Taulard reste l'antithèse absolue de Fauve

Le groupe synth-punk de Grenoble nous parle des vraies préoccupations de la jeunesse.

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29 Avril 2014, 12:45pm

Groupe formé à Grenoble, Taulard fait chuter la moyenne d'âge du punk français depuis 5 ans et tourne dans le circuit DIY en sortant des K7 et en jouant dans des squats et MJC, de Saint-Etienne à Barcelone. A l'opposé de Fauve, Taulard joue un synth-punk naïf et sans guitare, accompagné de textes trimards et flippés. Leur premier album au titre aussi beau que sa pochette, Les Abords du lycée est sorti en co-production avec Taena Solium (en format CD et vinyle) et ils seront sûrement très bientôt près de chez vous pour le jouer. Mais d'ici là, les kids de France vous parlent de leurs préoccupations : la violence des jeunes, les pannes de bagnole et les chaussures de running.

Noisey : Pourquoi ce nom, les gars ?
Josselin :
En fait c'est mon nom de famille en verlan.
Vous vous êtes rencontrés comment ?
Taulard est né fin 2009, je connais Nico [synthés] de la fac et j'ai rencontré l'autre Nico [batterie] et Jérôme par l'intermédiaire de leur cousin quelques mois avant qu'on ne commence. J'ai rassemblé tout ce beau monde pour faire un groupe, Nico et les deux frères ne se connaissaient pas encore lors de notre première répète.
Vous venez de Grenoble, vous avez toujours vécu là-bas ?
Nico B :
Je suis né à Paris et Jérôme dans le Var, mais ça fait 15 ans qu'on habite à Grenoble.
Josselin:
J'ai grandi à Crest dans la Drôme, je suis arrivé à Grenoble après le lycée.
Nico S :
Ouais, moi je suis un pur autochtone.
C'est une ville dure ?
Pas particulièrement, c'est plutôt tranquille en fait.
Je crois que vous êtes des adeptes du stop.
Ouais, on aime bien, sauf quand ça se passe mal.
Un mauvais souvenir en particulier ?

Pas plus tard qu'il y a quinze jours, je me suis retrouvé à faire du stop au même endroit que deux anglaises, sur une aire d'autoroute à Villabé. On galère un peu et on monte finalement dans la caisse d'un type qui dit pouvoir nous emmener jusqu'au péage. Sauf que juste avant le péage, le gars décide de sortir de l'autoroute. C'était tellement « déjà vu ». Je lui sors : « euh, tu fais quoi là ? » et il me répond : « je vous amène plus loin mais on prend la nationale ». Les deux heures suivantes ont été horribles. Le gars nous a finalement lâché à Sens, complètement à l'opposé, après nous avoir bien balladé, pris le temps de fumer son joint tranquille et demandé : « eh, tes copines derrière, elles font la totale ? »...

Vous faites quoi à côté du groupe ?
Nico B :
Je suis en fac de musico, je suis les traces de mes aînés !
Jérôme :
J'étudie au conservatoire de Chambéry.
Josselin :
Moi je suis retourné à la fac cette année.
Nico S :
Euh, moi je taffe, merde…

Vous avez beaucoup joué depuis vos débuts. Racontez-moi votre anecdote préférée.
La fois où on est allé jouer à Saint-Étienne, le voisin de Nico nous a prêté un camping-car. Pour une fois qu'on avait de la place, on était contents. On s'arrête à une station service pour prendre de l'essence mais bizarrement, au moment de verser, tout me rejaillit à la gueule. J'arrive néanmoins à faire un demi plein. Le voyant reste pourtant dans le rouge… personne ne comprenait, même pas le voisin à qui on avait passé un coup de téléphone. Juste avant le péage de Voreppe, on tombe en panne. La merde, on n'allait jamais arriver à Sainté… Finalement, on s'est rendu compte de ce qu'on avait fait : on avait mis l'essence dans le réservoir d'eau… On est vraiment des teubés, mais ce qu'il y a de drôle c'est que dans notre malchance, on s'en est toujours bien sorti : on est tombé en panne à 200 mètres d'une autre station service, ce qui nous a permis d'arriver à temps pour le concert. Une autre fois en Ardèche, il neigeait, la voiture est partie dans le fossé. Et là, au milieu de nulle part, on s'est planté pile en face d'une ferme, et en moins d'un quart d'heure, on était tracté hors du fossé et on reprenait la route. On a aussi foncé en marche arrière dans une église en Espagne, mais ça c'était trop débile.

