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King Diamond revient hurler vengeance au nom de Satan

L'ex-leader de Mercyful Fate a dû réapprendre à marcher et respirer, mais il est désormais prêt à mettre les USA à feu et à sang.
10.10.14

Malgré un triple pontage en 2010, King Diamond n'a pas l'air de vouloir ralentir. Il revient hurler vengeance au nom de Satan. Après avoir dominé les festivals Européens avec une série de performances sans pitié dont le point culminant a été le concert du Wacken Open Air devant 92 000 allemands hystériques, Kim Bendix Petersen et son groupe embarquent pour leur première tournée américaine depuis près de 10 ans. La tournée sera suivie d'un double album best of, dont les morceaux ont été choisis par King Diamond lui-même, épaulé par son guitariste de longue date, Andy LaRocque. Un nouvel album -le premier depuis Give Me Your Soul… Please, sorti en 2007- verra probablement le jour. Peut-être qu'il existe également une chance infime que le révérend sataniste danois, détenteur de la voix la plus hors-norme de tout l'Histoire du heavy metal, reforme son ancien groupe, Mercyful Fate. On a appelé King chez lui, dans la banlieue de Dallas, pour en savoir un peu plus. Noisey: Tu te prépares pour ta première tournée américaine depuis 2005. Comment tu te sens?
King Diamond : Je ne crois pas avoir été plus confiant de toute ma carrière. J'ai hâte de remplir à nouveau l'esprit des gens avec notre imagerie et de leur faire vivre des moments uniques. Notre nouvelle production, la set list, tout roule nickel. On va répéter pendant 4 jours à Dallas avant de décoller. Le container avec la scène qu'on avait en Europe vient d'arriver à Houston. Elle est massive. Je crois qu'on va être 18 à voyager en tout, sans compter les chauffeurs. On aura 2 bus pour pouvoir amener tout le monde.

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Avant de jouer dans Mercyful Fate, tu as joué dans un groupe qui s'appellait Black Rose - vous utilisiez des têtes de cochons et du sang animal comme accessoires sur scène. Beaucoup de groupes modernes comme Watain, Gorgoroth ou Mayhem utilisent ces trucs aujourd'hui. Tu penses être responsable de tout ça?
Je sais - ils se baignent dedans, quasi ! Mais nous, on ne ferait pas ça. Le sang de porc pue tellement… Je ne pense pas que Black Rose les ait particulièrement inspirés . Peu de gens nous connaissaient à l'époque. Ils ont probablement décidé de faire ça tous seuls ou bien ils ont lu un truc qui les a incité à le faire. C'est un rituel, d'une certaine manière, et c'est leur délire à eux.

En tout cas, tu dois te dire que tu as fait du chemin depuis…​
Oh ouais. On faisait tout nous-mêmes à l'époque. Je faisais même la poudre pour les lance-grenades. Je mélangeais du magnésium avec de l'oxygène pour faire exploser le tout. Aujourd'hui, on est plus du genre à vérifier que le cercueil s'ouvre bien au bon moment, où sont passés les crucifix et les portraits de Baphomet, de quelles couleurs seront les lumières pendant certains morceaux. Mais c'est super, c'est ce qu'on a toujours voulu faire. On a enfin la possibilité de se présenter au public comme on le voulait depuis le départ.

Depuis quelques années, il y a un énorme regain d'intérêt pour King Diamond et Mercyful Fate. Pourquoi, d'après toi ?​
Je pense que notre musique revient à la mode. Après mon opération, Brian Slagel (le fondateur de Metal Blade Records) n'arrêtait pas de répéter: « Tu vas voir - tout le monde va se remettre à King Diamond ». Et il avait totalement raison. On était parmi les têtes d'affiches de chaque festival européen où on a joué. Mais les USA ne nous ont pas encore vus. Il y a pas mal d'incertitudes, surtout parce qu'il y aura beaucoup de gens sur la route à la période où on va tourner. Mais tous les tickets pour New York ont été vendus en 3 heures. 5 ou 6 shows sont déjà sold out. Donc, ça le fait.

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Ton best-of sort en novembre. Dis-m'en plus.​
Andy et moi, on a passé beaucoup de temps dessus, mais il est enfin fini. C'est un double album, avec les enregistrements sortis chez Metal Blade et ceux sortis sur Roadrunner réunis pour la première fois. Ça retrace notre carrière entière. Andy et moi avons pu sélectionner les morceaux, et on les a améliorés. Roadrunner les avait « remasterisés » il y a quelques années, mais en fait ils avaient juste haussé le volume ! Les détails se perdaient dans la compression. Donc Andy et moi, on a fouillé pour trouver les versions plus anciennes possibles de chaque morceau, et on les a masterisés nous-mêmes. Il y a beaucoup plus de basses mais le feeling originel est toujours là. Ça sonne clairement mieux, mec.

