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Les Meat Puppets font ce qu'ils veulent depuis 35 ans et ce n'est pas prêt de changer

Ils travaillent pépouze sur leur nouvel album, se battent pas mal de l'actualité et sont le seul groupe du label SST qui se dit influencé par Walt Disney et Liza Minnelli.
27.11.14

Les Meat Puppets sont originaires de la galaxie SST, le label punk de Los Angeles fondé en 1978 par Greg Ginn de Black Flag. SST a construit sa réputation en sortant les disques de groupes comme les Minutemen, Dinosaur Jr., Saccharine Trust, Sonic Youth et Hüsker Du – des formations mortes, enterrées ou en pleine tournée-anniversaire de leur sixième reformation. Les Meat Puppets, eux, sont toujours restés légèrement à l’écart de leurs collègues grâce à leur mixture bizarre de punk, de country et de folk qui a souvent été catégorisé « cow-punk », même si par essence un cow-boy ne peut pas être punk, mais bon, on n’est plus à ça près.

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Prenez la compilation The Blasting Concept sortie en 1983 sur SST par exemple. Dessus, les Minutemen hurlent après Reagan, Black Flag hurlent leur rage adolescente, Saccharine Trust hurlent contre la politique intérieure et les Meat Puppets hurlent tout simplement parce qu’ils ont envie de hurler, dans un hymne à la branlitude qui sonne toujours aussi monstrueusement bien 30 ans plus tard.

Après 14 albums, des transferts sur plusieurs labels, quelques cures de désintox’ et la vague reconnaissance que leur a apportée leur participation au ​MTV Unplugged de Nirvana en 1993, les Meat Puppets sont toujours là. Une longévité dûe au génie de ses deux membres fondateurs, les jumeaux Curt et Cris Kirkwood. Les Meat Puppets n’ont jamais eu de plan de carrière. Ils ont tout simplement bossé dur, et ils continuent de le faire, sans recevoir d’ordre de personne– ce qui est bien plus punk rock que ce que font la majorité des punks auto-proclamés. On a passé un moment avec Curt et il nous a parlé de pas mal de trucs, y compris de ses influences vu que les Meat Puppets sont le seul groupe autorisé à le faire.

Noisey : Vous bossez sur des nouveaux morceaux en ce moment ?
​Curt Kirkwood : Ouais, ça arrive. J’ai pas vraiment de discipline en fait, j’attends juste que les idées arrivent et je les enregistre. Mais ça arrive, pas de bile. Je compose petit à petit plutôt que de me taper des sessions entières.

Tu as des influences auxquelles on ne s’attendrait pas ?
Ça peut être n’importe quoi – une rythmique provenant d’un balai d’essuie-glaces, ou un truc que j’ai entendu dans une pub et que je me mets à rejouer. Je crois que la majorité de ce qui s’est fait de bon en pop évoque un sentiment de déjà-entendu. Tu dois juste être sûr que ça n’est pas trop proche d’un truc précis ou alors tu risques un procès ! Je fais beaucoup de dérivés, mais j’édite aussi beaucoup. Au final, la plupart de mes influences viennent de ​Stephen Foste​r et d’autres trucs dans le genre. C’était le premier musicien pop américain. Ensuite, tu mélanges ça avec une grosse dose de Disney.

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Disney ?
Ouais, c’est mon influence principale. Je regardais Le Magicien d’Oz et Le Merveilleux Monde de Disney le dimanche soir. Et j’avais les disques de Pinocchio et Peter Pan. Dumbo a une superbe bande-son aussi, comme Bambi. Je me replonge toujours dans ces disques. J’adore les bandes originales. J’ai beaucoup écouté la B.O. de Jesus Christ Superstar, Hair et La Planète des singes, celles d’Ennio Morricone pour les films de Sergio Leone, et puis aussi Rencontres du troisième type. J’aime toujours Rodgers et Hammerstein, la bande-son de Cabaret, celle avec Liza Minnelli. Le Roi et moi est magnifique. Tout comme South Pacific. Voilà où je puise mes influences.

Vous êtes probablement le seul groupe de SST Records à citer Liza Minnelli comme influence.
​On en a des tonnes… John Fahey, Leo Kottke… Le premier concert auquel je suis allé, c’était Bowie, ensuite Lynyrd Skynyrd, Joe Walsh, Led Zeppelin et Black Sabbath. J’aime l’idée de faire partie d’un groupe de rock. On était à fond dans le prog aussi. J’adore toujours Jethro Tull.

