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Depuis 25 ans, Damon Che vous fait atteindre le punkgasm avec Don Caballero

On a téléphoné à la « pieuvre humaine » de Pittsburgh. Elle a vieilli mais elle va bien.
28 juillet 2014, 9:45am

Voilà 25 ans que Damon Che, batteur surpuissant de Pittsburgh, redéfinit avec son groupe Don Caballero les contours d'un paquet de styles méga-pointus comme le math-rock, le post-jazz, le post-rock et le metal progressif. Et aujourd'hui encore, Damon Che est une putain de référence.

Sur les sept albums de Don Caballero, à commencer par For Respect sorti en 1993, Che a joué le rôle de chef d'orchestre d'un groupe à géométrie variable, qui a compté parmi ses membres Ian Williams (de Battles), Eric Emm (de Tanlines) et Jon Fine (de Bitch Magnet). Mais bien que Don Cab ait acquis le statut de groupe légendaire et le respect éternel grace à ses quatre premiers disques, sortis sur le label Touch & Go dans les années 90, toute la sphère indie qui s'est acharnée sur Che et son je-m'en-foutisme lorsqu'il a décidé de reformer le groupe sans Williams et Emm à la fin des années 2000. Sacrilège !

Cette nouvelle formation de Don Cab a accouché de deux albums injustement sous-estimés, World Class Listening Problem en 2006 et Punkgasm en 2008, ainsi qu'un album live en 2012 Gangbanged With A Headache, and Live. Ce sont d’ailleurs de loin les meilleurs titres d'albums jamais trouvés, ce qui assez peu étonnant vu la teneur en vannes du répertoire du groupe (par exemple, « I'm Goofballs for Bozzo Jazz » ou « You Drink A Lot Of Coffee For A Teenager »).

Même si la nouveauté se faire rare depuis Punkgasm, on peut remercier Henry Owings de Chunklet Magazine d'avoir dépoussiéré les tous premiers enregistrements studios de Don Cab, qui remontent au mois de décembre 1991. Fidèle à son côté bout-en-train, Che a intitulé l'album Five Pairs of Crazy Pants. Wear'em : Early Caballero. Il compile les riffs math-rock les plus bourrins du groupe qu’on retrouvera sur leur album fondateur de 1993, For Respect. C'est le line-up originel de Don Cab qui réalisé ces enregistrements – Che, le guitariste Mike Banfield et le bassiste Pat Morris – trio qui dominera plus tard l'Amerindie, toujours avec une longueur d'avance

On a appelé Damian Che chez lui, à Pittsburgh, pour qu'il nous parle un peu de l'histoire de son groupe et la manière dont il envisage l’avenir.

Noisey : Henry Owings du magazine Chunklet ressort les tous premiers enregistrements studio de Don Caballero, dont votre deuxième live. Tu l'as déjà écouté ?
Damon Che : Ouais, je l'ai écouté. Je n'ai jamais été très satisfait de nos premiers enregistrements. Mais je sais que les fans hardcore trouveront ça marrant. Par contre, j'ai toujours bien aimé ce live. En fait, Henry avait déjà sorti deux de ces morceaux sur un 45 tours vendu avec son fanzine, il y a bien longtemps. Donc techniquement, cet album n'est pas tout à fait exclusif.

Ces titres datent d’il y a 25 ans, ça te fait quoi de les réécouter ?
Ouais, ça fait super longtemps... Ce qui m'est immédiatement venu à l'esprit quand j’ai entendu le disque, et qui m’a un peu irrité c’est qu'à l'époque, je ne savais pas du tout régler ma caisse claire et que je n'utilisais pas le bon type de revêtement. C'était une vieille toile qui donnait un son hyper sourd. Et mes toms n'étaient pas top non plus. Avec le temps, j'ai appris à mieux jouer, à mieux respirer, je me suis détendu et j'ai arrêté d'utiliser ces affreux kits de batterie pop des années 70 qui n'avaient aucune résonance. Ça donnait un truc un peu vaporeux, jazzy. Je voulais vraiment plus de résonance. Quand t'es jeune et débile, tu prends juste le kit le moins cher du magasin, sans trop penser à tout ça.

