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Music by VICE

Pour ses 60 ans, le célèbre DJ des 70's Nicky Siano organise une nuit de folie dans le parc d'attractions de Coney Island

« Clubbers, come out to play ! »

par Steve Weinstein
17 Mars 2015, 12:45pm


Nicky Siano sur la piste de The Gallery

Selon le dictionnaire Larousse, une conversation est « un échange de propos entre plusieurs personnes ». OK, mais essayer d’en placer une lorsque vous parler avec Nicky Siano. Ce mec débite tellement de trucs à la seconde et part dans toutes les directions. Il peut aussi bien vous conter l’histoire de The Gallery, le club qu’il a ouvert avec son frère à New-York dans les années 70, puis en un quart de seconde, se lancer dans une tirade sur les DJ’s d’aujourd‘hui qu’il considère plus comme des techniciens informatiques que comme des musiciens. Puis, boum ! Un nouveau sujet lui vient à l’esprit et se souvient de ses meilleurs potes de l’époque, Frankie Knuckles ou Larry Levan le « parrain de la house » et célèbre DJ du Paradise Garage.

Siano est un mec hors-norme. Son exubérance, sa personnalité et son influence sur la dance music, ont fait de lui l’un des DJ’s les plus appréciés et respectés au monde.

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La fête dans les 70's, The Gallery

Nicky Siano n’est pas un simple témoin de la naissance de la dance music, il a incarné ce mouvement. Comme l’a écrit Tim Lawrence, l’auteur de Love Saves the Day, A History of Dance Music Culture 1970-1979, « Nicky a été l’un des DJ’s les plus influents des années 70. » Si les DJ’s existent, et existent plutôt bien aujourd’hui, c’est grâce à Siano et ses potes. Le concept de leurs « voyages musicaux » a débuté avec David Mancuso, qui enchainait les morceaux disco lors des fameuses soirées qu’il organisait au Loft, à New-York. Francis Grasso et Michael Cappelo ont été les premiers à faire des transitions entre les morceaux. Mais Nicky est allé encore plus loin, en « ajoutant cette touche dramatique, qui reflétait sa personnalité extravertie. » Résident au Studio 54, Siano était aussi l’un des DJs les plus demandés de New-York. C’était le maître dans l’art d’associer les beats et de faire de rapides transitions entre les morceaux, techniques qui deviendront l’essence même du mix des années plus tard.

The Gallery n’était pas seulement le premier club à mêler musique, déco et spots arty; c’était la première boite où les clubbers pouvaient se mélanger, peu importe leurs orientations sexuelles, leur couleur de peau ou leur religion. Grace Jones a fait ses premiers pas sur scène là-bas (elle s’est d’ailleurs fait voler la vedette par Siano qui est monté sur scène habillé en statue de la liberté avec une torche à la main). D’autres futures légendes ont fait leur premières armes dans ce club, comme Levan et Knuckles. A la Gallery, Nicky Siano a également été le premier DJ à utiliser trois platines.

« The Gallery était un pont entre le Loft et le Paradise Garage », raconte Tim Lawrence. « C’est devenu l’endroit où Nicky passait des disques, que lui et ses potes DJs récupéraient dans les sous-sols des maisons de disque, et ils en faisaient des hits. » C’est à la Gallery que Siano a expérimenté le concept de sound system, en ramenant d’énormes enceintes pour amplifier les basses, par exemple. C’était aussi le premier à avoir véritablement fait des folies avec la table de mixage, en amplifiant à la fois les basses et les aigus.

Si Siano a toujours préféré le vinyle au digital, c’est seulement parce que, selon lui, le Djing était lié au plaisir et au son que seul le vinyle pouvait procurer. Siano raconte : « On bossait vraiment dur. Les boites à rythme, les MPC et autres machines digitales n’ont pas d’âme. Ces machines enlèvent toute la puissance de la musique. Ce n’est que de la foutue programmation. »

Pour ses 60 ans, Siano jouera quelques morceaux dans l’un des lieux les plus uniques de New-York : L’Eldorado Auto Skooter, le royaume de l’auto-tamponneuse situé au beau milieu du parc d’attractions de Coney Island.

