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High-Functioning Flesh ne sont pas là pour déconner

On est allés passer un moment avec le groupe qui est en train de faire exploser la nouvelle scène EBM / synth-punk de Los Angeles.
12.11.14

Le duo High-Functioning Flesh n'existe que depuis quelques mois, mais il a déjà réussi à unir punks et fans d'EBM le temps d'un concert mémorable au East 7th Street à Los Angeles. Au départ, pourtant, c'était loin d'être gagné : le public du East 7th est en effet plus habitué à mosher sur du hardcore que sur des lignes de basse synthétiques. Mais une fois le concert commencé, le climat s'est complètement détendu. « Les gens qui étaient venus nous voir dansaient, évidemment, mais tous les punks dansaient aussi. C'était cool de débarquer au milieu de toute cette scène et de voir que tout le monde nous acceptait », se souvient Gregory Vand (synthés/machines).

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High-Functioning Flesh, ou HFF, joue une musique qui est généralement associée au synth-punk, à l'EBM ou à l'industriel, dont les influences vont, grosso modo, de Throbbing Gristle à Skinny Puppy. Depuis leur adolescence, Susan Subtract (chant) et Gregory Vand ont pas mal fréquenté les scènes punk et le milieu de la musique expérimentale. Susan, qui a vécu à Portland pendant de nombreuses années, a joué dans Terraform, ainsi que pour le projet « maximal-synth » Branes. Vand, lui, a grandi à Long Beach et s'est fait remarquer grâce à ses groupes Green Screen Door et Francis Harold & The Holograms.

Arrivés à Los Angeles à peu près en même temps, Gred et Susan ont fini par devenir potes à force de se croiser aux mêmes concerts. Fin 2012, après un concert de Youth Code, ils décident de former un groupe et enregistrent leurs premiers morceaux quelques semaines plus tard. « On a fait un peu n'importe quoi pendant les premières répétitions, avant de torcher 'Video DNA Gestalt' quasiment d'un jet. On est très vite tombés d'accord sur ce qu'on voulait faire et on a commencé à composer aussitôt ». 4 mois après avoir emménagé à Los Angeles, ils donnaient leur premier concert en tant que HFF.

John Giovanazzi, propriétaire du club Complex et pilier de la scène indus de Los Angeles (grâce notamment à ses soirées Das Bunker), se souvient de leurs débuts mouvementés : « High-Functioning Flesh ont fait leur premier concert au Complex, en première partie de Frank Alpine. On venait à peine d'ouvrir… Le plâtre n'avait même pas encore fini de sécher : quand ils ont commencé à balancer leurs infrabasses débiles, une partie du plafond s'est cassée la gueule sur eux ! »

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Leur décision de bouger à Los Angeles a clairement été motivée par l'atmosphère créative de la ville. Susan l'affirme : « La première fois que je me suis rendu à L.A., j'ai eu l'impression d'un environnement extrêmement chaleureux, enrichissant. Je ne connais personne qui fait le même genre de musique que moi, mais ils me soutiennent quand même ». Vand confirme : « Je jouais du punk depuis tellement longtemps, j'ai fini par me sentir à l'étroit. Je me faisais chier. Quand je me suis installé à L.A, j'ai rencontré quelques personnes de la scène indus, ça m'a attiré immédiatement. Ça avait l'air frais et nouveau - pour moi, en tout cas ».

Los Angeles a pourtant une longue histoire en la matière. Selon Sarah Toon, programmatrice du club The LASH, les groupes actuels font partie « de la troisième vague que cette scène connaît. C'est cool. Je crois que tout ça, c'est grâce à Youth Code, qui a bien fait bouger les choses à un moment où c'était plutôt mort. »

L'arrivée de Youth Code en 2013 a eu une influence importante sur la nouvelle génération de groupes synth-punk et industriels dont fait partie High-Functioning Flesh. À cette époque, beaucoup de soirées indus hebdomaires comme les Bloody Mess ou les Stalker n'existaient plus. La scène était dans le coma. « Je crois que tout le monde se regardait en attendant qu'il se passe un truc. C'est à ce moment-là que Youth Code, nous et Pure Ground avons émergé » se souvient Susan.

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Le format live de HFF, assez similaire à celui du Youth Code, est construit autour des couplets agressifs de Susan, accompagnés par les percussions froides et mécaniques de Vand. Mais HFF se distingue de l'énergie hardcore-punk de Youth Code par leurs influences plus ouvertement EBM et électroniques. Nitzer Ebb et Portion Control ont eu un impact énorme sur leur musique. Cabaret Voltaire aussi : « On a tellement écouté ce groupe que quand on a commencé à jammer, le premier morceau qu'on a écrit était carrément une repompe. Que ça soit leurs premiers albums indus, Red Mecca, Micro-Phonies, ou leurs incursions dans la techno ambient sur Plasticity, c'est une influence majeure sur nous. Ils ont toujours su rester abrasifs et expérimentaux. »

High Functioning Flesh

Dans la foulée de leur show au Complex en 2013, HFF a joué en première partie des belges Suicide Commando et de leurs potes de Pure Ground. La foule, presque entièrement composée de quadras fans d'indus purs et durs, s'est déchaînée pendant leur performance : « Leur réaction a été incroyable. Les gens venaient nous voir pour nous dire que ça faisait un bail qu'ils n'avaient pas pris leur pied sur de l'electro comme ça » raconte Susan.

