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Cet article a été publié il y a plus de 5 ans
Noisey

The Dwarves est toujours le plus punk des groupes punk californiens

Leur leader Blag Dahlia nous a parlé de féminisme, de leur guitariste ressuscité, de son sexe et de tout un tas d'autres obscénités.

par Ryan Young
14 Août 2014, 1:45pm
The Dwarves se sont auto-proclamés légendes vivante du rock et vous ne pourrez rien faire contre ça. The Dwarves ont la meilleure série de pochettes de toute l'histoire du punk américain. Chaque concert de The Dwarves est un moment d'anthologie, le show qu’offre Blag Dahlia, leur chanteur, est sans commune mesure, il n'hésite jamais à s'en prendre à chaque membre du public un par un afin de se procurer son shoot d’énergie nécessaire.

Avant que je ne me lie d’amitié avec Mr. Dahlia, j’étais curieux de savoir à quoi ce personnage pouvait bien ressembler. Aux vues du potentiel de dégueulasserie de leurs premiers albums, je m’étais persuadé que c’était ce genre de type qui pouvait délibérément foutre le feu à mon appart pour ensuite me piquer ma meuf. La première fois que je l'ai rencontré, c'était lors d’un concert organisé dans une maison à San Francisco. Et rien de tout ça ne s'est produit. En fait, il était juste là à manger des bonbons et m'a même proposé d'enregistrer un album à deux. Il était très poli envers les filles et n’a même pas sorti un seul truc de graveleux en ma présence. Pour tout dire, il était outrageusement empathique…

Depuis toute ces années, Blag Dahlia a toujours pris le temps de me filer des conseils - même si beaucoup diront que ce n’est pas le genre de mecs qui devraient donner des conseils à des artistes plus jeunes. Je pense l'inverse, j'ai toujours envie d'apprendre d’un type qui a su l’ouvrir dès que quelque chose ne lui plaisait pas. Ce type est capable de semer le chaos et la désolation pendant un concert comme il peut soudainement y réclamer le silence. Et tout le monde l’écoutera. On a tous une paire de trucs à apprendre de Blag et de ses Dwarves.

Vous pouvez lire l'interview ci-dessous en écoutant « Get Up and Get High », un morceau issu de leur nouvel album Dwarves Invented Rock and Roll qui sera dispo dès le 19 septembre chez Recess Records. Et vous avez 1 minute 30 pour tout lire, alors magnez-vous.




Noisey : The Dwarves s’est formé à Chicago au milieu des années 80. Depuis, vous avez sorti une douzaine d’albums et de compilations sur différents labels. Rien ne semble pouvoir vous arrêter. C'est votre line-up à géométrie variable qui explique la longévité du groupe ?
Blag Dhalia : On a monté The Dwarves à Highland Park, une banlieue de Chicago. Quand tu commences un groupe dans le Midwest, tu dois t’attendre à te faire chier dessus par tous les autres groupes de la région. On a vite décidé qu’on ne se séparerait jamais, décision qu’on a regretté plus d’une fois. Puis on a bougé en Californie tout en gardant le même line-up, et de nouveaux membres nous ont rejoint. Les réalités du rock ont malheureusement rattrapé le rêve qu’on s’était fixé. Maintenant, on est un peu le Wu-Tang Clan des groupes punk. On a de nouveaux membres mais les anciens reviennent toujours à l'occasion, par exemple, d'un nouveau morceau. C’est Saltpeter qui a écrit notre nouveau single, alors que ça fait 20 ans qu’il n'est plus dans le groupe. On est une grande famille, on a su transposé l’esprit de l’Illinois en Californie.

À quoi ressemblait le punk à Chicago quand vous avez commencé ? Vous avez bougé en Californie parce que c’était trop dur de percer là-bas ?
Le Chicago des années 80 avait un très gros complexe d’infériorité par rapport aux autres villes, Chicago voulait ressembler à New York mais c'était vain. Même dans les plus petites villes tu pouvais aller à un concert punk de groupes locaux pour 5 balles, alors que chez nous tu devais casquer au moins 15 balles pour un concert où ni la tête d’affiche ni la première partie n’était de Chicago. La plupart des clubs ne voulait pas faire jouer les groupes du coin, on a donc décidé de tracer vers San Francisco, pour une seule raison : parce que là-bas il faisait chaud. En fait, on a vite découvert que San Francisco était la ville de Californie où ça caillait le plus !

D’autres groupes nous détestaient aussi parce qu’on ne venait pas de Chicago même, mais de sa banlieue. Ils pensaient qu'on était des types en costard-cravate avec des copines hyper bonnes calées sur la banquette arrière du break de nos parents. On était une cible facile. Des années plus tard, Chicago s’est construit sa propre scène, des groupes avec lesquels on était potes comme Urge Overkill ont attiré de plus en plus l’attention. Nous, on était déjà parti depuis longtemps. Mais pour moi, les Dwarves seront toujours un groupe de Chicago, même si on vit en Californie depuis 1986.


