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Music by VICE

Les Warzone Women auraient pu vous apprendre un truc ou deux sur la vie

Ni groupies, ni fan club, elles suivaient le groupe de Raybeez partout et mettaient le feu dans les mosh pits de l'Amérique reaganienne.

par Tony Rettman
09 Juillet 2015, 12:00pm


Photo : CindiB

- « Ray n’est pas dans ce putain de studio, où il est bordel… ?
- « Il est parti chercher les Warzone Women ! »
- « Ouais !! »

Voilà ce qu'on pouvait entendre sur l’intro du premier album de Warzone, Don't Forget The Struggle, Don’t Forget The Streets sorti en 1987. Un disque qui a nourri l’imagination de plusieurs générations de kids à travers les USA et le reste du monde. Mais, qui étaient ces « Warzone Women » au juste ? Quels rôles ont-elles tenu dans l'entourage du groupe ? Et dans leur musique qui a, qu’on le veuille ou non, servi de modèle à toute la seconde vague des groupes hardcore new-yorkais de la fin des années 80 ?

Les Warzone Women étaient une entité à part : ni groupies ni « fan club », plutôt un groupe auxiliaire de « sœurs » égales à leurs homonymes masculins, réputées pour leur matière grise et leurs prouesses dans le pit et dans la rue. Tout ce beau monde suivait la philosophie de Raybeez qui, de loin, évoquait un vivre ensemble au sein d’une communauté punk soudée, peu importe son origine, sa couleur ou son sexe. Ces meufs étaient une composante vitale des tribus qui gravitaient autour de Warzone et de la scène hardcore du Lower East Side des 80’s. J’ai retrouvé 4 anciennes de la bande, Alexa Poli, KT Tobin, CindiB et Brooke Smith. Voilà ce qu’elles avaient à dire sur cette folle époque.

Noisey : Comment les « Warzone Women » sont nées, c’était quoi le but et combien étiez-vous dans la bande ?
Alexa :
Les Warzone Women n’ont jamais été un truc officiel. Je crois que c’est CindiB qui a trouvé le nom lors d’une soirée alcoolisée dans notre appart de la 5ème rue. Il y avait KT, CindiB, Allyson Peters, Jody Wayne (RIP), et moi. Ensuite, il y avait aussi les filles qui gravitaient autour comme Dawn, Heidi et une ou deux autres dont je ne souviens plus le nom. Mes souvenirs sont flous, donc il faut être indulgent. On distribuait des flyers et des T-shirts, on se pointait à tous les concerts à NYC et aussi du côté d’Albany, où ma mère nous logeait et nous faisait des spaghettis.

KT : J’espère que je ne vais oublier personne : les Warzone Women étaient composées de moi-même, de CindiB, Alexa, Brooke, Mo, Allyson, Cass, Little Michelle et Bethany. Je crois que ça a débuté fin 85, début 86, pour célébrer notre amour pour Raybeez et pour le message de Warzone

CindiB : On n’était pas là pour être des groupies mais pour soutenir le groupe. La scène était tellement dominée par les mecs à l’époque qu’on pouvait passer pour des sœurs protectives, un truc du genre. Toutes nos potes meufs étaient ou pouvaient devenir des Warzone Women, il n’y avait pas de rite d’initiation. Bon, si une meuf qu’on n’appréciait pas se greffait à notre bande, juste pour se « faire » le groupe ou si elle représentait une mauvaise influence pour eux, on lui retirait tout simplement le privilège de traîner avec nous. Ouais, on était un peu putes, mais toujours avec de bonnes intentions.

Brooke : Peut-être que j’ai tort mais je crois que c’était surtout une manière de témoigner du respect aux meufs du NYHC. Et j’étais contente d’être inclus sur le flyer.

Vous avez des souvenirs de l’enregistrement du concert de Warzone au CBGB pour le EP Lower East Side, le 5 avril 1987 ?
Alexa
: Ils sont plutôt vagues. Je me souviens d’une gogo danseuse au Pyramid club, un concert vraiment sauvage. Le son était horrible mais les mecs ont mis le feu ! Je me rappelle avoir balancé une tonne de stickers et avoir vu tous les gens s’étriper pour en choper un.

Brooke : Je ne m’en rappelle plus trop mais j’étais là pour prendre des photos. Mes souvenirs sont embués à cause des quantités importantes de marijuana que je fumais à l’époque.