Depuis ses origines analogiques à la fin des années 70 et au début des années 80, la musique indus a subi une transformation radicale. Des groupes comme Front 242 et My Life With The Thrill Kill Kult ont repris des aspects de la techno qui ont propulsé le son à un niveau de production totalement différent - mais en diluant le côté brut des origines. Aujourd'hui, les groupes de L.A. ont bien l'intention de se réapproprier les sonorités crues et analogiques du genre. Gibby Miller, co-fondateur du label Dais, considère que des groupes comme Youth Code ou High-Functioning Flesh ont une démarche différente : « Je pense que les gens sont à fond parce que ça leur rappelle le son de l'époque, super brut et viscéral » .

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Pour Susan Subtract, les influences 80's de HFF ne sont pas seulement musicales. Leur son et leurs paroles correspondent à une culture faite de films d'horreur, de cyberpunk et de situationnisme : « C'est un thème majeur dans nos paroles : qu'est-ce qui est réel, et qu'est-ce qui ne l'est pas ? Notre esthétique, nos flyers, nos beats, tout évoque la situation actuelle. Dire qu'on chante à propos d'Internet, ce serait très réducteur. Mais on vit effectivement dans une réalité qui ressemble plus à un hologramme qu'autre chose. C'est une époque vraiment étrange. »

High Functioning Flesh

Pour atteindre ce résultat, HFF passe des heures en studio, à transpirer sur un assemblage de synthés Ensoniq ESQ-1 vintage, de séquenceurs et de batteries électroniques. Ce qui se révèle parfois assez douloureux : « Il arrive qu'un simple preset décide de la destinée d'un morceau. On a jeté certaines idées parce qu'on n'arrivait pas à trouver un son correct. Ce qu'on veut, c'est trouver un truc qui sonne juste. Un truc qui nous donne envie de continuer. »

Malgré la rigueur de leur processus créatif, HFF se concentre sur une musique qui puisse être transposée dans des conditions live. « On n'enregistre jamais de morceaux qui ne sont pas adaptables sur scène. Beaucoup de vieux groupes avaient ces morceaux expérimentaux, injouables sur scène. Nous, on ne réfléchit pas au public en composant, mais on garde quand même en tête le plaisir qu'on aurait à voir ça en live » explique Susan.

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Si HFF s'en tape autant, c'est sûrement à cause de leur passé punk : « On peut dire qu'on fait de l'electro-punk. Les seuls autres mecs qui décrivent leur son comme ça, ce sont les Anglais de Portion Control. Je pense que ce terme englobe des idées qui nous conviennent : ok, c'est de la musique électronique, mais ça reste très punk. Sans notre background punk, on n'en serait pas là. C'est important de le noter. »

C'est ce sens du punk, dans leur étique, leur démarche et leur musique, qui a convaincu Gibby Miller (ancien leader de Panic) de les signer sur Dais, après les avoir vu jouer au East 7th en Décembre 2013. Il se souvient du chaos pendant leur concert : « Il y avait des putain de punks, des death rockers, des fans de hardcore, tout le monde sautait partout. Leur musique m'a vraiment foutu des frissons ce soir-là. »

High Functioning Flesh

Depuis ses débuts, HFF profite du soutien d'une scène californienne aux contours flous, qui se retrouve notamment dans les soirées Das Bunker depuis le milieu des années 90. D'après John Giovanazzi, on y trouve un « mix de punks, de rockabillies, de gothiques, de cyberpunks et des fans de techno ».

Vand, lui, affirme que c'est un parfait symbole de la volonté qu'ont les scènes punk, indus et noise de L.A de se mélanger et d'expérimenter. « C'est ça qui est excitant. Ça aurait été impensable il y a quelques années, un punk restait dans le punk pur et dur. Aujourd'hui, ils se diversifient. Des mecs qui sont dans des groupes de hardcore font aussi de la techno et de la noise à côté. J'observe ça depuis deux ou trois ans. C'est cool. »

Il y a aussi une grande cohésion qui règne au sein de cette scène, malgré la difficulté d'organiser des soirées et des concerts entièrement légaux à Los Angeles. Ce n'est pas Sarah Toon qui dira le contraire : « Cette scène dark est tellement petite que tout les gens qui la composent sont obligés de se serrer les coudes. Le line-up des concerts du Complex ou du Mount Analog sont toujours l'occasion de combiner techno sombre, expérimental ou EBM. Il n'y aura jamais un seul genre par soir. »

L.A. a offert un terrain de jeu à Greg et Susan pour travailler et perfectionner leur son. Leur première sortie, sur cassette, était une démonstration d'énergie brute. L'album sorti cette année, A Unity Of Miseries, leur a permis de polir leurs vieux titres et d'en sortir des nouveaux, qui donnent un bon aperçu de la direction qu'ils vont suivre sur leur second album (prévu pour 2015 sur Dais), notamment sur « Self Management » et « The Deal » : « On a composé ça sans effort, tout a coulé de source. et on va continuer dans cette veine.»