New wave, synthpunk, pop rock, cold wave… Vous avez droit à tout sur les flyers. Mais, vous jouez quoi au juste ? Votre vibe du Sud me rappelle Warrior Kids parfois.
Nico B :
Je ne saurais pas définir ce qu'on joue.
Nico S : Du Punk New Balance.
Josselin : Du synth-punk ! J'aime bien Warrior Kids, surtout la chanson « Ceux qu'on oublie jamais ».
Jérôme : On joue du punk sans guitare, avec un clavier à 15 balles, des compos pas facilement accessibles, faut rentrer dedans pour comprendre.

Vos paroles sont assez flippées en général. Parlez-moi du morceau « Frankreich-Katastrophe ». Vous considérez-vous comme un groupe « engagé » ?
« Frankreich Katastrophe » est une longue chanson en trois parties qui raconte une suite d'agressions. C'est une chanson sur la violence en France, notamment entre les jeunes : les jeunes de cité qui tapent sur ma pote à une manif anti-CPE, leur agressivité et leur évidente antipathie à mon égard. C'est une réflexion sur cette antipathie et sur ceux qui l'ont créé. « Jeunesse désunie, qui nous a mis à dos ? » Qui est responsable d'une telle tension dans nos rapports ? Car en étant témoin de situations de merde dans la rue, ou en ayant subi des agressions auxquelles je n'étais pas préparé et qu'il a fallu gérer, j'ai l'impression de payer les conséquences de décisions prises il y a un moment et qui me dépassent.

Le nom de la chanson provient d'un type, allemand d'origine algérienne, rencontré à Berlin, qui me disait se sentir constamment méprisé à chaque fois qu'il se retrouvait en France, soit par les flics dans les aéroports, soit par les passants à qui il demandait son chemin. La deuxième partie raconte comment je me suis fait péter mon archet de contrebasse par deux militaires bourrés dans les rues de Grenoble.
On n'est sûrement pas un groupe engagé, mais on a écrit cette chanson parce que c'est quelque chose qui nous touche en tant que jeunes en France, on est confronté à la violence et on essaie de comprendre pourquoi elle est là.

Qu'est ce qui tourne le plus en ce moment sur votre platine ? Vous êtes plutôt CD, vinyle, MP3 ? Un avis sur Fauve ?
Jérôme :
J'écoute essentiellement du hip-hop et du jazz-rock et je m'attache aux formats CD et numérique surtout. Concernant Fauve, je ne m'y intéresse pas mais leur buzz m'oblige à me les taper H-24.
Josselin : J'ai écouté l'album de Milk Music, Cruise your illusion, tout l'hiver. Je suis plutôt mp3, mais j'écoute des K7 et des vinyles à la maison.
Nico B : Je ne m'intéresse pas trop à Fauve. En ce moment j'écoute beaucoup de stoner, comme Blues Pills ou Radio Moscow. J'ai une préférence pour le vinyle.
Nico S : Une grosse préférence pour les mp3 illégaux. Mon obsession du moment est de me retaper l'intégralité des albums de The Cure, y compris les plus merdiques. En ce qui concerne Fauve, je suis tellement ringard que j'ai découvert le groupe il n'y a que très peu de temps et un peu par hasard, en ignorant tout de la hype qui les entourait. Dans ce contexte, j'ai trouvé le groupe franchement puissant.

Vous jouez avec plein d'autres groupes que personne ne connaît. Lesquels avez vous envie de faire découvrir aux gens ?
Nico B :
Il y en a beaucoup, je peux te citer Hopopop, Pavilionul 32.
Josselin : J'ai bien aimé jouer avec Frustros l'année dernière, je crois qu'ils ont splitté depuis. Sinon j'ai kiffé Good Good Things et Défaite avec qui on a joué le mois dernier.
Nico S : Je retiens Ultra Démon, Alligator, Hopopop et Tout de Suite.
Jérôme : Ultra Démon, Alarm, Tuna, Hopopop, Ultra Démon.

Pour finir, votre expression iséroise préférée ?
Jérôme:
« Narvalo ! »
Josselin: « Un pélo » et « c'est à chaille ! »
Nico synthé: « Perrave » comme dans « Putain mec t'as maté comment les baskets de Josselin elles sont trop perraves ! »
Nico batterie: Une expression du Grésivaudan : « bé un k'non ! »
Venez nous voir jouer aux Instants Chavirés !



Contrairement à Taulard, Rod Glacial est sur Twitter - @FluoGlacial