Tu avais quel âge en 1991 ?
23 ans je crois. Peut-être 22.

Tu as commencé la batterie à quel âge ?
J'ai dû attendre mes 14 ans pour avoir mon premier kit

Wow.
Mais j'en faisais un peu dans le groupe de l'école. Quand j'ai eu une douzaine d'années et que j'ai vraiment commencé à me passionner pour le rock, j'ai vite compris que la batterie serait probablement l'instrument dont je jouerai le mieux.

T'écoutais quoi à l'époque ?
Kiss, le groupe que tous les kids de 11 ans écoutaient en 1979. C'était aussi simple que ça.

Comment tu t’es retrouvé à traîner avec les membres du trio originel de Don Cab, Mike (Banfield) et Patrick (Morris) ? C'était des potes d'enfance ?
Patrick n'était pas un ami d'enfance, mais plus un pote que j'ai rencontré quand j'étais ado. J'ai connu Mike quand il est revenu à San Francisco et qu’il a monté Slag. Avant il était coursier à vélo, il détestait ça, surtout dans une ville aussi vallonnée que San Fransisco. Lorsqu’il est revenu, il m'a demandé si je voulais qu'on fasse un truc ensemble. C'était au mois d'août 1991, on a trouvé un endroit pour répéter et on s'y est mis, sans trop savoir à quoi s'attendre. Puis on a recruté Pat quelques semaines plus tard. Mais si tu veux vraiment que je te raconte les débuts de Don Caballero, il faut que tu aies conscience d'un détail important.

Raconte.
On ne s'est jamais senti vraiment prêts dans ce groupe, mais on continuait d'avoir plein d'opportunités pour jouer, et on ne pouvait pas les refuser. On n'avait même pas l'impression d'être un groupe en fait. Le but était de trouver un bon chanteur, et pourquoi pas un second guitariste qui maîtrisait les solos un peu mieux que Mike. Mais on ne pouvait pas refuser toutes ces offres. On nous a jeté sur scène comme ça ; comme un « trio instrumental prog underground ».

Ça ne te dérangeait pas toi ?
Bah, on ne pouvait pas passer à côté de ça. Si quelqu'un te sort : « Hey les mecs vous voulez faire la première partie de Head of David ? La première partie de Tar ? », tu vas pas dire non. Une partie de nous se disait « on n'est pas prêts, on n'est même pas encore un vrai groupe, on n'a pas de chanteur, nos chansons ne sont même pas finies ». Puis après, tu te laisses juste porter par le truc. On a fait ce qu'on a pu, c'était comme ça. Ça se ressent dans les deux enregistrements sortis par Henry.

Il s’est passé très peu de temps entre votre formation en août 1991 et les sessions studios de décembre 1991 qu'Henry vient de sortir, tous vos morceaux étaient déjà écrits.
Oui, ça a été très court. Le live qui vient de sortir est seulement tiré de notre deuxième concert.

Tu as écrit tous les morceaux seul ?
Il me semble, oui.

Et le nom, c’est de toi aussi ?
Non, on a essayé plein de noms avant de le trouver. J'ai même demandé à mon père ce qu'il pensait de « Don Caballero ». Il a trouvé ça infâme. Mais c'est pas pour ça qu'on a choisi de s'appeler comme ça, tout le monde dans le groupe accrochait sur ce nom, et c'était le meilleur nom qu'on puisse trouver.

Tu chantes dans Thee Speaking Canaries ainsi que sur les prods récentes de Don Cab. Tu as toujours voulu être à la fois batteur et chanteur ?
J'ai chanté sur le dernier album de Don Cab pour que le monde entier sache qu'on en avait rien à foutre de ce qu'on pensait de nous et qu'on était bien décidé à faire ce qu’on voulait. Ce n'était pas une décision consciente, on ne s'est pas dit « tiens pourquoi on ne ferait pas un album avec du chant dedans, pour la première fois ». C'était plus « voilà c'est ce qu'on va faire, c'est ce qu'on a envie de faire là, maintenant, tout de suite, et ça rend bien ». Donc oui, il y a un peu de chant sur notre dernier album, mais je ne peux rien promettre pour les albums à venir.