Qu'en est-il du nouvel album?​
Maintenant qu'on a terminé de construire mon home studio, ça va se mettre en route rapidement. Je pense qu'on commencera après la tournée, donc début de l'année prochaine.

Tu as déclaré que certaines des paroles de l'album seront inspirés par tes expériences : ton opération du coeur, la période de repos qui a suivi…
Quelle que soit l'histoire du prochain album, il y aura clairement un peu de ça à l'intérieur, c'est certain.

Tu as vécu des trucs bizarres à cette période.
Quand j'ai repris conscience après l'opération, j'étais étendu sur mon lit d'hôpital, et je pouvais voir seulement en noir et blanc, j'avais l'impression qu'on était en train de m'étrangler lentement. C'était le tube respiratoire, la pire sensation que j'ai connu de ma vie. Avant que je passe sur le billard, ils m'ont dit que si j'arrivais à respirer tout seul au moment où je me réveillerais, je devrais essayer de leur signaler. Mais quand je me suis réveillé, il n'y avait personne. Ma femme était là, mais je ne pouvais pas la voir. J'ai commencé à paniquer, à me dire que j'allais mourir, donc j'ai commencé à essayer de retirer le tube de ma bouche. Ma femme m'a vu et m'a empêché de le faire, avant d'appeler les infirmières. Il y en a 3 qui se sont ramenées, et qui étaient penchées sur moi. Et tout ça se passait en noir et blanc. C'était tellement étrange. Au lieu de m'aider, les infirmières m'ont accroché au lit. Je ne pouvais pas communiquer avec elles, mais si j'avais pu, elles m'auraient entendu les supplier de me tuer.

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C'est comme dans « One », le morceau de Metallica.​
Exactement. J'étais là: « Tuez-moi ! J'en peux plus ! ». Mais pas moyen de communiquer. C'est pire que tout ce que tu peux imaginer. Tu entends tout le temps des histoires horribles sur des gens endormis avant leur opération, mais qui sont toujours conscients et sentent tout ce qu'on leur fait. Mais si tu n'est pas ou plus endormi, la douleur est TOTALE. Après m'avoir attaché, ils ont dit à ma femme de partir, et m'ont endormi une deuxième fois, avec une dose massive d'anesthésiant. Quand je suis revenu à moi, ils l'ont laissée revenir.

Combien de temps es-tu resté à l'hôpital?
10 jours. J'ai pu me barrer un peu plus tôt que la majorité des gens qui subissent cette opération, parce que Livia [la femme de King] les aidait à nettoyer mes blessures - elle l'a fait pour qu'ils pigent que j'allais être entre de bonnes mains à la maison. J'ai dû prouver que je pouvais respirer tout seul. En gros, j'ai dû réapprendre à respirer, en tout cas à expirer assez d'air pour souffler sur une petite balle dans un tube et la soulever, tout ça pour qu'ils me laissent rentrer chez moi. Ils ont dû dégonfler mes poumons pour l'opération, et ils voulaient vérifier qu'ils n'allaient pas se dégonfler à nouveau pendant mon sommeil. Donc j'ai dû m'entraîner et réussir à soulever cette balle en plastique dans l'air. J'ai dû aussi prouver que je pouvais marcher sans aide extérieure. Ma vie ressemblait à cette phrase dans le morceau « The Graveyard » : « walking the halls at night ». Quand Livia partait de l'hôpital à 3 ou 4 heures du matin, je marchais avec elle jusqu'à la sortie, puis je marchais d'un bureau d'infirmières à un autre, toute la nuit. Je ne dormais pas bien à cause des tubes qui me sortaient du corps, et je faisais des cauchemars tout le temps. Au final, j'ai pu rentrer chez moi, mais c'était vraiment un supplice.