C'est votre capacité à évoluer qui a maintenu Dwarves en vie ? Peu de groupes assurent quand il s’agit de passer d’un genre à l’autre, surtout sur un même album.
On a commencé comme un groupe de garage 60's, on a ensuite pris un tournant plus noise-punk, et quand on est devenu plus connus, on sonnait comme les Misfits. Et encore, tout ça s'est passé en cinq ans. Ce qui est drôle avec les Dwarves, c’est qu’il faut avoir écouté tous les albums pour vraiment connaître notre musique et notre histoire. C’est ce qui me plaît, sinon ça ferait simplement de nous un énième groupe punk merdique de Californie.

Voilà ! Vous avez fait un break au milieu des années 90, suite au communiqué de presse annonçant la fausse mort de votre guitariste qui n'avait pas vraiment plus à Sub Pop. Un mot là-dessus ?
HeWho est mort et ressuscité. C'est une icône du punk, le temps et l’espace n'ont aucune prise sur lui. Sub Pop est un label qui, malgré tous leurs efforts pour mal faire les choses, a quand même réussi à se faire de la thune sur le dos d’un héroïnomane. Ensuite, ils sont devenus pendant 20 ans le fer de lance du rock chiant pour étudiants. Au milieu des années 90, on a écrit et enregistré deux albums solos, sous le nom de Blag et de Earl Lee Grace. Puis on a enregistré Dwarves Are Young & Good Looking, notre album qui s’est le mieux vendu et qui a convainc tout le monde, même le dernier des punks, que nous étions le meilleur groupe du monde. Aucun label ne pourra nous arrêter, ils ne peuvent pas nous comprendre. Et HeWho est toujours vivant !

Vous nouvel album sort chez Recess Records alors que vous auriez pu aller sur un label bien plus gros. C’est moins pénible pour vous de fonctionner comme ça ?
On connaît tous Recess parce qu’ils sortent de bons albums punk, et c’est aussi ce qu’on fait. J’aime bien être associé à des mecs comme ça, qui nous ressemblent. C’est pour ça qu’au cours des années, on a bossé avec Sympathy (qui étaient vraiment super), Epitath, Sub Pop et d’autres labels, plus mélangés. Todd qui est en charge de Recess est un vrai punk, que demander de plus ?

Pendant des années tu as magouillé dans le rock et tu as fait plein de trucs différents : tu as produit, écrit des livres, écrit des morceaux pour d’autres groupes et tu as même chanté dans un épisode de Bob L’Éponge. On dirait que la chute de l'industrie musicale ne t'a pas fait beaucoup souffrir.
Je crois que c’est Pharell qui a dit ça : « I’m a hustler, baby, I just want you to know, it ain’t where I been, where I’m about to go. » J’ai toujours été intéressé par l’écriture, la musique et la télévision. J’ai touché à tout, j’étais pas très bon mais j’en ai tiré un peu de thune et j’ai essayé de vivre une vie intéressante et créative. Si tu veux vraiment te faire de la thune, tu as plutôt intérêt à rester au même endroit et à toujours faire la même chose. Ça a marché pour Pearl Jam et Bruce Springsteen, ça peut marcher pour tout le monde, mais certainement pas pour moi.

Je me pose une question : le Blag de la scène est-il le même chez lui ? Plus généralement, les groupes que l’on voit en concert sont-ils si différents chez eux ?
J’aime penser que Blag est une personne différente de moi, mais ce n’est pas vraiment le cas. En ce qui concerne Rex Everything, son personnage et sa vraie personnalité se confondent et sont presque interchangeables. C’est tout l’inverse pour HeWho. Un jour, lui et son personnage se sont rencontrés et ça a fait boum ! Par contre, le vrai Vadge Moore est encore pire que le Vadge Moore de la scène. Tout ce que je tiens à dire c’est que The Dwarves est un groupe de gens vraiment bizarres.

Dans la musique, il y a toujours ce truc d’« être un vrai ». Les mecs du hip-hop ne sont vrais que s’ils ont déjà dealé et tué des gens, et pourtant ils vivent encore chez leur mère et sont obsédés par tout ce qui est bling-bling. Les punks, eux, sont sensés être comme leurs fans, mais ça c’est de la connerie. Tous les punks que je connais qui ont percé sont devenus riches et ne ressemblent plus du tout à leurs fans, et ceux qui cherchent malgré tout à s’en approcher font vraiment pitié.