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L’Eldorado n’est pas seulement une salle de jeu d’arcade. Ce lieu héberge aussi un sound système créé par Richard Long, l’ingénieur du son qui s’occupait également du Studio 54 et du Paradise Garage. Dans les 70’s, Siano avait pour habitude de faire un tour d’auto-tamponneuse juste pour voir ce que donnait le système sonore — qui est toujours aujourd’hui de meilleure qualité que celui qu’on trouve dans la plupart des clubs. Il était souvent accompagné par celui qui deviendra plus tard Larry Levan, son petit protégé de l’époque, qui s’appelait encore Larry Philpot.

Pour Siano, l’Eldorado — qui est à seulement quelques kilomètres de Sheepshead Bay, le quartier de Brooklyn où il a grandit et où il vit aujourd’hui avec son partenaire John Vret — représente un vrai retour aux sources. C’est aussi un endroit où il peut tout contrôler, des lumières à la couleur du PQ.

« Je vais pouvoir faire une vraie soirée, pas juste un showcase en boite, » confirme Nicky. « J’adore accorder les éclairages et la musique. Cette soirée sera digne d’un show de Broadway. Tout ce qui se passe dans cette pièce est sous mon contrôle et ma responsabilité. C’est rare d’avoir une opportunité pareille. »

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Le dance floor de The Gallery

L’Eldorado est le seul endroit adapté à ce que Siano appelle sa « Last Party. » Mais ne soyez pas triste, ne pensez pas que c’est effectivement la Der des Der car ce mec a fait plus de comebacks que Cher. Si Siano n’est pas plus connu aujourd’hui, c’est parce qu’au cours des années 80 il a décidé de faire une pause. Nuits blanches, drogue, sales plans, et ses amis disparaissant dans des circonstances mystérieuses. Il a fait le choix de se retirer de la scène pour devenir clean et de faire ce qu’il pouvait pour mettre fin à cette terrible épidémie qui ravageait son monde, le Sida. Pendant cette période de creux musical, il en a profité pour écrire No Time to Wait, paru en 1993. Dans ce livre, Siano explique comment vivre avec le virus du VIH, il considère ce témoignage comme sa plus grande réussite à ce jour.

« Le travail que j’ai fait pour aider les malades du Sida est bien plus important que ce que j’ai fait en passant des CDs, même si j’adore le DJing » raconte-t-il.

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Frankie Knuckles, en embuscade.

Depuis qu’il est revenu derrière les platines, Siano a été reconnu par les nouvelles générations pour son énorme influence et ses innovations dans l’art du DJing.

Danny Tenaglia est devenu fan de Siano alors qu’il n’avait même pas l’âge de rentrer en club. « Je savais juste qu’il inspirait Larry Levan au Continental Baths quand Larry s’occupait des lumières pour lui. Puis, quand je suis enfin entré au Loft et au Garage, j’ai réalisé que je voulais faire comme eux, et Nicky est devenu un de mes héros, » raconte Tenaglia. Siano a directement inspiré les soirées « Be Yourself » organisées par Tenaglia. « Aujourd’hui, il est plus dur de retrouver cette atmosphère, cette unité et cette musicalité » ajoute-t-il.

DJ Hex Hector est devenu l’un de ses acolytes dès 1982 lorsqu’il a entendu « Move » pour la première fois.

Des années plus tard, quand Hector a finalement pu assister à un live de Siano à l’ancien Sound Factory Bar, il n’en revenait pas. Ce mec dégageait énormément d’énergie. « Depuis ce jour, je l’ai toujours suivi à travers des documentaires et en l’écoutant sur Sirius Radio, » la station sur laquelle Siano sévissait.

Même si Siano plaisante en avançant que la moitié des gens présents à sa soirée seront sûrement en fauteuil roulant, il n’y a aucun doute sur le fait que « The Last Party » sera un moment incroyable et un retour aux grandes années disco. « Comparée aux soirées que j’ai faites sur New-York, celle-ci ressemblera plus à ce qu’on faisait avant, à la Gallery et au Loft » raconte Siano. « L’ambiance est si innocente et joyeuse ici. Les gens ont perdu ce sens de la fête et ne s’amusent plus comme avant. »


« The Last Party » aura lieu le 21 mars, à l’Eldorado Auto Skooter de Coney Island. Les tickets sont disponibles ici.