Ta façon d'aborder la musique a dû pas mal changer depuis.
​En fait, elle est restée sensiblement la même. Je fais de la musique parce que j’aime ça. C’est comme un loisir. C’est toujours drôle d’observer le cours des choses. Je n’ai jamais eu de vision précise là-dessus. C’est juste fun de jouer et de voir ce qui se passe. Voilà pourquoi j’aime les concerts. Il n’y a pas vraiment d’autre moyen de d’attirer l’attention ailleurs que sur scène. Tu peux jouer tant que tu veux chez toi et tout enregistrer, mais ce sera toujours une question de live.

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Les gens se réfèrent souvent aux groupes SST parce que vous avez été des pionniers dans ce qu’on appelle aujourd’hui « l’éthique DIY ». C’est un thème qui a été rebattu, mais qui reste vrai. Tu penses que cette attitude perdure ?
Elle est restée assez proche de ce qu’elle représentait à l’époque, sauf qu’avant, tu devais absolument avoir un label indépendant pour « le faire toi-même ». Tout tournait autour des radios universitaires, des fanzines et des gens (peu importe leur ville) qui aimaient ce que tu faisais. Maintenant, avec internet, c’est plus facile de faire circuler ton nom. Mais à l’époque, il n’y avait pas vraiment d’argent en jeu et personne chez SST ne réfléchissait en termes commerciaux. Il fallait faire des concerts ou attirer l’attention d’un gros label pour finir par se faire signer et pouvoir payer ses factures, devenir populaire, et je ne sais quoi d’autre. Les choses aujourd’hui n’ont pas vraiment changé. On tournait beaucoup, et on aimait ça, ça suffisait pour survivre si tu le faisais de manière intensive. On était livrés à nous-mêmes, ce qui était plutôt cool. C’est pareil maintenant – personne ne s’attend à un tube ou autre. Tu dois aimer ce que tu fais de bout en bout, même la partie business.

Il y a des jeunes groupes que tu as vus ces dernières années et qui incarnent ça ?
La plupart des groupes que je vois sur scène sont ceux qui jouent avec nous. Je n’ai jamais beaucoup rôdé dans les clubs. Je fais confiance à mes amis pour ça. Je ne suis pas un « connoisseur », comme on dit. J’ai eu de la chance avec SST d’ailleurs, toutes les saveurs de la scène sont parvenus jusqu’à moi. Aujourd’hui, il y a tellement de groupes… Mais bon, je garde toujours les oreilles ouvertes. Je suis toujours prêt à lâcher un « mec, c’est de la pure magie ». J’aime qu'on me mette sur le cul.

Il y a des disques que tu réécoutes sans cesse sans t’en lasser ?
Bien sûr, dernièrement Ray Charles. Slim Whitman… J’aime les vieux trucs. J’adore George Jones, je peux passer une putain de journée entière à l’écouter. J’aime toujours Burl Ives. De temps en temps, j’ai également besoin de revivre mon adolescence, alors je me mets un Led Zeppelin. J’ai pas une collection de disques de dingue de toute façon. J’aime beaucoup les disques de ​Sublime Frequencie​s. Un de mes potes de Sun City Girls a sorti une compilation chez eux après avoir traversé plein de pays différents à la recherche de pop music obscure. Ce sont de très beaux disques et j’en possède quelques uns. J’aime la musique avec des paroles que je ne comprends pas.

Hormis Mike Watt, tu croises encore les anciens de SST ?
Ces dernières années, j’ai croisé Chuck Dukowski à un festival en Belgique. Je vois toujours les gens de Sonic Youth. On a fait une tournée avec Soundgarden il y a quelques temps aussi. Je vois toujours Henry Rollins, c’est toujours bon de le voir. Ce sont comme des vieux potes de bahut – des bons collègues.

Tu dessines toujours ?
Plus tellement. Comme avant en fait, c’est juste un passe-temps, je gribouille un peu quand je suis assis quelque part. Je n’ai pas de studio ou quoi que ce soit. Je le fais juste pour m’amuser.

Depuis toujours, ta ligne directrice semble être « l’art pour l’art » et finalement, tu as réussi à t’en sortir en restant fidèle à ça. C’est super.
J’ai eu beaucoup de chance. Je ne suis pas vraiment ambitieux et je n’ai jamais été bon pour développer mon réseau non plus. Je n’ai jamais eu de vision précise de l’avenir mais les gens ont toujours fait en sorte de m’inclure dans leurs plans, donc j’ai pu continuer à participer à la fête en faisant mes conneries dans mon coin.