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Music

Eiffel 65 ont écrit au moins un tube de plus que vous

Le type qui a chanté « Blue (Da Ba Dee) » nous explique comment il a rencontré Bon Jovi, chanté en Mandarin et survécu à un tube inter-planétaire.

Quand vous pensez « one-hit wonders », vous pensez forcément « personnes les plus embarrassantes de l'Univers » : Steeve Estatof, Cindy Sanders, Crazy Town, Patrick Hernandez. Tous ces gens sont des cibles faciles et, la plupart du temps, il faut bien le reconnaître, de parfaits abrutis. Mais si je peux vous garantir une chose, c'est qu'Eiffel 65, le trio italien connu pour son hit « Blue (Da Ba Dee) », sorti en 1999, ne tombe pas dans cette catégorie. Et si je le sais, c'est parce que j'ai parlé à Jeffrey Jey, le chanteur d'Eiffel 65, qui s'est avéré être un mec hyper cool. Déjà, il connaît plein de langues et sais chanter juste, ce qui le rend au moins 38 fois plus cool que moi. En plus de ça, Eiffel 65 ne sont pas techniquement des one-hit wonders, vu que leur deuxième single « Move Your Body » s'est hissé à la deuxième place des charts anglais. Tout ça, je l'ai appris en discutant avec Jeffrey, qui m'a également parlé de sa rencontre avec Bon Jovi, de sa version de « Blue » en Mandarin pour la B.O. d'Iron Man 3, et du fait qu'il vaut quand même mieux avoir un seul tube que genre, aucun.

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Noisey : Tu es toujours musicien à plein temps ?
Jeffey Jey : Toujours. C'est mon unique occupation depuis 23 ans.

Vous faites partie des premiers groupes mainstream à avoir utilisé l'auto-tune. Comment c'est arrivé ?
Ça a démarré avec le vocoder. On était en train d'enregistrer « Blue », et on avait décidé de ne se poser absolument aucune limite en terme d'instrumentation. On a donc étendu ce principe à la ligne de chant, et c'est comme ça qu'on en est venu aux vocoders et à l'auto-tune.

Tu penses que vous avez influencé des gens comme Kanye West ?
Je ne sais pas si on peut dire ça. Ça se faisait déjà beaucoup à l'époque. Des gens comme Cher ou Daft Punk ont utilisé ces deux procédés bien avant nous. Ce sont des techniques qui remontent aux années 70. On l'a juste utilisé d'une certaine façon, dans un certain contexte.

Vous avez lu cette interview de Daft Punk dans laquelle ils disent qu'ils adorent « Blue » ?
Oui, j'ai vu passer l'info sur Facebook et Twitter, mais je n'ai jamais lu l'interview en question. J'aimerais bien y jeter un oeil, parce que c'est un grand honneur pour nous. J'adore Daft Punk. Ils ont écrit un chapitre important de l'Histoire de la musique électronique.

D'où vous est venu ce nom, Eiffel 65 ?
On produisait beaucoup à l'époque, sous un tas de noms différents, et on s'est rendu compte qu'on perdait énormément de temps à chercher de nouveaux noms à chaque fois. Alors, durant une semaine, on a refléchi à plein de noms, tout ce qui nous passait par la tête, et on les a rentré dans un tableau Excel, que l'on consultait à chaque fois qu'on avait besoin d'un nouveau nom. Et au moment d'enregistrer « Blue », on a pioché dans la liste et on a choisi Eiffel. Ce qu'il s'est passé ensuite, c'est que notre producteur a écrit un numéro de téléphone sur le label copy [fiche d'informations regroupant tous les détails d'un titre] du morceau. Les numéro se terminait par 65 et le graphiste a tout simplement pensé que ces deux derniers chiffres faisaient partie du nom du groupe. Du coup, on l'a gardé comme ça.

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De quoi parlent les paroles de « Blue » ?
Ça parle d'un truc auquel je crois énormément. Je pense que tout le monde a sa propre couleur, tu vois ? Que chaque personne voit les choses à travers un filtre qui lui est propre. Et toutes les choses que les gens achètent, leurs maisons, leurs voitures, mais aussi les personnes qu'ils fréquentent, sont des reflets de cette couleur. C'est de ça dont je parle dans « Blue ».