HeWho au Punk Rock Bowling (photo : Chase Stevens)

À une époque, le rock'n'roll était encore dangereux et effrayant pour les masses. C'est un truc qui est encore possible selon toi ?
Je pense que les être humains passent la plupart de leur temps à penser au sexe, à la violence, à la drogue et à mal se comporter. Mais plutôt que de dire les choses clairement, comme je le fais, la plupart des « artistes », et surtout les musiciens, s’autocensurent et sortent des albums insipides de merde qui, selon eux, plairont et seront économiquement viables. Sérieusement, quel musicien sain d’esprit met le mot « fuck » dans le titre de son morceau en sachant qu’il ne sera jamais joué à la radio ? Qui ose mettre une meuf à nue sur la pochette de son album quand il sait que toutes les enseignes refuseront de le distribuer ? Qui ose écrire une chanson d’amour sur Anne Frank ? Moi. C’est mon boulot.

J’ai beaucoup de potes qui te fréquentaient à Chicago à la fin des années 80. Certains avaient peur de toi. Est-ce qu’on peut encore avoir peur de Blag et de ses Dwarves en 2014 ?
Je faisais plus peur aux autres avant, sûrement parce que moi aussi j’étais plus angoissé. Maintenant je m’éclate et j’ai juste envie de faire bouger la foule. Et si pour ça, il n’y a que le sexe et la violence, alors je n’hésiterai pas à m’en servir. S'ils veulent de la musique qui savate alors ils en auront.

Vous avez croisé la route de Nirvana dans les années 90 et celle de Courtney Love aussi j'imagine. Mis à part la curiosité que j’ai pour cet affreux personnage, je voulais savoir ce que tu pensais de sa découverte de l’avion perdu du vol MH370 de la Malaysia Airlines ?
Un jour, en 1987, Courtney Love, Kat Jelland [de Babes in Toyland] et Jen Finch [de L7] ont joué dans le garage de la maison où j'habitais. Elles faisaient du strip en ville et certaines cherchaient de la drogue. La scène était bien plus ouverte à l’époque, il n’y avait pas encore toutes ces riot grrrl flippées de l’hétérosexualité. Moi je respectais ces filles-là parce qu’elles savaient ce qu’elles voulaient et elles se foutaient de ce que le reste de la société pouvait bien penser d'elles. Quand je suis allée voir Hole au CW Saloon à San Fransisco, on m’a viré des loges. Je l'ai cherché je pense. Je crois que j'avais besoin d'être contenu. Bref, j’aime tout chez Courtney, sauf sa musique.

Tu penses que c’est elle qui a tué Kurt ?
Métaphoriquement, oui. Il était hyper angoissé à l’idée de l’avoir en permanence sur le dos, il a préféré mourir. Parfois, le rock est un monde cruel pour les personnes trop sensibles.

Aujourd’hui, il y a un regain d’intérêt massif pour le féminisme. Je suis pote avec pas mal de filles qui suivent le mouvement comme Stacey Dee, qui s’estime féministe et qui a fait les choeurs sur votre nouvel album Invented Rock and Roll. Tu penses qu’on peut être à la fois féministe et fan des Dwarves ?
Stacey Dee est une chanteuse géniale et une très bonne pote à moi. C’est aussi une vraie fan de Dwarves, et une féministe. Moi aussi je me considère féministe. Je suis pour une rémunération égale à travail égal, une même protection par la loi, une représentation paritaire dans les domaines du sport, des sciences, de l’économie… Je supporte tous les combats féministes qui me semblent respectables. Mais beaucoup de personnes qui se revendiquent de gauche ou du féminisme sont parfois aussi politiquement corrects que la droite réactionnaire. Et moi j'aime être nu, obscène, je suis obsédé par le cul et j'écris ce que tout le monde estime interdit ou mauvais. Je suis certainement un sale type, mais je suis aussi féministe. Je suis un féministe avec une grosse bite !

Très bien dit. J’adorerais t’entendre débattre avec une de ces filles, même si je pense qu'aucune n'accepterait.
Les gens manquent de légèreté et d’humour. Et ce n’est certainement pas dans la musique indépendante que tu feras respecter tes principes libéraux, conservateurs et même libertaires.

Bon, et il donne quoi ce nouvel album des Dwarves ?
Cet album est assez direct, on l’a enregistré sans trop de préparation en une semaine. Ensuite, je l'ai trituré pendant un an, j'ai fait gaffe, je ne pouvais pas me permettre de le niquer celui-là. Il contient plein de chansons écrites par les autres membres du groupe qui sont toutes géniales. Il y a des titres de Fresh Prince of Darkness, Josh Freese, Chip Fracture, Gregory Pecker. Et le premier single, « Trailer Thrash », a été écrit par un ancien Dwarf, Saltpeter. L’album devrait bien marcher, on a prévu une tournée à travers tout le pays, histoire de faire mouiller des culottes près de chez vous.


Ryan Young est chanteur et guitariste dans Off WIth Their Heads, il anime Anxious and Angry, un podcast dans lequel il épuise toutes vos idoles punk. Suivez-le sur Twitter. - @owth