Et c'est là que les choses sont devenues vraiment bizarres…
Pendant un bon bout de temps, j'étais même pas sûr d'être réellement, physiquement présent. Je devais vraiment poser la question à Livia pour qu'elle me confirme. Pendant nos promenades, je lui attrapais l'épaule en lui demandant « Tu sens ça ? ». Ou bien elle était en train de bosser sur l'ordinateur et moi j'étais en train de regarder le journal à la télé, et je lui disais « Tu arrives à me voir ? Dis-moi ce que je fais ». Pendant deux ou trois mois, j'étais dans cet état. Les premiers jours étaient horribles. J'étais obligé de marcher chaque jour, mais mes pieds étaient tellement gonflés qu'ils ne rentraient plus dans mes chaussures. C'était en décembre, j'ai dû marcher dans la neige en chaussettes. Je devais faire 500 mètres tous les jours, et j'y arrivais à peine. C'était brutal. Comme si il fallait tout recommencer - apprendre à marcher, respirer. J'étais tellement faible que je pouvais à peine soulever un verre d'eau pour boire. Quand ils t'ouvrent la poitrine en deux comme ça, tous les muscles et les nerfs doivent se reconnecter. C'est atroce.

Tu as l'impression d'être à nouveau opérationnel à 100 % ?
Je ne serais plus jamais opérationnel à 100 %. Je me sens mieux qu'avant et ma voix est meilleure qu'avant vu que j'ai arrêté de fumer, mais je me tape toujours une hernie discale. Si je ne fais pas ma promenade deux ou trois jours d'affilée, ça me fait mal. Mais putain, je suis en vie, tu vois. Je dois faire avec ce que j'ai. Le truc bien, c'est que je chante mieux que jamais, j'ai une nouvelle technique respiratoire qui marche super bien. J'utilise un cinquième de l'oxygène que les autres gars du groupes utilisent. Bon, ça rend pas spécialement les choses plus faciles. En plus, dans notre nouveau live, je passe mon temps à monter et descendre des escaliers, et ça pendant 90 minutes.

Tu es récemment apparu sur un podcast de Eddie Trunk avec le fondateur de Metal Blade, Brian Slagel. Quand Eddie a voulu savoir si il y avait une chance que Mercyful Fate se reforme, Slagel l'a interrompu en disant qu'il allait tout faire pour que ça arrive. Tu penses que c'est possible?​
J'attends que Brian me dise comment c'est possible ! [Rires]. Je ne dis pas non, bien sûr, mais il faudrait que ça soit fait correctement. J'ai pas envie que ça empiète sur le temps que je consacre à King Diamond. C'est ça, le plus important. Mais ça serait stupide de dire qu'il y a zéro chance que ça arrive. Tu es probablement le membre le plus connu de l'Église Satanique, après son fondateur Anton LaVey. Quel rôle joue l'Église dans ta vie ces temps-ci ?
Ça me suit partout, tous les jours, mais c'est pas comme si j'avais obligatoirement besoin de parler à quelqu'un de l'Église pour le confirmer. Je vais quand même appeler Karla [LaVey, la fille d'Anton] pour qu'on se voie quand je serais à San Francisco, mais je suis ce que je suis, et c'est ce que j'ai toujours été. Mes idées n'ont pas changé. Ça n'est pas une religion - ça ne l'a jamais été. C'est une philosophie de vie. Je me vois comme une personne spirituelle, mais je ne pense pas que qui que ce soit devrait essayer de prouver l'existence d'un dieu. Personne ne peut prouver ça. C'est pour cette raison que je ne déclare pas savoir qu'il y a un ou plusieurs dieux, voire pas de dieu du tout. Mais mes croyances se sont renforcées à cause de mes expériences.

Quand je suis venu te voir l'année dernière, tu m'as montré une lettre qu'Anton LaVey t'avait écrite. Tu as dit que je ne me souviendrais plus de ce qu'elle raconte après l'avoir lue, et effectivement, j'ai oublié. Je sais que tu ne voudras pas dévoiler son contenu, mais tu peux me parler de la signification qu'elle a pour toi ?
La lettre que je t'ai montrée, je l'ai toujours avec moi en tournée. Cette expérience, rencontrer le Docteur LaVey, entrer dans l'Église et obtenir certaines réponses, ça voulait dire tellement de choses pour moi. Mais je n'avais pas besoin de la Bible Satanique pour confirmer que ma philosophie de vie était la bonne. Je voyais déjà les choses de cette manière avant de lire ce livre, mais c'était très intéressant de le voir écrit noir sur blanc. Puis de les rencontrer et de voir qu'ils étaient tous très sérieux - ils ne le faisaient pas pour l'argent. J'ai rencontré LaVey, on était seuls pendant une heure et demie dans la chambre des rituels. Puis il m'a appris deux trois choses que tu as pu voir dans cette lettre, et que je t'ai dit que tu oublierais [Rires]. Tous ceux qui l'ont vue ont oublié ce qu'elle raconte.

J. Bennett n'a toujours aucune idée de ce que dit cette foutue lettre. Il n'est pas sur Twitter.