juppé, nouvelle scène pop et nouvelle gastronomie.

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23 Juin 2014, 11:40am

Photo: Nico Pulcrano

Bardou Jacquet et le Mage, les deux membres mystérieux du fantômatique duo bordelais VvvV, ont décidé de trimballer moins de matos que dans les autres groupes où on les retrouve à la guitare ou à la batterie : Aeroflot et Year Of No Light. Ce sera synthés et boîte à rythmes, et basta. Ils jouent quand même sur amplis, comme un groupe de rock. On ne se refait pas. En attendant mieux, on peut étiqueter « post punk electro » leur hommage aux B.O. de John Carpenter, aux pionniers façon Silver Apples, voire à la disco robotique de Giorgio Moroder. On a pris le parti d'orienter l'entretien « spécial Bordeaux », et oui, du coup ça parle pas mal pinard mais aussi de Bretrand Cantat, d'Alain Juppé et de la nouvelle scène pop française, y'en aura pour tout le monde.




Noisey: Je vous propose de commencer en réagissant à ce webzine bordelais qui a tenté de faire un compte-rendu de votre participation au festival Bordeaux Rock en écrivant, je cite, « violents, dansants et électroniques, on pourrait définir VVVV dans la même veine que les Atari Teenage Riot, la féminité en moins » ?
Bardou Jacquet: Peut être que la fille qui a écrit le papier avait pris de l'ecstasy ? Donc elle était à donf et a perçu notre musique comme un gros truc digital hardcore, genre hard tech avec un chant punk.
Mage: Après, si on donne l'impression de dégager une certaine violence, moi je suis content.
Bardou Jaquet: Si ça se trouve, par rapport au disque, ce qu'on fait en live c'est hyper violent ? On ne se rend pas compte.

Est-ce que vos potes font de vannes avec votre nom, en inventant des sigles stupides, genre « Vivement Vendredi au Village Vacances » ?
BJ
: On m'avait sorti un truc avec Valses de Vienne, mais je ne me souviens plus des deux autres V.
Mage: En tout cas je ne sais toujours pas quelle est la signification du nom du groupe.
BJ: Il n'y en a pas. C'est avant tout un choix graphique. Et puis ça évoque la science-fiction. Pour un projet électronique, ça va bien. Ça fait aussi un peu scientifique.
Mage: Ça fait un peu comme un oscillateur à ondes triangulaires, tout à fait.



Dans le clip de « Jungle Life », tourné avec un singe, on voit sur un gros plan que vous avez indiqué au marqueur les noms des notes sur les touches. Vous ne maîtrisez pas vos claviers ?
BJ: Ah mais non, c'est le singe. Les singes ne connaissent pas le solfège. Il a fallu un peu l'aiguiller. C'est d'ailleurs ce qui a pris le plus de temps. Une vraie galère.

Bon. Vous savez ce qu'on appelle « la carre » dans le Sud Ouest ?
BJ: La carrure ?

C'est ça, la dimension d'épaule suffisante pour faire le job. Vous sentez vous la carre d'être les ambassadeurs de Bordeaux le temps de quelques questions ?
Mage: Quand même, merde.
BJ: On est les vieux de la vieille, comme on dit. Ça fait longtemps qu'on y est dans cette scène bordelaise. On en est jamais vraiment sortis, d'ailleurs.

Vous avez connu le club Le Jimmy ?
BJ: Oh oui !
Mage: Ah oui !

Vous en avez quelques souvenirs marquants ?
BJ: Des tonnes. Un concert de Jon Spencer Blues Explosion, hallucinant. Neurosis, aussi. Sans oublier Jean-Louis Costes. L'Opéra du Caca, notamment. J'avais beaucoup apprécié. On devait être une trentaine, tous cachés au fond de la salle, pendant qu'il balançait une espèce de liquide marronnasse. C'était génial.
Mage : Turbonegro, c'était incroyable. Immortal ou Impaled Nazarene, c'était fou. LTNO, aussi.



En blind test, vous pourriez faire la différence entre Bengale et Pendentif ?
BJ: Dans Pendentif, c'est une meuf qui chante, alors que dans Bengale, c'est un mec, il me semble, euh...
Mage : Pas toujours. Je crois qu'ils sont deux. Bon, je crois que je n'ai jamais entendu Bengale en fait.

Vous êtes vous intéressés au retour de Bertrand Cantat ?
Mage: Ouh merde.
BJ: C'est à dire ?

C'est à dire que vous savez qu'il a été absent, ces derniers temps, puis qu'il est en quelque sorte revenu sur les devants de la scène ?
BJ: Moi je ne l'avais pas vraiment perdu de vu, dans la mesure où on est du même quartier et que je le croise régulièrement au Simply Market, genre au rayon des saucisses.

