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Des mojitos pour Morricone !

Un guide express du Morricone alternatif, dans une ambiance « drinks et convivialité », avec un invité.

Adalberto Maria Merli dans Peur Sur La Ville Vous n'êtes pas sans savoir qu'Ennio Morricone jouait hier à Paris et il y a même de grandes chances pour que vous y soyez allés et que vous ayez été intensément marqués par la force et la grandeur de l'interprétation du Maître. C'est bien légitime. Pour tout dire, j'ai été à deux doigts d'y aller aussi. J'étais prêt à me saigner de deux places, sans même réfléchir une seconde, le matin même de l'annonce. Et puis, il y a eu cette seconde de doute, cet instant exclusif que l'on apprend à apprivoiser avec les années, celui, furtif, durant lequel on se dit « mec, sérieux, 300 balles pour écouter la musique de Royal Canin au milieu de gens qui respirent par la bouche ?». Du coup, je n'y suis pas allé. Après tout, ce que j'aime chez Morricone, ce n'est ni le grand thème d'Il Était Une Fois Dans l'Ouest, ni celui du Bon, La Brute Et Le Truand, et encore moins ceux de Mission ou des Incorruptibles. Ce sont les musiques de gialli nauséeux, des bisseries torchées en dépit du rien à foutre, des polars fauchés à casting international, bref de ces B.O. d'exploitation dans lesquelles le Maître se mettait bien, à grands coups de glissendos dissonants et de ritournelles psychotiques. Bien conscient du fait qu'il est techniquement impossible de présenter un guide exhaustif du Morricone alternatif, j'ai opté pour une playlist parfaitement arbitraire de mes B.O. préferés du Maître. Afin d'élargir cette sélection et d'assoir la tonalité « drinks et convivialité » de ce post, j'ai également invité Olivier Lamm, moitié du duo Egyptology et journaliste chez nos confrères de The Drone, à parler des siennes. Allez-y, asseyez-vous.

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LA MIA SELEZIONE COPKILLER (1983)

Copkiller

n'est pas seulement ce film totalement autre qui a servi de base au

Bad Lieutenant

d’Abel Ferrara, dans lequel Harvey Keitel joue un flic corrompu qui passe son temps à martyriser un voyou interprété par John Lydon. C’est aussi l’occasion d’une des plus belles B.O. de Maître Morrique, sur laquelle on retrouve la hoqueteuse suite « Sinfonia D'Una Citta » (qui occupe toute la première face du vinyle et dont vous pouvez écouter la première partie ci-dessus),

le boitillant thème principal

, ainsi que

« Tchaikovski's Destruction »

, un morceau de country upbeat que Harvey Keitel écoute tout au long du film, avec ou sans peignoir, dès qu'il a cinq minutes de libre.

RAMPAGE (1987)

Le seul truc vraiment intéressant de Rampage -un des pires films de William Friedkin- c’est son personnage principal, le tueur en série Anthony Fraser, superbement interprété par Michael Biehn, tout en blousons de ski rouge et petits sourires glaciaux. Le personage est fascinant parce qu’il donne l'impression que la vie est quelque chose qui lui est déjà arrivé depuis longtemps et qu'elle n'est désormais plus, pour lui, qu'une source de peur et d'ennui. Et le score qu’a écrit Morricone pour le film est exactement à l’image de ce type : froid, triste et cruel. PEUR SUR LA VILLE (1975)

La défenestration de la première scène, le coup du briquet, l’assassinat de Rosy Varte dans la cuisine, les coups de fil entre Minos et le commissaire Letellier, le fait que le film ait été retitré The Night Caller aux USA, et bien sûr le génialissime theme principal : il y a des tas de raisons de se prosterner à genoux devant Peur Sur La Ville, tentative bâtarde mais tellement impériale de giallo Giscardien. UN UOMO DA RISPETTARE (1972)

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Il y a des morceaux pendant lesquels il est tout à fait inacceptable d’être interrompu ou dérangé. Il y a des morceaux qu’on se doit d’écouter seul, dans un silence de caveau funéraire, sans aucune pensée parasite en tête, laissant doucement defiler le temps, l’urgence et les responsabilités sur leur char de feu, pendant que vous vous avancez doucement vers le coeur louche de vos secrets inavouables. Le theme de Un Uomo Da Rispettare fait partie de ces morceaux.

