Publicité
Music by VICE

Le MIMI est le seul festival où on ne vous demandera jamais à quelle heure joue Shaka Ponk

On a pris la direction des îles du Frioul, au large de Marseille pour se faire avoiner à coups de noise, d'ambient et de transe électroacoustique.

par Théo Pillault
13 Juillet 2015, 10:45am


Acid Mothers Temple & The Cosmic Inferno. Toutes les photos sont d’Edouard Hartigan


Dancefloors de plage pour célibataires usés, rooftop parties sur des toits de centre commerciaux, festivals pour apprenties Pascale Clark et chair à agence de com'… Deux ans après avoir tenté de célébrer son « année de la culture », Marseille a repris ses bonnes vieilles habitudes. Début juillet, on a donc fui le Vieux-Port et pris le large. Direction ? Les Îles du Frioul. C’est sur cet archipel que s’organisait le trentième “Mouvement International des Musiques Innovatrices”, baptisé un peu plus humblement le MIMI.


L'entrée du site. Les armures ne sont pas autorisées dans l'enceinte du festival.

MIMI : une des programmations les plus excitantes du midi hexagonal. Depuis le début des années quatre-vingt, l’événement noise a fait trembler la Provence pudibonde - de Saint Rémy de Provence à Saint Martin de Crau - avec des affiches délirantes et pionnières, de Skeleton Crew, à Etron Fou Leloublan, en passant par The Orthotonics, Ornet Coleman, The Ex, Terry Riley, Alboth! ou Père Ubu. MIMI, un festival qui, malgré son nom, ses chiottes sèches à la sciure de bois et son village éco-responsable, n’a vraiment rien d’un aimable pique-nique. Plutôt d’une visite au zoo des animaux sonores beaux, rares et souvent en voie d’extinction. Le cadre se prête d’ailleurs parfaitement à un safari : un chapelet d’îles pelées et pleines de guano, lieu d’évasion fictif d’Edmond Dantès où viennent loger les mouettes-éboueuses du centre de Marseille.



Se rendre à MIMI, c’est déjà voyager : une demi-heure de navette maritime pour fuir la canicule de la vieille Cité, un accostage en douceur puis une jolie marche à travers la garrigue et les embruns, avant de découvrir l'hôpital Caroline, un ancien dispensaire qui a successivement hébergé les malades de la fièvre jaune, les vétérans de la guerre de Crimée et plein de taulards porteurs du typhus : bienvenue sur le Staten Island marseillais. C’est au coeur de cet ancien lieu de quarantaine organisé autour d’un néo-temple grec que tout va se jouer. Côté patrimoine, on nage en pleine épopée Saint Seiya, tendance arrivée dans la maison du Bélier. Le cadre est ouf. La densité d’architectes, d’instits et d’invités dans le public l’est aussi. « 'Tain mais y’a que moi qui ai payé ma place ce soir ? » s'interroge à haute voix à mec à ma droite. « Silence ! » lui ordonne-t-on devant. On est alors installés dans les gradins, face à Aki Onda, un japonais de Brooklyn qui bidouille de l’ambient avec des K7.


Aki Onda

Ouais, à MIMI, à moins d’être proprio d’une embarcation, personne n’échappe aux premières parties. Une fois débarqué à l’hôpital, tu y restes. Astucieuse, l’orga profite largement de cette embrouille logistique pour envoyer en première ligne ses formations et sorties de résidences les plus capricieuses. Estimons-nous heureux, les années précédentes, le bar servait uniquement durant les interplateaux... L’occasion donc d’encaisser l’industrieuse prose de Joujou, les montées décentrées d’Himmel, all-star band de l’avant-garde rock feat. Chris Cutler à la batterie (Père Ubu, Robert Wyatt, Henry Cow), Andy Saunders en chef d’orchestre (Towering Inferno), le local hero Phil Spectrum à la guitare, flanqués d’une dizaine de noiseuses et noiseux armés de claviers. Signés chez Jarring Effects, la troupe de Gunkanjima, elle, a déclamé son amour à la possibilité d’une autre île, celle d’Hashima dans une transe eléctroacoustique, parsemée de petits cris tout droits sortis d’un spectacle de kabuki.


Gunkanjima

Autant de délicates saignées pour nos oreilles, préludes aux « têtes d'affiche ». Enfin, par têtes d’affiches, on entend les Percussions de Strasbourg ou Acid Mothers Temple & The Cosmic Inferno, hein. Ne comptez pas sur nous pour rentrer dans le détail musical de ce genre de live : cette musique s’écoute autant par le haut du cuir chevelu que le bas de l’échine. Elle appelle et invoque plus d’images et d’idées balladeuses que de réelles sensations sonores. Exemple pêle-mêle : cette meuf à ma droite sent beaucoup trop la citronnelle pour être digne de confiance / Se serait bien de faire jouer Turnstile sur cette scène / De quelle couleur est mon tympan ?


Philip Moxham de Young Marble Giants

Tout juste verra-t-on, le soir où joue Young Marble Giants, quelques Tote Bags Rough Trade pendant aux épaules de quasi-quinquas, venus assister au concert de reformation des post-punks de Cardiff. Verdict ? Malgré un set dépoussiéré, le trio culte a du mal à dissimuler près de 35 années de séparation : la prod nerveuse, adolescente et ultra-créative de Colossal Youth - leur unique LP sorti en 1980 - semble s’être définitivement envolée. Malgré la complexité de sa programmation, le côté chatouilleux et un peu émerdifiant du public (juste « vieux » en fait - mais au moins on est, pour une fois, les jeunots de l’auditoire), l’événement se vit délicieusement, ce qui est plutôt rare sur ce genre d’event. Du B-Side Festival à U.percut, le club de Jazz super racé du bout de la rue Sainte, on a l’impression d’être au pot de départ en vacances de toutes les orgas cool de Marseille, accompagnés d’une bande-son qui repousse les limites de l’expérimentation.


Théophile Pillault ne manque aucun pot de départ des orgas cool. Il est sur Twitter - @TheoPillault