La question était plus d'ordre artistique.
Mage: Il y a toujours ce chauvinisme bordelais, même si on s'en défend. C'est quand même une fierté d'avoir eu Noir Désir. Ils ont fait des disques chouettes.
BJ: C'était un des rares groupes français à avoir eu des influences comme le Gun Club, à leurs débuts. Après, le retour de Cantat, on s'en carre un peu, hein.

Le fait que tu chantes aussi en espagnol, c'est une influence de Noir Désir, non ? Pour sonner un chouïa comme le refrain de « Tostaky »?
BJ: Alors déjà, moi, je suis en partie Espagnol. Et puis c'est plutôt l'influence d'un groupe comme Siniestro Total. Ils sont aussi connus là-bas que Noir Désir en France. C'est les Clash espagnols. Je les écoute depuis l'âge de 7 ou 8 ans. Ça m'a perturbé à vie.



Vous auriez aimé faire des premières parties de Détroit, comme Mars Red Sky ?
Mage:
On n'aurait pas dit non, en tout cas.
BJ: Quelle raison de refuser, de toute manière ?

Bon, alors, s'il fallait n'en citer qu'une, qui est LA personnalité bordelaise à retenir ?
BJ: Stéphane Derenoncourt. Un grand vinificateur. Il a fait connaître les vins de Bordeaux dans le monde, et il les a aussi modernisés. Le nom ne vous dira peut être rien mais c'est une énorme star. Je suis hyper fan de ses vins.
Mage : Pierre Molinier. Pas mauvais, Molinier.

Autre personnalité, Alain Juppé : la carre pour être président de la République ?
Mage : Oui oui oui.
BJ: Je lui donne un an/un an et demi pour débouler.

Vous êtes plutôt Girondins de Bordeaux ou Union Bordeaux Bègles ?
Mage: Oh putain.
BJ: Oh, Union Bordeaux Bègles, évidemment. Comme on le dit, le rugby est un sport de gentlemen joué par des... Euh non, un sport de voyous joué par des gentlemen.
Mage: C'est ça.

Boit-on du meilleur vin au Wunderbar ou à l'Heretic Club ?
Mage : Oh putain.
BJ: L'Heretic Club est approvisionné par un bon petit vigneron de l'Entre-Deux-Mers. Le Château Lagrange, près de Créon. Très très bon.
Mage : Ce vigneron était d'ailleurs au chanteur du groupe Öpstand.
BJ: Exact. Un groupe cultissime de la scène grind core/power violence.



Si un ami parisien (ou de Dijon, hein) débarque, quels lieux vous lui conseilleriez avant tout ?
Mage
: Oh putain.
BJ: Bon, on pourrait l'amener bouffer quelque part, déjà.
Mage : A l'Arc-en-Ciel, aux Chartrons. Il y a un chef japonais qui a acquis la technique traditionnelle des sushis dans son pays, puis qui s'est formé à la gastronomie française et qui fait un mélange japonais traditionnel/français contemporain. Pas cher pour ce que c'est. Largement étoilable.
BJ: On a aussi un super petit caviste qui s'est installé derrière la caserne des pompiers, à Mériadeck. Ça s'appelle, l'Univerre, super jeu de mot. Il a de superbes références.
Mage: C'est un peu le tour des bobos, mais t'inquiète, on finira par le Wunderbar !

On a cité quelques groupes bordelais. Qui ne faudrait-il pas oublier ?
BJ
: A Bordeaux, j'aime bien Harshlove, un gars tout seul qui fait une espèce d'electro techno punk. Et j'ai repris une grosse claque en revoyant Julian Pras [Calc, Mars Red Sky] l'autre jour, tout seul avec sa guitare.
Mage: Acid Bonanga, c'est bien. JC Satan aussi.

JC Satan sont-ils vraiment satanistes ?
Mage: Bien moins que nous, en tout cas.



Tous horizons confondus, quel serait votre groupe culte ?
BJ: Le groupe qui nous a fortement influencés à tous les deux, c'est les Stranglers. Un groupe qui est ultra ringard pour tout le monde à part nous, j'en ai bien l'impression. Personne n'en a rien à foutre de ce groupe.
Mage: Même dans leur première mouture, ils passaient déjà pour des ringards.
BJ: Trop vieux, pas assez punks, trop punks, trop nazis, trop machin, trop truc...
Mage : Alors que c'est pas loin d'avoir été le groupe le plus brillant de tout leur mouvement.
BJ: Déjà c'était les seuls punks ultra diplômés. Des intellos qui ont osé mettre du clavier dans le punk.
Mage: C'étaient des punks prog.


Guillaume Gwardeath lui aussi a vu Immortal, Turbonegro et Jean-Louis Costes au bar Le Jimmy. Il est sur Twitter.