J’imagine que traîner avec Raybeez, Todd Youth, « Bradmite » et tous les autres mecs de la scène de l’époque devait souvent être haut en couleur…
KT :
Les Warzone Women, aux côtés Raybeez et Todd Youth, Brad, Tito, Little Chris et d’autres comme Tommy et Ray Cappo et les straight edge boyz, on formait une famille, avec Raybeez en tant que leader charismatique et aimant. On partageait la même vision que lui, celle qui disair qu’on pouvait trouver un lieu sûr ensemble, respectueux de ton genre, de ta race, de ta sexualité… Notre bande était soudée, composée de punks, de skinheads, de straight edge kids, de fugueurs et de fugueuses, de gamins qui avaient quitté l’école où qui étaient rejetés par la culture mainstream. On détestait le monde entier mais au sein de notre communauté, on restait unis et on s’aimait tous les uns les autres.


Photo : CindiB

Brooke : Ray était le mec le plus doux du monde. Warzone avaient joué autour de la piscine de mes parents dans le comté de Rockland (un week-end où mes parents étaient absents). Il y avait Nausea aussi. Le seul truc négatif de cette journée avait été l’arrestation de Roger d’Agnostic Front.

Alexa : Je me souviens quand Brad « Batmite » (le bassiste et guitariste de Warzone) est arrivé en ville pour la première fois. Gwyn McAllister (oui, avant de devenir auteur, c’était aussi une Warzone Woman !) était passée le chercher à la station de bus Port Authority. Elle l’avait hébergé plusieurs mois, et l’avait ensuite passé à une autre fille. Je jure que ce gamin niquait plus que n’importe qui que je connaissais ! Je n’ai jamais vu l’attraction en vrai, mais un tas d’autres filles oui ! Pour Ray, je l’ai rencontré officiellement quand il m’a sauvé d’un connard une nuit devant un club de la 3ème rue. Ray était tellement doux et sympa, c’était comme d’avoir le meilleur grand frère sur Terre. Avant de quitter NYC, il a vécu un peu chez moi, il passait son temps à appeler en PCV une certaine Rachel en Floride. Il faisait tellement de trucs bizarres, comme de fumer de l’acide en lisant la bible (pas durant sa phase straight edge, hein) et la dernière fois que je l’ai vu, je lui ai gueulé dessus après avoir vu ma facture de téléphone de 500 dollars. Je m’en veux toujours pour ça. Je n’ai pas trop accroché avec Todd quand on s’est rencontré, mais ça s’est amélioré quand il a rejoint Warzone. La fête chez les parents de Brooke a vraiment été un moment marquant, même si Roger Miret et English Nick avaient fini au poste ce soir-là. Pendant que nous, on moshait dans la piscine !

Est ce que vous saviez jouer d’un instrument ? Vous avez formé des groupes ?
Alexa :
Je jouais de la basse, un peu, et j’ai écrit des morceaux plutôt badass avec Lee Marie de Scab, on a juste jamais persévéré. Occasionnellement, je chantais un morceau avec les Numbskulls ou Agnostic Front, mais aucune d’entre nous ne jouait dans un groupe. On était des groupies non-groupies en somme.

Brooke : Je jouais de la basse et j’ai essayé de former un groupe à plusieurs reprises. Carl (RIP), le chanteur de The Icemen, et moi, on a eu un groupe pendant quelques mois mais on n’a jamais joué nulle part.

CindiB : Raybeez m’avait demandé à moi et à Beth de faire les chœurs en studio sur le titre « As One ». On était allé enregistrer downtown, chez Don Fury je crois bien.

Il y avait un girl-band de NYHC vers 1983/84 qui s’appelait Blood…

KT : On traînait un peu avec les groupes Scab et PMS – surtout Lee Marie et Yana, et chaque meuf des deux groupes était fan, mais je ne les considèrerai pas comme des Warzone Women.

Alexa : Blood (qui s’est ensuite appelé Scab) ne traînait pas réellement avec nous, même s’ils venaient aux concerts et que TOUT LE MONDE était pote avec Raybeez.

Alexa, parle-moi un peu du fanzine dont tu t’occupais, Lifestyles Of The Poor & Homeless.
Alexa :
Hahahaha ! Tu te rappelles de ça ? Gwyn et moi avions sorti ce truc en 1986. Richie Birkenhead de Underdog et Mo Browne y contribuaient. C’était hystérique, je crois qu’il ne m’en reste même pas une copie. On avait fait une « interview » avec Exploited qui se basait uniquement sur des trucs qu’on avait « entendu par hasard » pendant qu’ils chargeaient leur matos. Richie s’occupait de la rubrique conseil et de mon côté j’avais écrit une ode à Karen Christal du CBGB, tellement horrible qu’elle m’avait banni du club pendant plusieurs mois avant que je ne la supplie (sur les genoux) de me laisser à nouveau entrer. On se marrait quand même bien.

