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Malgré les apparences, les mecs qui ont enregistré la bande-son de Romper Stomper n'étaient pas des néo-nazis

Chris Pettifer et ses collègues ont dû picoler et se battre en studio pour composer la oi! la plus authentique possible. Et ça a tellement bien marché qu'ils se sont fait récupérer par les boneheads.
5.11.14

La sortie de Romper Stomper, en 1992, est un moment de l'histoire du cinéma australien trop souvent occulté. Le film, description lugubre d'un gang de skinheads néo-nazis s'attaquant à la communauté vietnamienne de Melbourne, a pourtant déclenché à l'époque une controverse dans tout le pays. On y voit un jeune Russell Crowe (le crâne rasé) dans le rôle de Hando, leader du gang. Son personnage est en partie inspiré par Dane Sweetman, un skinhead australien qui, peu de temps avant le tournage, fut jugé puis condamné pour avoir assassiné un autre skinhead - après lui avoir coupé les jambes.

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Beaucoup de skinheads des deux bords - nazis comme antifas - protestèrent à la sortie du film.

La bande originale de John Clifford White, qui a été plusieurs fois récompensée, contient des morceaux tels que « Let's Break Some Fingers/Brawl Crawl » et « We Came To Wreck Everything », ainsi que des hymnes 100 % oi! chantés par Peter Pales et un groupe de studio. Même si des chansons comme « Pulling on the Boots », « Fuehrer Fuehrer » et « The Smack Song » (dont les paroles sont sans équivoque : « Baffe-le s'il est noir, baffe-le s'il est jaune, baffe-le pour qu'il se tire et ne revienne plus jamais ») sonnent comme du R.A.C authentique, aucun des musiciens impliqués dans leur enregistrement n'étaient des boneheads, ni même des punks en fait.

John travaillait pour les studios Crawford Productions à l'époque, et a formé le groupe pour les besoins du film - et non pour promouvoir une quelconque idéologie. Ce qui n'a pourtant pas empêché les labels suprémacistes blancs de bootlegger les morceaux un nombre incalculable de fois depuis leur sortie.

Chris Pettifer, qui joue de la basse sur la B.O., continue à travailler dans l'industrie du cinéma et de la télévision : il a notamment produit des morceaux pour la sitcom Neighbours et a composé la bande originale de The Secret Life Of Us. On l'a contacté pour lui demander de nous parler de Romper Stomper et des conséquences qu'a eu le film sur sa carrière.

Noisey : Comment t'es-tu retrouvé à travailler sur Romper Stomper ?
Chris Pettifer : Je bossais avec John à Crawford Productions. Il savait que j'étais vaguement guitariste et m'a engagé pour qu'on collabore sur le film. On s'est super bien entendus, on passait des heures à écouter les vinyles de oi! que John avait fait importer pour ses recherches sonores.

Quelle était ton expérience dans la musique jusque là ? Tu aimais le punk ?
J'ai grandi en écoutant beaucoup de rock de la fin des années 60 et du début des années 70. J'ai eu deux trois-groupes de garage avec lesquels j'ai joué aussi bien des compositions originales que des reprises, avant de gagner ma vie en bossant sur des films. À l'époque où le punk a explosé, ça ne m'a pas du tout branché. Je n'avais même jamais entendu parler de oi! avant que John ne m'en fasse écouter.

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À quoi ressemblaient les sessions d'enregistrement ?
On s'est bien marrés, même si c'était super long et épuisant. On faisait ça la nuit ou très tôt dans la journée dans un studio au Metropolis. En gros, le groupe était composé de gens comme moi - que des mecs que John connaissait déjà. John Hewett, le guitariste, avait déjà travaillé avec lui, par exemple. Le batteur était un des meilleurs musiciens de session de Melbourne. Le premier jour de l'enregistrement, on était bien propres sur nous, rasés de près - complètement à côté de la plaque. Puis John a disparu. Quand il est revenu, il avait une bouteille de Scotch dans la main, et on a commencé à boire. Geoffrey Wright passait les scènes de baston du film sur une télé branchée dans le studio. Il sautait partout et nous rentrait dedans pour qu'on devienne agressifs. À la fin de la session, les prises étaient bonnes - et nous, on était totalement raides.

Tu ne te sentais pas trop mal en enregistrant des trucs comme « Smack Song » ?
Eh bien, c'était normal de jouer le jeu, vu toutes les références à la suprématie blanche et au nazisme qui ponctuaient le scénario du film. Je pense justement que le film montre les dangers et la futilité du racisme et de l'extrêmisme. Les critiques ont beau avoir décrit Romper Stomper comme étant pro-nazi, il ne glorifie aucun des personnages - c'est même l'inverse.

Certains écoutent encore ce disque en pensant que c'est un album de oi! raciste.
Je trouve ça triste… Et inquiétant. Ce n'est qu'un film. L'ironie du sort, pour eux, c'est qu'on a composé tout ça pour déconner. Ils ne sont même pas au courant que le « groupe » était juste une bande de gauchos de classe moyenne. Et que les paroles ont été écrites par Bill Murphy, le producteur, qui était très loin d'être un néo-nazi.

Votre bande-son a remporté le prix de la meilleure bande-originale, décerné par le Australien Film Institute. Tu étais présent à la cérémonie ?
Non, j'étais à New York à ce moment-là. John m'a appellé à 4 heures du matin pour me hurler « On a gagné ! On a gagné ! » à l'autre bout du fil. D'après moi, le thème principal du film et les morceaux orchestrés constituaient la meilleure partie de la bande-son. La musique de la scène de sexe dans le bungalow de Davey est inoubliable. Elle est même mortelle !

À sa sortie, des gens ont carrément manifesté pour interdire le film. Tu avais réfléchi au fait que ton implication au sein du film pouvait nuire à ta carrière de musicien ?
Non, ça ne m'a jamais inquiété. Dans cette industrie, tu fais le boulot qu'on te dit de faire. Si je m'étais dit que Romper Stomper glorifiait le néo-nazisme, j'y aurais réfléchi à deux fois avant de m'impliquer. Mais ça n'était pas le cas. Même si ma contribution est plutôt modeste, j'en suis fier.