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Cet article a été publié il y a plus de 5 ans
Music by VICE

Puff Daddy et la malédiction de Bad Boy Records

Pourquoi une bonne partie de ses anciens poulains sont devenus fous, ont perdu leur fortune, ou pourrissent en prison ?

par Christelle Oyiri
27 Mai 2014, 11:45am
​​​​​​La semaine dernière, Puff Daddy recevait un diplôme honorifique de l'Université d'Howard alors qu'il n'a même pas passé les examens pour l'obtenir. Lors de la cérémonie, Diddy vêtu d'une toge a déclaré, l'air nostalgique : « C'est si bon d'être à la maison » alors qu'il avait arrêté son cursus au bout de deux ans... Son sourire triomphal était super malsain, et ça m'a rappelé à quel point Puff Daddy et son jumeau maléfique s'en tiraient toujours. Vous n'en avez sûrement rien à carrer, mais toute cette mascarade reflète tout le paradoxe entourant Diddy : il est constamment encensé, même quand il fait les choses à moitié.

J'avoue qu'il faut vraiment être un vieux con aigri pour ne pas aimer Diddy mais ce n'est pas le sujet ici. Il s'agit de savoir si Diddy est réellement le magnat du rap qu'il prétend être. Avec son côté hustler flamboyant de Harlem, sachant d'où il vient, l'existence même de Diddy est éminemment politique et rien que pour ça, il est déjà une légende. Pourtant, Diddy, en bien des aspects, est le nouveau Gatsby le Magnifique, son opulence ne parvient pas à masquer ses forces contraires : la création et le chaos. Ok, il a bâti un empire et une usine à hits, comme Gatbsy, mais toutes les personnes qui ont pu graviter autour de lui ont mal fini. Si la galaxie était un tas d'embrouilles et d'histoires glauques, Diddy en serait sans aucun doute le soleil.

Ouais, Bad Boy Records, l'œuvre majeure de Sean Combs est un putain de cimetière, un palace en ruines, une antre aux milles disques de platines où résonnent des tas d'histoires de destins brisés. Finalement, Death Row aurait peut être mieux collé à Bad Boy, et vice-versa.


CRAIG MACK


À moins d'être né après l'ère du handamania, ou tout simplement de NE jamais avoir écouté de rap de sa vie, vous avez forcément déjà entendu «
Flava In You Ear (Remix) », un des premiers titres sortis sur Bad Boy Records. Diddy avait eu l'ingénieuse idée d'inviter les meilleurs rappeurs du jeu sur le morceau de Craig Mack : LL Cool J, Busta Rhymes, Rampage et Biggie Smalls. Une erreur fatale puisqu'elle a définitivement tué la carrière de Craig Mack, qui lâche à la fin de son couplet le prémonitoire : « You won 't be around next year / My rap's too severe kicking mad flava in ya ear ».


Et en effet, Craig Mack est vite tombé dans l'oubli. J'ai toujours cru qu'il était devenu courtier en bourse mais apparemment c'est bien pire. En 2012, il aurait rejoint une secte de Caroline du Sud menée par un redneck déjà condamné pour agression sexuelle. Chaud.

La vidéo ci-dessus montre la première introduction de Craig Mack au culte. Sa voix de baryton est très reconnaissable et c'est vraiment super flippant.


SHYNE

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L'histoire de Shyne est de loin la pire. Avec sa voix grave et gutturale, qui rappelle parfois Biggie, il est tout de suite perçu par Diddy comme une chance de renouer avec la rue. Tous les éléments semblent réunis, et Shyne a devant lui une carrière prometteuse. Seulement tout bascule le 27 Décembre 1999, au Manhattan Club de New York. Puff et sa copine de l'époque, Jennifer Lopez, descendent avec Shyne et sa petite amie en boîte de nuit, où une fusillade éclate, apparemment dirigée contre Diddy. Shyne tire 3 coups de feu en l'air. Bilan : 3 blessés et un mort. Pour montrer son allégeance et sa loyauté envers Diddy, Shyne décide de porter le chapeau et de le protéger en pensant à tort que le démon Diddy ferait de même. Mais non, Diddy, et son putain de jumeau maléfique ont fait absolument tout le contraire. Il se désolidarise complètement de Shyne : aucune participation aux frais d'avocat, aucune aide financière et encore moins de soutien moral. On a même parlé de pression de Diddy sur les témoins afin qu'ils modifient leurs déclarations. Personne ne sait ce qui s'est réellement passé dans ce club, ce qui est sûr c'est que quelqu'un en voulait à Diddy et que Shyne s'est interposé. Résultat : 9 ans de taule pour le rappeur. Shyne, en pauvre naïf, avait cru bien faire. Et alors même qu'il était au frais, à l'aube du nouveau millénaire, toutes les caisses jouaient son morceau « Bad Boyz » sorti sur le label de Diddy... Shyne sacrifié sur l'autel cruel du rap-jeu.