Les Warzone Women avaient la réputation de descendre dans le pit et d’être aussi hard que les mecs. Qui dansait le mieux parmi vous ?
Brooke :
Alexa était la meilleure. Je me souviens aussi de Cass et de Jenny Lush. C’était pas trop mon truc perso et je préférais me caler sur les côtés pour prendre des photos.

CindiB : Ouais on se la donnait dans le pit – Alexa, Sue et Cass étaient féroces. Parfois il n’y avait que nous, quand un morceau nous était désigné, ou peut-être que c’est les mecs qui ne voulaient pas se mêler à nous ! Quand j’ai emmené mon copain à son premier concert de Warzone, il m’a sorti « quand toi et tes copines avez débarqué, c’était tellement ouf, on n’arrivait pas à pousser les murs assez loin pour se foutre à l’abri. »

Alexa : Lil Michelle (qui était une semi Warzone Woman) était plutôt pas mal. On faisait souvent ce trick de se prendre les mains et d’en faire tournoyer une en cercle, pour nettoyer la fosse. Je ne sais plus comment on appelait ça.

KT : Sur la photo du dessous, vous pouvez voir (dans l’ordre) Alexa, Mo, CindiB, moi, Little Michelle, une personne non-identifiée et Cass dans le pit, au Pyramid club, avec Big Charlie le videur qui nous repousse.


Photo : KT Tobin

Quand Warzone est revenu avec un line-up complètement différent dans les années 90, et Ray comme seul membre originel, est-ce que vous avez continué à les suivre ?
Alexa :
On avait déjà pris des routes différentes dans les 90’s, donc on ne vivait plus pour Warzone. Moi et quelques autres avions développés de fâcheuses habitudes liées à la drogue... J’ai quitté NYC en 1994. Et je n’ai appris la disparition de Ray qu’en 1999.

KT : J’ai déménagé de NYC fin 87, et je crois que les Warzone Women n’ont pas duré très longtemps après. Je crois que notre âge d’or a été la période 1985-1987.

CindiB : Au début des années 90, je sortais déjà beaucoup moins, je ne bossais plus au Ritz club, j’avais trouvé un boulot la journée et le soir je prenais des cours. J’essayais d’aller aux concerts de Warzone, Murphy's Law et Agnostic Front dès que possible mais c’était de plus en plus difficile. Mon petit ami (que Ray m’avait présenté quand ils bossaient ensemble comme videurs au club Pyramid) était biker, donc je passais moins de temps dans les salles de concert et plus sur ma bécane. On s’est toutes plus ou moins perdues de vue au fil des déménagements et de nos nouveaux boulots.

Que font les Warzone Women aujourd’hui ? Vous avez gardé contact ?
Brooke :
Je suis toujours en contact avec Alexa, CindiB, KT, Michelle, Mo et Alison et un tas d’autres grâce à Facebook. Je considère toujours les amis que je me suis fait à cette époque comme des amis pour la vie et je suis sûre et certaine que chacune veille encore l’une sur l’autre, même après toutes ces années.

Alexa : On est éparpillées partout dans le pays. CindiB vit dans le Colorado, avec ses deux enfants, KT a elle aussi fait des petits et vit à New Paltz, dans l’Etat de New-York, et moi je vis à Saratoga Springs.

KT : Je suis sociologue (un champ d’action qui manque pas mal chez les anciens punks). Brooke est une actrice à succès. Alexa n’habite pas très loin de chez moi, je la vois de temps en temps. Quand j’ai quitté New York, j’ai simplement gardé contact avec Alexa et Beth, mais on a fini par se perdre de vue. Little Chris et moi avons vécu longtemps dans la même ville avant de s’en rendre compte. Mon bon pote Dougie Beans (jadis batteur dans Murphy's Law et aujourd’hui dans Mearth) vit aussi à New Paltz et je croise souvent des gens qui ont rejoint la scène après que j’aie lâché l’affaire ou qui y sont encore aujourd’hui. J’ai renoué avec un paquet de potes du NYHC grâce à Facebook, surtout via la page The NYC Hardcore Chronicles. Et des tas de gens m’ajoutent sans arrêt me disant qu’ils me connaissent de je ne sais plus où, me racontant des histoires dont je ne me souviens même pas, ma mémoire est tellement niquée, bordel.


Dédié à la mémoire de Raymond « Raybeez » James Barbieri - 1961-1997

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