Tu ne voulais pas de chant sur les premiers albums de Don Cab ?
Si, on en voulait, mais le résultat était toujours pourri. Le morceau « For Respect » aurait dû contenir du chant d’ailleurs mais j'ai vraiment fait un truc horrible. On a viré la partie chantée, tout le monde avait posé son veto.

Qu'est-ce que tu penses de votre trio initial, comparé aux différents line-ups que Don Cab a connu au fil des années ?
J'essaye de ne pas comparer tous nos line-ups, parce que sinon je devrais justifier plein de choses. On a tous notre opinion sur ce qu’un bon groupe représente. Je préfère penser à nos différents line-ups comme aux différents labels avec lesquels on a travaillé. On est passé par beaucoup de phases pendant toutes ces années, mais est-ce une raison pour changer de label ? Je comprends qu'un membre puriste puisse vraiment être attaché au groupe, au point que le départ d'un bassiste implique un changement de nom, je comprends aussi qu'un fan puriste puisse penser ça, mais je préfère ne pas raisonner comme ça. Enfin, maintenant que tu en parles, je ne pense jamais avoir comparé un line-up de Don Cab à un autre.

Ah ouais ?
Vraiment.

En parlant de labels, comment ça s'est passé avec Touch and Go ?
Au début, il était prévu qu'on sorte For Respect avec Steve Snyder, qui avait déjà sorti l'un de nos singles précédents. Mais Touch and Go était aussi très intéressé, on ne voulait pas laisser tomber ce pauvre Steve, mais je pense qu'on a fait le bon choix.

Don Cab est également célèbre pour les titres de ses morceaux, c'est toi qui est à l'origine de Five Pairs Of Crazy Pants. Wear' Em et du nom du live Lookit Them Elly May Wrists Go ?
Ouais, c’est moi.

Cool. Sur For Respect, les titres des morceaux étaient plus courts, tu t'es intéressé aux titres après la sortie du premier album ?
Ça s'est fait progressivement. Et toutes les blagues ne viennent pas de moi. Certains titres sur American Don sont d'Eric Emm, et ils sont plutôt pas mal. On a vraiment trouvé de bonnes vannes durant notre existence, la plupart étaient de moi, mais pas toutes. Pour en revenir aux passages chantés sur le dernier album de Don Cab, il n'y a pas que moi au chant non plus, mais aussi Gene et Jason sur pas mal de morceaux.

Sur « Punkgasm » ?
C'est le seul morceau de l'album sur lequel je chante en intégralité et il y en a un autre où je chante un peu au début. Pour tout le reste, c'est Gene ou Jason. Donc je ne suis pas le seul à chanter.

C’est quoi le futur de Don Cab ?
Je pense toujours à la musique, mais maintenant on a tous des emplois du temps et des jobs. On a tous une famille, une femme, une maison, toutes ces choses auxquelles on n'aurait jamais pensé il y a vingt ans. Je ne peux faire aucune promesse... C'est coment déjà la réplique dans Mad Max ? « Don’t write off the goose until you see the box go in the hole » [_Rires_]

Donc vous n'avez plus le temps de faire des tournées non plus ?
Si on sortait un nouvel album, on pourrait se trouver une ou deux semaines pour tourner, une semaine sur chaque côte.

Comme les groupes actuels qui tournent le temps d'un week-end.
Ça a toujours été assez commun pour les groupes à mi-temps, tu y consacres tous tes week-ends.

Le fait que l'album sorte sur Chunklet ne vous redonne pas l'envie de recommencer ?
Je ne peux pas encore répondre à cette question. On verra.

Brad Cohan se tape un punkgasm tous les matins en se réveillant, c'est peut-être pour ça qu'il n'est pas sur Twitter.