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Maelstrom nous a envoyé un nouveau morceau et nous a parlé de sa deuxième passion, la littérature

Le DJ et producteur de Nantes nous présente ses livres préférés et son nouvel EP à sortir sur ZONE.
14.10.14

Le 20 octobre, Maelstrom sortira son dixième EP sous ce nom, et le quatrième (on compte celui avec Louisahhh!!! ou pas ?) sur le label ZONE. Il s'impose donc comme l’artiste le plus plébiscité du label parisiano-lyonnais et rien n’est innocent là-dedans : Joan-Mael Péneau est dans le biz depuis un paquet d’années maintenant. Sa base reste toujours Nantes, qu’il retrouve dès qu’il descend de l’avion, du train ou d’une berline en rentrant d’un set à Moscou. Pour célébrer la sortie de son nouveau EP Adversarial Design, plus tech-noir que jamais, il nous a envoyé le morceau le plus inquiétant des quatre, « Introduction to Entropy », et on en a profité pour lui poser quelques questions sur sa deuxième passion, la littérature.

Noisey : On m’a dit que t’étais l’intello de ZONE. T’es d’accord avec ça ?
Maelstrom : Je ne suis pas sûr qu'on puisse aller jusque là ! Mike [Gesaffelstein] est très au point sur la physique quantique, je sais qu'il lit des ouvrages très techniques et The Hacker est l'équivalent techno d’Imdb. Moi, je suis juste un lecteur compulsif, je lis 5 ou 6 romans par mois, ce qui est aussi une très bonne façon de mettre à profit toutes ces heures vides passées dans des halls de gare, des salles d'embarquement ou des avions. C'est quelque chose qui est indispensable pour moi depuis que j'ai l'âge de lire, impossible de m'endormir ou de voyager sans un livre. Même attendre à un arrêt de bus est insupportable si je ne peux pas lire quelques pages.

J’imagine que la musique n’était pas ce vers quoi tu te destinais dès le départ, si ?
En fait si, la première fois que je me suis dit que je voulais produire de la musique, et rien d'autre, je devais avoir 13 ou 14 ans. Ensuite j'ai emprunté beaucoup de chemins différents mais ça a toujours été mon fil conducteur.

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J’ai l’impression que tu as mis cette face de ta personnalité de côté dans ta musique, qui est plus frontale que mentale -sans être superficielle non plus, hein.
C'est périphérique. Je lis des romans noirs, surtout américains, et les ambiances de ces textes, les faubourgs de Philadelphie dans Spooner, ou le bayou des romans de James Lee Burke continuent à m'habiter quand je pose le livre et que j'allume les machines. Il y a une certaine porosité entre mon environnement et mon travail, dans le sens où mon quartier est bordé par la Loire, avec tous ses chantiers navals déglingués, ses usines désaffectées qui rouillent depuis 20 ans, et toute cette ambiance se retrouve dans ma musique. C'est la même chose avec ce que je lis. Comme je suis constamment plongé dans un roman, le morceau sur lequel je suis en train de travailler finit par devenir la bande son du texte que je suis en train de lire.

Quel est le roman qui t’a mis la plus grosse claque ? Il y a un pan de la littérature qui t’intéresse plus qu'un autre ?
Il y en a deux, que j'ai dû lire pour la première fois à l'adolescence, et que je relis régulièrement, peut être une fois par an. Le Maître et Marguerite de Boulgakov, qui est un roman total, politique, mystique, une histoire d'amour, une allégorie philosophique. Ensuite, évidemment, Cent ans de solitude de Garcia Marquez, qui est de loin le roman que j’affectionne le plus. Je n'ai pas de préférence pour un pan de la littérature en particulier. Comme je te le disais, je suis un lecteur compulsif, je lis tout ce qui me tombe sous la main. J'ai des périodes où disons, je vais passer deux mois à lire des space opéras, puis du réalisme magique sud-américain, puis des polars suédois ou islandais… Je fonctionne par phase. Souvent, il y a un roman qui me plait et je vais essayer d'en trouver un autre qui s'en approche, ou lire toute la bibliographie de l'auteur.

Qui sont tes écrivains de roman noir préférés ?
Pour ce qui est du roman noir, James Lee Burke et Pete Dexter, déjà cités. Dans les contemporains, James Sallis ou Pelecanos. Chandler et Chester Himes, James Ellroy, pour les classiques du genre. En France, il n'y a malheureusement pas grand chose de bonne qualité, c'est souvent caricatural ou mal écrit, mais j'aime beaucoup D.O.A, que j'ai découvert parce qu'il était ami avec ma femme qui est, elle aussi,écrivain. On peut citer Dominique Manotti, Bien connu des services de police dans la Série Noire de Gallimard.

Tu lis de la non-fiction aussi ?
Je lis aussi des essais oui, et pas mal d'économie, comme Thomas Piketty dont tout le monde parle sans l'avoir lu, ou La Richesse manquante de nations, une étude hallucinante de Gabriel Zucman sur l'évasion fiscale à l'échelle internationale. C'est encourageant de voir qu'il y a encore des intellectuels pour proposer des solutions argumentées aux problèmes économiques et politiques, mais en même temps désespérant de voir que personne ne les écoute et que le seul discours qui semble aujourd'hui légitime est celui des néo-libéraux.

Quel livre t’a le plus marqué dernièrement ? Et celui que t’as déjà oublié ?
Récemment, j'ai lu tout Emmanuel Carrère, y compris le dernier que j'ai trouvé un peu indigeste, mais son Limonov m'a mis une claque. Un des romans que j'ai le plus apprécié cette année, et en même temps c'est logique. Il y a du littéraire, du politique, le New York punk des années 70, la guerre en Yougoslavie, les Russes tatoués… L'angle que choisit Carrère pour attaquer ses personnages me plaît aussi beaucoup, c'est personnel, le narrateur est là, devant toi et t'explique d'où il parle. Il y a un côté Hunter S. Thompson chez Emmanuel Carrère, mais en mode écrivain parisien avec une veste en velours côtelé. Sa biographie de Phillip K. Dick est incroyable aussi, j'ai compris des textes que j'avais lu sans imaginer une seconde ce qu'il pouvait y avoir entre les lignes, les références à sa vie personnelle, le rapport entre sa paranoïa, son usage des drogues et les personnages de ses romans.

Celui que j'ai déjà oublié, le livre de Valérie Trierweiler. Je l'ai téléchargé à 10h sur T411 à St Petersbourg, terminé à Orly le midi, et immédiatement oublié en arrivant le soir chez moi.

Rod Glacial est en train de finir Les Riches font-ils le bonheur de tous ? de Zygmunt Bauman. Il est sur Twitter