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Rob Halford a 63 ans et est toujours au taquet

Le chanteur de Judas Priest revient sur l'enregistrement de leur 17ème album et sur 40 ans de heavy metal.
24.6.14

Groupe originaire de la banlieue de Birmingham -théâtre de quelques-uns des plus beaux balbutiements du heavy metal, à une période où le terme n'avait pas encore de définition précise- Judas Priest s'est formé en 1969, mais ce n'est qu'en 1973, lorsqu'un jeune chanteur du nom de Robert Halford rejoint leurs rangs, que le groupe se fait réellement une place sur la scène internationale. Leur premier album, Rocka Rolla, sort l'année suivante. Un disque irrégulier mais déjà prometteur, qui sera suivi par de nombreux LPs de référence comme Sad Wings Of Destiny, Screaming For Vengeance, British Steel ou encore Painkiller (pour ne citer que les plus importants).

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Le mois prochain sortira

Redeemer of Souls

, le 17ème album studio de Judas Priest et le premier album enregistré en l'absence de K.K. Downing, guitariste et membre fondateur du groupe. Il a été remplacé par Richie Faulkner, qui s'est montré plus qu’à la hauteur, en apportant au groupe un son plus spontané et aérien. Malgré les années, la voix de Rob Halford est plus claire et distincte que jamais, toujours en parfaite harmonie avec les riffs et passages mélodiques, comme elle l'est depuis quarante ans.

Malgré les accidents de parcours et les erreurs de casting, Judas Priest est resté un groupe influent, pertinent et soutenu par une fanbase indéfectible. J'ai discuté avec Rob Halford de leur nouvel album et de son opinion sur le metal en général.

Noisey : Redeemer of Souls est le 17ème album de Judas Priest, et vous avez pris votre temps pour celui-ci. Parle moi du contexte de l’enregistrement.

Rob Halford :

Ça n'a pas été un album habituel pour nous, parce que c'était la première fois qu'on jouait avec Richie Faulkner. Tu n'imagines pas l'importance qu'a eu Ritchie sur cet album, sa contribution a été incroyable. Quand tu l'écouteras sur l'album, tu verras que c'est un mec bourré de talent : il a le style et la technique, mais il sait aussi écrire, et ça fait vraiment la différence. Après, effectivement, on a été absents pendant six ans, après la sortie de notre album

Nostradamus

, et vu de l'extérieur, ce silence a pu être interprété comme un genre de traversée du désert, mais en vérité on était tous très occupés ailleurs. D'abord, on a eu le

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Epitath Tour

qui nous a bouffé deux ans. Ritchie nous accompagnait sur cette tournée et il nous a vraiment poussé et soutenu tout du long. Quand on a commencé à écrire, tout est allé très vite, ça s’est fait dans l’urgence. Tu sais, on est anglais, on voulait écrire la semaine et avoir notre week-end de libre [

Rires

]. C'était réglé comme une horloge, et c'est ce que j'ai toujours admiré à propos de Priest. Je ne sais pas comment les autres groupes fonctionnent, mais nous, on a toujours étés hyper disciplinés, et je crois que la discipline donne toujours de bons résultats. Ça peut paraître un peu abusé de dire ça parce que comme on le sait, l’essence même du rock’n’roll est chaotique mais c’est ce qui nous caractérise. Quand on est en studio, j'ai

vraiment

envie d'y être, je vis pour ça.

Après une carrière de 40 ans, c'est incroyable que ton groupe ait encore cette envie d'aller de l'avant, d'évoluer. Quels ont été pour toi les moments les plus importants de votre parcours ?

Je pense qu’on s'est toujours plus concentrés sur la qualité que sur la quantité. C'est plutôt facile d'écrire, mais c'est vraiment difficile d'écrire de bons morceaux, qui dureront toujours. C’est un vrai plaisir de voir que ce groupe a résisté à l’épreuve du temps. Dans la plupart des autres styles musicaux, on dirait qu’aujourd’hui tout va et vient à la vitesse de lumière. Dans le metal, tu peux encore sortir des disques qui deviendront plus tard des classiques. Je pense que si dès le début tu y mets du cœur, que tes rêves, tes ambitions et tes problèmes sont utilisés à bon escient, que tu gardes les pieds sur terre et que tu arrives à prendre un peu de recul par rapport à tout ça, alors ça marchera. Si tu restes fidèle à tes convictions, dès le départ, comme on l'a fait dans Priest, tu feras les choses que tu es censé faire. C'est ce qui nous a fait tenir toutes ces années.

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Je pense que la longévité n'est pas nécessairement propre au metal, mais c'est en tout cas un idéal que tous les groupes du genre ont en tête. En quoi penses-tu que Judas Priest a fait évoluer le metal durant ces quarante dernières années ?