« Blue » a récemment été utilisé dans la B.O. d'Iron Man 3. Vous avez été contactés directement pour ça ?
Oui, on nous a sollicité en personne. En fait, ils nous ont appelé et nous ont dit : « Voilà, on aimerait avoir « Blue » dans la bande-son, mais il nous faudrait une version du titre en Mandarin. » J'ai répondu : « Quoi ? Mais d'où je vais pouvoir chanter ça en Mandarin ? », et ils nous ont dit : « Ne vous inquiétez pas, on va vous trouver un professeur et arranger ça. » Et deux jours plus tard, j'étais en studio avec un prof de Mandarin en train d'apprendre les paroles. On a tout enregistré l'après-midi même et visiblement le résultat était plutôt bon. C'était vraiment bizarre et très intéressant comme expérience, parce que je n'avais jamais chanté « Blue » dans une autre langue que l'anglais, et c'est un morceau que j'ai chanté des milliers et des milliers de fois. La plus grosse surprise, ça a été quand je suis allé voir le film au cinéma avec des amis. Je leur ai dit : « Bon, le morceau est dans le film, mais je ne sais pas exactement à quel moment. » Et, à peine le film commence qu'on l'entend, pile sur le générique et tout. C'était vraiment génial.

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Même s'ils sont plutôt datés aujourd'hui, les effets numériques du clip de « Blue » étaient plutôt balèzes pour l'époque.
On adorait les jeux vidéos et on travaillait avec une boîte de production qui était à fond dans la 3D. Du coup, on a eu l'opportunité de faire des trucs assez dingues, qui ont très bien marché à l'époque. Certaines des personnes qui ont travaillé avec nous bossent aujourd'hui pour Dreamworks, des boîtes comme ça. On est évidemment conscients du fait que ces effets numériques ont contribué à notre succès, en nous permettant de toucher un public très large.

Vous avez tourné le clip sur fond vert ?
Oui, et c'était vraiment marrant, parce qu'aucun de nous n'avait jamais fait ça auparavant. C'était comme de bosser sur un film, c'était dingue. Il fallait qu'on s'imagine les martiens autour de nous, qu'on ait l'air surpris. C'était génial.

Un de mes plus vieux souvenirs musicaux, c'est votre passage à Top of the Pops, où vous avez joué deux fois. C'était comment ?
Je dois être honnête : je n'ai absolument pas réalisé ce que ça représentait sur le moment. À l'époque, on tournait non-stop, et tout allait beaucoup trop vite pour qu'on ait le temps de s'arrêter et de se dire : « Oh mon Dieu, on joue à Top Of The Pops. » On a, par exemple, joué au Dodger Stadium aux États-Unis, avec Jon Bon Jovi juste à côté, et j'étais là à me dire : « Mais non, c'est pas possible. » Pour réaliser ce qu'il t'arrive, il faut en avoir le temps. Ce n'est que lorsque je suis rentré chez moi que je me suis dit : « Hey, mais on a fait tout ça. » C'est comme si on l'avait vécu avec un temps de latence. On mangeait en conduisant, on dormait 2-3 heures par nuit. C'était vraiment chaotique.

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Vous avez joué en play-back ?
C'était un play-back partiel. À Top Of The Pops, les instruments sont toujours en play-back, parce qu'à cause du nombre d'artistes, tu ne peux pas faire de live, ça prendrait trop de temps avec les balances et les changements de plateau. Après, tu as le choix de chanter live ou en play-back. Nous, on a choisi de chanter live, pour pouvoir interagir avec le public et aussi parce que je déteste chanter en play-back. Je trouve ça horrible.

Qu'est-ce que vous ressentez quand vous repensez à cette période de votre vie ? Ça doit vous sembler totalement surréaliste.
Oui, c'est sûr que ce ne sont pas des choses que tu vis au quotidien. Tu dors peu, tu manges des trucs bizarres dans des endroits bizarres et tout va tellement vite que tu as l'impression de ne rien contrôler, de n'avoir aucune emprise sur les choses. Si je pouvais revenir en arrière, je ferais en sorte qu'on puisse se reposer de temps en temps, prendre un moment pour se poser, arrêter la machine. Mais je suis heureux d'avoir vécu ce qu'on a vécu, on a eu énormément de chance. On a voyagé, on est passé à la télé dans des tas de pays, on a rencontré un nombre incalculable de gens. On ne peut que remercier notre public pour ça.

C'était comment votre rencontre avec Bon Jovi ?
Comme je te le disais, on n'a pas vraiment réalisé ce qu'il se passait. J'ai serré la main de The Edge aux MTV Music Awards et on a discuté un moment, on trainait avec des gens comme Robbie Williams, des grosses têtes d'affiche. On a croisé Lenny Kravitz à plusieurs reprises, on a fait une tournée promo avec Beyoncé, mais tout ça, je l'ai réalisé en rentrant chez moi, quand je l'ai raconté à mes amis, et qu'ils ont tous fait des têtes genre « OH MON DIEU, TU ÉTAIS AVEC BON JOVI ?? », alors que moi j'étais juste là genre « Ouais. » Ils me demandaient « Mais tu te rends pas compte ? » Et là j'ai réalisé « Putain, ouais, c'est cool. » Mais ça ne te touche jamais autant quand tu le vis en décalage.

