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On a rencontré Pepso Stavinsky, le rappeur de la nouvelle pub Oasis

Il vit sur la lune, à des années-lumière du rap game et se moque bien de ce que vous pouvez penser du deal qu'il a signé avec une marque de jus de fruits.

Deux marques de boissons, deux pubs, deux rappeurs. Voilà ce qui a le plus marqué le rap game en ce début de semaine. D’un côté Akhenaton s’est associé à Coca et en a -évidemment- pris pour son grade. De l’autre, Pepso Stavinsky, rappeur d’Angers a participé au #FruitBattle, le nouveau spot de pub d’Oasis, la boisson « premier sur le grappe »

Avec leurs mashups riches en fruits, Oasis rendait un bel hommage aux classiques du rap français mais avec cette pub, la ligne qui sépare la gentille gaudriole du total foutage de gueule est largement franchie.

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Pour en savoir un peu plus sur cette histoire, je suis allé déranger Pepso en pleine préparation de son prochain projet « Rezinsky », pour parler de fruits, de rap, de street-crédibilité, de théâtre et de meufs.

Noisey : Première question Pepso : pourquoi avoir fait ça ?
Parce que beaucoup de rappeurs auraient refusé et que je n'aime pas faire comme les autres. Parce que je suis curieux, je crois. Et aussi un peu pour l'argent, les femmes, la lune.

Comment est-ce qu'ils sont venus te chercher ?
La boite de prod [Marcel] était en galère à cinq jours du tournage. Ils sont tombés sur une de mes vidéos par le biais de DJ Keri du End Of The Weak et je crois que le réalisateur a dit « appelez-le ». Ils m'ont envoyé la fiche de casting, sur laquelle il y avait marqué « recherche rappeur style Orelsan/Nekfeu » [Rires]. Avec ma tête de jambon chevelu, je devais faire l'affaire. J'ai du faire une vidéo filmée sur Iphone vite fait, où je balançais 2 rimes du script. Le surlendemain, ils avaient une réunion pour fignoler les détails et la directrice de casting m'a rappelé à 21h pour me dire que c'était ok.

Tu as dit oui direct ?
Oui, j'aurais peut-être dû passer 2-3 coups de fil avant, histoire de négocier un peu plus, mais bon, comme dans tout bon dépucelage, on se fait saigner.

Pepso ne boît pas que de l'Oasis. Photo - Julien Mignot T'en as rien à foutre de la street cred ? Tu n’es pas dans un style de rap qui revendique la rue, de toute manière.
Oui, le rap c'est ma passion, mais je suis un être humain à la base avec une identité et des sensibilités qui lui sont propres. Du coup, je préfère raconter mes histoires d'être humain plutôt que des histoires de rappeur, parce que ça me ressemble plus. En gros, j'aurais pu faire de la peinture, j'aurais raconté les mêmes choses. Je me sens parfois plus proche d'artistes venus des arts vivants, du théâtre ou de la danse, que de certains rappeurs qui en font des tonnes sur le rap game. Je les trouve chiants, ils font tous pareil. On va dire que je vois l'écriture comme un moyen de rêver un peu plus que la moyenne des gens, une porte d'accès vers la lune.

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Tu as eu des retours ?
Oui, mes parents sont contents, ça a fait rire mes proches, mais bon à part vous, les médias ne parlent que de ce salopard de Ramon. Ça m'arrange pas mal dans un sens. Je ne comptais pas non plus bâtir ma carrière sur une publicité, restons sérieux [Rires].

Tu as déjà fait du théâtre je crois ? Racontes-nous un peu ?
Oui j'ai joué dans une pièce de théâtre The New Spot mise en scène par Karim Seghair. L'histoire d'un music-hall dans les années 60 à New York. J'interprétais le rôle principal, Richard Bennet, le patron du bar, un mafieux raciste qui sort avec la chanteuse que tout le monde adore, qui baigne dans des affaires de corruption et qui insulte ses employés à longueur de journées. En somme, un gros bastard ! Un rôle totalement opposé à ce que je pouvais proposer habituellement, une expérience qui m'a donné beaucoup de kiff et de confiance en moi. Karim m'a beaucoup appris.

D’autres #FruitBattle de prévu ?
Je ne crois pas, Ramon s'est barré avec l'ex de Beigbeder [qui tournait dans la pub], moi je suis retourné sur la lune.

Tu as touché beaucoup ?

C'est osé comme question, on a tourné cette pub en France, ici les gens ne disent pas combien ils touchent pour un job, c'est mal vu [Rires]. En gros, j'ai touché de quoi gérer la promo de mon prochain disque, que je sors avec mon groupe Rezinsky, le 1er juin, et pouvoir faire les clips que notre musique mérite. J'aurais pu me suer à l'usine, vendre de la drogue ou faire une demande de subventions, mais j'ai tourné dans une pub.

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J’ai l’impression que tu as toujours été attiré par les fruits, tu as déjà sorti « Melocoton » avec Oracy. Il y a quelque chose non?
[Rires] Oui sur Melocoton, je parlais du fruit défendu. J'aime parler de femmes et de fruits ! Tiens je te lâche une exclu, une phase du disque de Rezinsky. « Rêver de faire l'amour à milles filles en même temps / Chatouiller l'abricot même en période de saignement ». Ça pourrait faire un bon titre pour l'interview !