C’est complètement fou. Je visite une douzaine de sites metal chaque jour pour tenter de rester au courant de tout ce qui sort, tous genres de metal confondus. Tout le monde sait que j'ai des goûts très variés et que j'écoute beaucoup de trucs en dehors de Priest. C'est plutôt flatteur d’être catalogué dans un genre (le heavy metal), qu'on a plus ou moins contribué à inventer. De mes débuts avec le groupe en 1973 jusqu’en 2014, tout a été dingue. Les années 70 étaient très différentes des années 80, qui étaient à leur tour très différentes des années 90 et ainsi de suite. C’est super excitant de voir où on en est maintenant, je suis vraiment ravi. Judas Priest est un énorme train metal qui trace vers l'horizon, peu importe les obstacles dressés sur son chemin. On les a vaincu [

Rires

]. On en parle sur le nouvel album, dans notre morceau « Hell & Back », avec des paroles comme

«

Still in the land of the living, not in the land of the brave ».

On a essayé de faire référence à ce que le groupe a traversé. Notre parcours a été assez incroyable, et ce qui est génial, c'est qu'il se poursuit encore aujourd'hui et qu'on cherche toujours un prochain truc à faire avec Priest.

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Et à l’échelle individuelle, comment a évolué ta relation avec la musique ? Y a t-il eu, dans ton enfance, des artistes en particulier qui t'ont donné envie de faire de la musique ?
Comme beaucoup d'entre nous, c'est à l'adolescence que j'ai vraiment commencé à m'intéresser à la musique, parce que on traverse tous à ce moment là par une période de crise d'identité. Bien sûr, j'ai fait la mienne à une époque très différente [Rires] Peu de groupes me parlaient, et puis il y a eu des types comme Little Richard, Elvis et tous ces pionniers du rock'n'roll qui sont arrivés toute cette énergie et cette excitation. C'était comme se prendre un coup de jus. J'ai grandi dans l'Angleterre des années 60, une époque formidable pour la culture, sous tous ses aspects, mais surtout pour le rock'n'roll. On pouvait écouter les premiers morceaux de mecs comme Hendrix ou de groupes comme Cream ou King Crimson – ces gens m'ont fait prendre conscience que moi aussi je pouvais participer à tout ça, à cette vie et que j'adorais ça. Et puis après, tu te rends compte que tu as une voix et que tu peux chanter, et encore maintenant, être capable de chanter est toujours quelque chose d'épanouissant. Ça me fait me sentir bien, donc je continue. Et en plus, ça paye mes factures [Rires] Faut bien le reconnaître.

Ta voix est peut-être l'une des plus distinctives et identifiables qui soit, pas seulement dans le metal mais dans la musique en général. quand as-tu découvert que tu avais une voix aussi puissante ?

Ça remonte aux premiers groupes que j'ai eu, et qui avaient tous des noms géniaux, comme Lord Lucifer, Hiroshima et Abraxis. Quand tu te retrouves dans une pièce avec des types pour faire du bruit, c'est comme si ton groupe était un embryon, tout se passe d'une façon presque biologique. C'est totalement pur, encore vierge de toute influence extérieure, et c'est de cette façon là que j'ai pris cette voix. Quand tu donnes un micro à quelqu'un, et que tout d'un coup, le type se met à crier, alors tout peut arriver [

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Rires

] Par exemple, regarde les gens qui font du karaoké, dès que tu leur mets un micro dans la main, un changement s’opère. Ce ne sont plus les mêmes personnes. Quelque chose d’inexplicable se produit. Et c'est ça qui t’inspire pour la suite, tu entends ta voix résonner dans des enceintes et tu te sens capable de tout. C’est comme ça que j’ai appris. J’écoutais des génies comme Janis Joplin, que j’aime à en crever, la meilleure chanteuse de rock de tous les temps, et aussi mon pote Robert Plant, quand il chantait du vrai blues. J’aime à penser que j’ai encore ce

blues

dans ma voix. Je tuerai pour faire un disque de blues. J’aimerais explorer encore plus de choses avec ma voix.

Qu'est-ce qui te pousse encore à te lancer dans des disques aussi passionnés et ambitieux que Redeemer of Souls ?
Depuis que la musique existe, elle se propage et touche chaque génération. C'est vraiment difficile à décrire parce que c'est quelque chose que tu ressens seulement quand tu l'entends. Que tu l'écoutes seul ou avec d'autres personnes, au casque ou à un concert, c'est différent et c'est difficile de mettre des mots là dessus. En tous cas je pense que le metal, tous genres confondus, avec toute sa puissance et son agressivité, son volume et ses textures, et surtout les messages qu'il délivre, a toujours eu cette faculté à aider les gens pour surmonter les difficultés qu'ils rencontrent dans la vie. C'est le message qu'a voulu délivrer Priest. Le metal est un genre qui cherche à te donner les moyens. Je sais que les gens diraient la même chose pour la musique country ou le R&B, mais je suis convaincu que si tu parles avec toutes les personnes qui sortent du concert de leur groupe de metal préféré, ils se sentiront tous hyper vivants et revigorés. C'est super émotionnel et cathartique. Je trouve ça juste génial d'être un metalhead de 63 ans. Mon amour pour le metal est aussi fort que celui d'un adolescent. Il y a cette connexion qui s'établit entre nous, sans qu'on ait besoin de dire quelque chose parce qu'on ressent tous les mêmes choses à l'intérieur. Le metal est une bénédiction. Jonathan Dick est hyper ému et il est sur Twitter - @steelforbrains Plus de vieux metalheads toujours au taquet Le chanteur de Crowbar nous parle de son amour pour U2, de son départ de Down et de ses tracas avec l'alcool
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