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Ça vous a fait quoi quand vous êtes rentrés de tournée, après cet énorme succès mondial ?
Pour être tout à fait franc, c'était cool, parce que ma famille et mes amis commençaient à me manquer. Même aller au cinéma était devenu impossible, on n'avait plus le temps pour rien. Alors, s'arrêter un moment pour souffler un peu et reprendre pied avec la réalité, c'était vraiment génial.

Parlons un peu de votre morceau « My Console ». C'est complètement pété d'avoir fait un morceau qui ne parle que de jeux vidéos. Tu es toujours accro aux consoles ?
Tu plaisantes ? Plus que jamais [Rires] J'ai une Ps4 à la maison et je joue à Assassins Creed dès que je peux. J'adore ce jeu. Les jeux vidéos, quand tu tombes dedans, c'est pour la vie, impossible de s'en défaire. Si le gamin en toi est toujours en vie, il y a de grandes chances que ta console te suive jusqu'à la tombe.

Vous n'avez jamais été sponsorisés par Playstation?
Bizarrement, non. Mais j'aurais adoré, pas forcément pour l'argent, mais rien qu'écrire un morceau pour un jeu, ou bien travailler sur un jeu ou un truc du genre. « Blue » et « Move Your Body » sont sur Rockband, et c'est hyper cool, mais j'aurais adoré avoir un morceau à l'époque dans un jeu de foot, par exemple. Ça, ça m'aurait vraiment touché, mais on n'a pas eu cette opportunité malheureusement.

Les gens réduisent souvent les musiciens à leurs titres les plus connus. Ça vous ennuie ?
Ce sera toujours comme ça. La musique est assez incroyable dans ce sens, parce que, quoi que tu fasses, tu seras toujours jugé sur ta dernière création. Ce qui était cool à l'époque, c'est que quand tu avais un tube, tout le monde était au courant, mais quand tu te plantais, ça passait relativement inaperçu, parce qu'il n'y avait ni Internet, ni réseaux sociaux pour te tenir au courant de tout, tout le temps. Aujourd'hui, ton plus gros tube fera autant de bruit que ta pire gamelle. Et je pense que ce n'est vraiment pas une bonne chose, quand tu es musicien. La seule chose dont tu dois te préoccuper, c'est le plaisir que tu prends à faire ce que tu fais. C'est le seul truc qui te maintiendra en vie dans ce milieu.

Tu penses avoir écrit des morceaux qui ont été injustement ignorés ?
Je ne vois pas les choses de cette manière. Ce n'est pas comme ça que je vis mon truc. J'essaye juste de m'amuser. Comme quand tu vas chez tes potes, que tu t'amuses avec l'ordinateur et que tu en sors un truc marrant. Je préfère aborder les choses de cette manière plutôt que de me concentrer sur la programmation et analyser chaque son. Il y a des gens dont c'est le boulot. Moi, je préfère rester spontané, et me concentrer sur ce que je ressens. Si tu réfléchis trop, si tu prends en compte les ventes, les passages radio, tu n'écris plus pour toi. Et c'est là que les ennuis commencent. Si tu aimes vraiment ce que tu fais, si tu es honnête avec toi-même, tu arriveras toujours à te surprendre avec de nouvelles choses.

D'après toi, pourquoi est-ce que votre deuxième album, Contact!, n'a pas eu autant de succès que le premier ?
Qui sait ? C'est difficile d'expliquer pourquoi un disque marche plutôt qu'un autre. Peut-être est-ce parce qu'on a changé de son, je ne sais pas. Tu devrais poser la question aux gens qui ont acheté le premier disque et pas celui-là. Nous, tout ce qu'on a fait, c'est enregistrer un nouveau disque, en essayant de faire aussi bien que le premier.

Les musiciens qui ont rencontré un énorme succès évoluent généralement de deux manières : soit ils continuent à faire de la musique comme si de rien n'était, soit ils tombent dans l'alcool ou la drogue. Ça tient à quoi, selon toi ?
Difficile à dire. Ce que j'ai appris en tout cas, c'est que ce milieu peut te tuer si tu ne penses qu'en terme de succès. Il faut se souvenir que plus tu montes haut, plus la chute sera rude. Ça peut être très difficile à gérer. Un gros succès peut provoquer un long et douloureux déclin. Mais c'est comme ça aussi dans la vie, tu sais. Ça peut arriver avec tes potes, avec ta famille, avec ton job, c'est quelque chose que tu dois apprendre à gérer. Tu dois apprendre à te connaître et à savoir ce que tu veux vraiment. Dans la musique, tu peux vite te faire broyer par la machine. C'est pour ça que certaines personnes sautent du train en marche et laissent tout tomber du jour au lendemain, parce que ça leur bouffe tout leur temps, toute leur vie. Mais si tu arrives à gérer ça, tu deviendras quelqu'un de meilleur, quelqu'un de plus fort.

On espère que Jimmy Ness écrira un deuxième article. Il est sur Twitter - @NZJimmy