METTI, UNA SERA A CENA (1969)

Dites-vous bien que si la vie était un éternel dimanche après midi noyé dans le soleil de la côte adriatique que l’on traverserait à 35kmh sur une Vespa 50 Special '69 avec Christina Hendricks sur le siege arrière, la BO de ce drame érotique de Giuseppe Patroni Griffi serait plus importante que l’oxygène. LA SÉLECTION D'OLIVIER LAMM

L'UMANOIDE (1979)

« Ne parlons pas du film avec Richard « Requin » Kiel, qui est l’une de ces sordides tentatives de l’Italie de la fin des années 70 de glisser sur le succès de

Star Wars

et

Galactica

sans mettre la main au portefeuille, et concentrons nous sur la musique : le seul et unique vrai miracle de fusion orchestral/synthétique que je connaisse, loin devant

la B.O. petite joueuse de Tron par Wendy Carlos

, trois ans plus tard. Ici, tout est en suspension et tournoie d’un seul mouvement et à la bonne distance de l’oreille, les nappes de cordes en bois précieux, les séquences de Moog et les poussières d’étoile. Le seul équivalent que je connaisse, en termes de qualité d’émotion, c’est

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la musique qu’a composé Jack Nitzsche pour

Starman.

D'ailleurs à part la merveilleuse bluette extraterrestre de Carpenter, il n’existe aucun film sur la Terre qui pourrait faire honneur à cette musique. »

LA DONNA INVISIBILE (1969)

« La bande originale qui m’a fait tomber dans Morricone; à ce titre, encore et toujours ma préférée. Plus objectivement, c’est une merveille de syncrétisme easy mais intense, qui contient pas moins de trois thèmes supérieurs. Les coups de pizzicati pour marquer les changements de mesure, la souplesse des coups de balai bossa (version cocktail au bord de la piscine de Venice, pas symposium d’harmonies complexes à Ipanema), les trompettes idiotes de « La Moda », Edda Dell’Orso qui donne tout sur « Alla Serenita » - à chaque fois, celle-là, je la laisse filer en entier. »

LE CASSE (1971)

« Amateur un peu flemmard du Morricone arrangeur et/ou songwriter pour Chico Buarque ou les diva Hit Parade Italia, mon amour pour la B.O. du Casse de Verneuil et ses quatre ou cinq grandes chimères mélodiques est démultiplié par la présence sur les deux gros thèmes d’une Astrud Gilberto plus paumée et sexy que nulle part ailleurs dans sa discographie fêlée. Avis à ceux qui la kiffent quand elle saccage les arrangements de Gil Evans en chantant un quart de ton au-dessus des violons, quand elle pourrit ceux de Morricone en Italien, c’est au moins deux fois plus démoniaque et plus magique. La version de Mireille Mathieu est pas mal aussi. »

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CUORE DI MAMMA (1969)

« L’ouverture (« Del Mattino ») est l’une des Morriconneries les plus unilatéralement euphoriques que je connaisses : une pièce pour orchestre de chambre pleine de citations explicites de Mozart et Vivaldi qui m’évoque étrangement le retour à la vie d’un vieux Maître sévère et fatigué de tout qui redécouvre le bonheur grâce à l’ironie mordante et à la poitrine généreuse de son auxiliaire de vie, Stéphanie (idéalement, elle serait jouée par Pauline Lafon). Mais non, Coeur de Mère, avec Carla Gravina, parle d’apathie moderne et de meurtres infantiles. Je ne veux jamais le voir. »

IL SERPENTE (1973)

« Donc là j’avoue in fine que si j’étais vraiment, vraiment obligé de choisir entre le Morricone daron qui écrit des riffs de clavecin badass pour accompagner les courses poursuites en Fiat Spider dans Rome en ruines, le Morricone stochastique qui fait grincer des portes dans le Gruppo di Improvvizazione di Nuova Consonanza pour les gialli pourris, et le Morricone sentimental qui écrit des thèmes supra déchirants pour des films de Giuseppe Tornatore, je choisirais le dernier. Je ne vais pas vous faire un dessin, ni tenter de rentrer dans le détail de comment le Grand Thème Sentimental Morriconnien fonctionne, il suffit d’avoir une oreille, un coeur, et d’être né avant 1990. Outre les climats pour corde et électroniques renversants, les torrents de grandes orgues et les jerks à soli saturés, la bande originale du

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Serpent

de Verneuil contient donc le deuxième thème le plus déchirant du Morricone 70's (le meilleur, donc) après le thème de Jill dans

Il était une fois dans l’ouest

, c’est dire s’il peut être important dans la vie d’un individu. »

Lelo Jimmy Batista est le rédacteur en chef de Noisey France. Il est né sous Giscard. Il est sur Twitter - @lelojbatista

Olivier Lamm est la moitié de l'excellent duo cinetronique Egyptology. Il est également journaliste chez nos confrères de The Drone. Il n'est pas sur Twitter.

La seconde partie ici : ENCORE PLUS DE MOJITOS POUR MORRICONE !