Tu n’as pas peur que ça te porte préjudice pour la suite dans le rap game?
Le rap game ? Je ne sais pas ce que c'est et je ne l'ai jamais vraiment cotoyé. Je vis sur La Lune à des années lumières de l'hexagone, je ne risque donc pas grand-chose. Je redescends parfois sur Terre pour regarder des boas manger des éléphants, comme le Petit Prince [Rires].

Plus sérieusement, si faire une pub pour Oasis peut nuir à ma « carrière » c'est que les gens ne savent vraiment pas. Je suis arrivé à 7h du mat, on a tourné toute la journée et j'ai bien trippé à faire ça, tout le monde était cool, les filles étaient jolies et le jus d'orange était pressé. Je me sentais un peu comme Octave. J'ai pris un billet et j'ai tout réinvestit dans la promo de ma musique. Pour moi, ça s'arrête là. Après, c'est vrai que pleins de médias rap ont relayé ce spot, c'est incontrôlable. C'est dingue, tu sors des albums, des clips, tu galères pour te faire publier sur tel ou tel site, et le lendemain, tu tournes dans une pub et tu as ta face sur tous les plus gros médias urbains. Bref, je ne m’inquiète pas. Je vais continuer d'écrire mes morceaux comme je l'ai toujours fait, parce qu'avant d'être du rap, c'est ma passion.

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D’ailleurs parle-nous de la suite, tu as de nouveaux trucs qui arrivent là.
En ce moment je suis sur deux projets : Rezinsky et Easy. Rezinsky, c’est le groupe que j'ai monté il y a un an avec mon frangin le beatmaker Rezo de Rennes. C'est un projet qui revient au boom bap, avec des prods très nineties, où je me suis permis d'écrire les textes les plus personnels de ma courte vie. On sort un EP, Les Hérétiques, le 1er juin, un premier clip du même nom est sorti il y a 2 semaines. Il faut le voir, il fait un peu peur et je crois qu'il ne ressemble à rien de ce qui se fait actuellement. Il est d'ailleurs dirigé par le réalisateur le plus fou que je connaisse, Damien Stein. Ce disque sera aussi une œuvre visuelle, puisque nous avons travaillé avec l'artiste Silas qui a illustré chaque morceau du EP. Il y aura donc une version collector du vinyle qui contiendra ces 7 illustrations sous forme de feuillets. Toujours dans le but de faire les choses à notre manière, de mêler les savoirs faire et de créer notre propre univers. Un prochain clip réalisé par Olivier Garouste et Noémie Fansten sortira le 15 mai, je suis très impatient de le montrer, parce que c'est peut-être le morceau dont je suis le plus fier. Il s'appelle « Jolie môme » en référence à la chanson de Léo Ferré, il parle d'une femme qui désire être libre, à tout prix, une femme que je connais bien et que je perds souvent. Et pour ceux qui veulent assister à notre prochaine descente sur Terre, la release party aura lieu le 16 juin à L'International.

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Et Easy ?
Easy c’est dans un registre totalement différent. C'est un groupe formé à Nantes, dans une veine électro / Hip Hop. On est actuellement en création, les lives vont commencer début septembre. De l'électro jouée par des musiciens. Je peux me lâcher, je souris sur scène, je chante même parfois. Ce qui est sûr c'est que ça devrait en surprendre plus d'un.

Tu penses quoi des rappeurs qui essaient désespérément de gagner leur vie avec leur musique ?
Je pense que c'est un objectif un peu pourri. Le rap est un art, une passion, si tu fais des sous avec, tant mieux, mais n'y crois pas trop longtemps, sinon tu risques de tomber de haut et de devenir un vieux con rageux. Kiffe, c'est le but premier, fais ça pour le rêve !

Bon, parlons sérieux, la fille avec qui on te voit au début tu as réussi à repartir avec ?
Ça, c'est une histoire que je garde pour mon prochain disque.

Tu te sens en clash avec Akhenaton vu qu’il est plus Coca ?
Ouais je ne peux pas le blairer, depuis qu'on lui a demandé un feat sur l'album et qu’il ne nous a jamais répondu [Rires] C'est véridique en plus ! Plus sérieusement, non. Je respecte à fond AKH, en plus il a pris ultra-cher alors que la pub n'était pas encore sortie ! Je ne sais pas pourquoi, mais dans le rap, les gens s'acharnent toujours avec ce genre d'attaques sans intérêt. Le mec fait ce qu'il veut, ça n'enlèvera rien à tous les classiques qu'il a pondu. Ce serait comme si on me demandait d'arrêter d'écouter Première Consultation parce que Gynéco a soutenu Sarko aux présidentielles. Je trouve ça complètement con. Après, là où je trouve AKH un peu naze, c'est qu'en bon Caliméro, il se sent toujours obligé de faire un grand communiqué de presse larmoyant sur sa page Facebook pour se justifier de ses actes après chaque attaque virale. Il fait le truc et puis voilà, qu'il ne réponde pas à ce genre d'insulte, qu'il nous prouve qu'il est au-dessus, un vrai illumina-chill, le reste on s'en branle un peu. C'est vrai qu'on est loin de Gainsbourg qui cramait des billets de 500 sur les plateaux télé. Maintenant faut se justifier de tout pour ne pas assumer et je trouve que ça entache le personnage de l'artiste. Comme dirait un bon pote : 'Où sont tes pères, les résistants, les vrais, ouais, les hérétiques ?' Salim Jawad est sur Twitter - @salim_msw