C'est en purgeant sa peine dans une prison de haute sécurité que Shyne trouve la paix spirituelle et se convertit au judaïsme orthodoxe en hommage aux origines de sa mère. Lorsqu'il sort en 2012, il se réconcilie avec Diddy à Paris. Honnêtement, quand j'ai appris la nouvelle, je me suis demandé si c'était une énorme farce. Surtout après avoir vu Shyne poser avec Cassie et sa coupe de cheveux d'enfant-sida. Vous vous imaginez pardonner à votre oncle de vous avoir sodomisé à de multiples reprises contre votre gré pendant 9 ans ? Bah là, on est dans une situation analogue.​​L'année dernière Shyne est enfin redevenu lucide et a lâché quelques tweets pour nous rappeler à quel point Diddy était une incarnation de Babylone.


MA$E


Quand j'étais plus jeune, je pensais sincèrement que Ma$e était le meilleur rappeur à avoir foulé le sol de la planète. Beaucoup de gens ont une relation amour/haine avec Ma$e, il flirtait avec désinvolture entre le rap et la pop, à une époque où le rap était un truc de mecs couillus et infréquentables. Mais avant d'être la poule aux œufs d'or de Bad Boy Records et de danser dans des costumes en satin, Ma$e faisait du rap de mecs couillus et infréquentables sous le nom Murda Mase dans un groupe appelé Children Of The Corn', aux côtés de Cam'Ron, Big L et bien d'autres. En 1999, alors que Ma$e squattait la première place du Billboard Rap et du Hot 100 chaque été, le mec décide soudainement de se retirer du rap pour des raisons encore aujourd'hui mystérieuses. Il se barre à Atlanta pour étudier la théologie et devient le pasteur Mason Betha.

Note : Une version alternative de la « fuite de Ma$e » certifiée par Jim Jones et Cam'Ron a fait surface lors de l'émission animée par Angie Martinez sur Hot 97 : selon eux, Ma$e se serait barré à Atlanta pour fuire un mec super dangereux qui le recherchait parce ce qu'il s'était tapé sa femme. Et Ma$e devrait aussi de l'argent à Dipset...

Après 5 ans d'absence, Ma$e revient sur le devant de la scène avec Welcome Back en 2004. Un album qui essaye de concilier difficilement les deux facettes de Ma$e désormais homme de Dieu. Ma$e, qui agit toujours de manière super cohérente comme vous l'aurez compris, décide de signer chez G-Unit après une tournée avec eux en 2006, et de reprendre son pseudonyme de l'époque, Murda Mase. Seulement Diddy estime son contrat à 2 millions de dollars. 50 Cent refuse de le racheter. Dur.

Finalement, Diddy libère enfin Ma$e de son contrat après 16 ans de loyaux services... À noter au passage que c'est également Ma$e qui a entièrement écrit le premier album de Diddy, No Way Out.


LOON

Vous vous souvenez des légendaires « I need a girl » Pt.1 et Pt.2 ? Loon y balançait des couplets au paroxysme du thug lovin. Eh bien, après s'être converti à l'Islam en 2009, Loon a été arrêté en Belgique en 2012 et condamné à 14 ans de placard pour une sombre affaire de drogues.


THE LOX


The Lox signe avec Bad Boy Records en 1995. Après des featurings sur quelques hits ici et là, notamment sur « Honey » de Mariah Carey et sur « It's all about the Benjamins », The Lox sort enfin l'hymne que tout le monde attendait, « Money, Power, Respect » avec Lil Kim et DMX. Seulement Diddy ne semble pas franchement décidé à investir dans la carrière du groupe. Ces derniers aspirent à joindre officiellement le crew Ruff Ryders mais Puffy ne veut pas les libérer non plus de leur lourd contrat. Jadakiss et son gang décident alors de faire appel à ce qu'ils connaissent le mieux : la rue. Ils lancent une campagne de com', inondent les rues de New York de T-shirts floqués « Free The Lox » et sortent même une chanson anti-Puff Daddy, « Blood Pressure ». Une entreprise qui réussit à déstabiliser Diddy, qui leur rend finalement leur liberté artistique. Puff, en véritable renard, s'est, lui, débrouillé au passage pour s'accaparer la totalité des royalties engrangées par « Money, Power, Respect ».

À la question Bad Boy Records est-il un label maudit, je n'apporterai aucune réponse. Il est indéniable que Diddy a cette habilité à savoir ce qui constitue ou non un hit. Mais qu'en est-il du long format ? Qu'il s'agisse d'albums (French Montana) ou de carrières (MGK, Red Cafe), Diddy a du mal promouvoir correctement ses artistes. J'entends souvent dire « Oui, mais c'est à l'artiste de se bouger ». OK Internet, OK l'auto-promo. D'accord, un artiste se doit d'être visionnaire, d'exceller dans son art et de soigner son image mais pas de s'occuper des choses pratiques, ça c'est le taf d'un label sinon quel est l'intérêt d'être signé ? Si les artistes que Diddy repère depuis quelques années n'arrivent pas à tenir la route c'est aussi parce qu'ils manquent d'épaisseur et tout simplement de talent. A fortiori, être signé sur Bad Boy ne veut plus rien dire. Diddy, mu par ses désirs égoïstes (citez moi un clip de ses poulains où l'on n'aperçoit pas sa face !) voit dans ses artistes des moyens de placer ses produits, comme Ciroc (la liqueur du mal) et sa nouvelle marque de bouteille d'eau pétée, AQUAhydrate. You want some water ? Aaaah. Et malgré tout ça, je continue d'aimer Sean Combs. Go figure.


Christelle pousse le thug luvin' à son maximum. Elle est sur Twitter - @crystallmess

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