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Les pentagrammes d'or du Fall Of Summer 2014

Venom, Sodom, Pentagram, la plage, le feu, le sang et plein de gens très sympas.
16 septembre 2014, 11:15am

On vous avait tanné il y a dix jours avec le Fall Of Summer, nouvelle et dernière étape de la grande procession estivale du metal. Mais vous n'avez visiblement pas manqué de prétextes à la con (« Torcy c'est loin de Paris quand même », « La météo a pas l'air tip-top ») pour éviter de vous faire démolir la tronche deux jours durant. On comprend, c'est la première édition et peut-être aviez-vous besoin qu'un média de confiance aille en éclaireur se ramasser les baffes à votre place et balancer quelques notes pour vous aider à vous faire un avis. Pas de soucis, on est là pour ça.

TORCY
Qui d'entre vous est déjà allé à Torcy de son plein gré ? Sérieusement ? À moins d'avoir fait partie de la Torcy connection à la fin des années 90 ou d'être amateurs de détente balnéaire, on peut tout à fait vous pardonner de n'y avoir jamais foutu les pieds. À tort, car de notre côté nous avons été tellement charmés par l'accueil chaleureux des témoins de Jeovah - qui ont eu la gentillesse de nous fournir un peu de lecture pour la route -, des lampadaires en béton et des grandes avenues fleuries que nous avons arpentés pour nous rendre sur le site à pied depuis la gare, Maximator en main. Ce qui retrospectivement était un plutôt con puisque ça nous a fait raté Agressor (désolé patron). Putain de bucolisme torcéen.

Note : 3 pentagrammes sur 10. On voulait mettre 5 mais on a retranché d'office 2 points à cause du label « ville fleurie ». On est venus pour un festival de metal putain, pas pour cueillir des marguerites.

LE SITE
Autant le dire d'entrée : le Fall Of Summer a lieu dans une PUTAIN DE BASE NAUTIQUE. Cool, hein ? Bon ok, la petite scène est installée dans un coin qui ressemble plus au parking du Casto de Melun qu'à la croisette de Saint Trop' mais le main stage est face à l'étang, fosse sur la plage. Pan ! Prends ça, le Midi Festival ! Du coup, la meilleure image du week-end reste ce circle pit lancé par le chanteur d’Exumer au cours duquel TOUS les mecs un peu bourrés se sont vautrés dans le sable, épuisés. Au moins ça ponce un peu les dreads. Ah et il y a un pipe de skate aussi, alors espérons que l'année prochaine, les orgas auront assez de thunes pour produire des boards à l'effigie du festival pour qu'on puisse se faire vraiment mal. Il y avait comme une sensation d'inachevé cette année.

Note : 6 pentagrammes sur 10 parce que qui dit plage dit tongs et qu'il ne faut pas minimiser le risque de voir un jour le Fall Of Summer devenir le Calvi On The Rocks de la Grande Couronne.

LA BUVETTE
Point de food-trucks ami lecteur, ici on aime la cuisine comme on aime nos riffs : grasse et rincée dans la bière, dans beaucoup, beaucoup de bière. Sous ses aspects rustiques, la carte du chef n'en est pas moins une invitation au voyage des papilles, un symbole de l'amitié americano-bretonne qui unit nos deux peuples depuis la mise en place du commerce triangulaire. Si le sandwich chipo-oignons est en temps normal un facteur d'exclusion sociale, sache mon ami que la discrimination n'a pas cours au Fall of Summer_._ Viens comme tu es, personne ne te jugera. Et si par hasard la nostalgie de temps moins compliqués s'installe en toi, sache qu'on y sert également de l'hypocras. En fermant les yeux, tu pourras presque entendre le crépitement d'une sorcière qui brûle sur la place du fortin.

Note : 7 pentagrammes sur 10 parce que comme dans tous les festivals, il faut faire la queue pour avoir des jetons. Et quand cette queue a été rebaptisée la « File Collins »,_ ça devient tout de suite un peu plus pénible._

LE CAMPING
Désolés, malgré toute la sympathie que nous inspirait le fait de dormir habillés dans une étuve, nous n’avons pu résister à l’envie de traverser 4 zones et 53 arrêts dans un Noctilien qui grillait plus de feux rouges qu’une grand-mère daltonienne. Mais hey, vous connaissez les campings de festival, on n’a pas vraiment besoin de vous faire un dessin, si ?

Note : 8,6 pentagrammes sur 10 par principe, et pour cette tente dédiée à Obituary.

LE PUBLIC
Grosse surprise, des metalheads venus de toute l’Europe ! De la veste à patches ! Des T-shirts de groupe à manches longues ! Des rangeos ! Encore plus de T-shirts de groupes ! Des bracelets de force ! Des océans de T-shirts de groupes ! Alors, t’es plutôt bandana ou catogan ? Goéland ou Indien ? Sauna ou plan cho7 ? Pro-tip à l’usage des débutants et des touristes : il faut savoir que si vous vous rendez au Fall of Summer en tenue de mariage non-druidique, pas de panique, il est tout à fait possible de trouver de quoi se fondre dans la masse au modeste marché du festival. Entre deux tapes black metal qualité rue, vous trouverez un large choix de cartouchières (55 balles quand même), un bel étal de back patches et même des cornes à boire pour renforcer votre viking-cred.

Note : 8 pentagrammes sur 10 + 1 point bonus, parce que les rares bretons présents ont eu la décence de coudre le Gwenn ha Du entre deux patches de Maiden plutôt que de casser les couilles à tout le monde avec leur putain de drapeau. Ah et puis les gens étaient sympas aussi.

LA PROGRAMMATION
Vous avez du mal à différencier le thrash du death, le death de l’extreme, et le viking-metal de Dan ar Braz ? On ne peut pas vous en vouloir, nous vivons une époque complexe et la distinction des genres est une affaire de spécialistes. Voici donc notre analyse d’experts sur cette première cuvée :

BÖLZER
À l’heure où vous vous apprêtiez à quitter le bureau pour un week-end bien mérité en compagnie de votre tendre motié, un helvète au torse tatoué brisait tranquillement le dernier sceau de la porte des Enfers, à tout juste 30 kilomètres de chez vous. À vous de voir ce que vous voulez faire de cette information, mais sachez que les hordes noires du Séraphin Déchu sont probablement en route vers notre belle capitale à la minute où vous lisez ces lignes.

Note : 9 pentagrammes sur 10 parce que si vous avez préféré trier vos derniers mails plutôt que de filer voir Bölzer à Torcy, vous méritez d’êtres masscacrés par les glorieuses légions de Lucifer.

EXUMER (SANS “H”)
Le premier circle-pit du festival était semblable en bien des points à mon premier galochage : plein de maladresse, sur une plage et à cinq mètres d’un groupe de touristes allemands aussi vieux que bruyants. Le guitariste obèse de 50 ans, au bord de l’évanouissement et incapable de jouer plus de 3 minutes de suite, était la meilleure campagne de prévention pour la souffrance au travail que j’aie vu depuis ce concert des Dead Kennedys en 2007.

Note : 6,5 pentagramme sur 10. Parce que même si raconté comme ça, on dirait un début de scenario impliquant matière fécale et humiliation, on en garde quand même un souvenir plein de tendresse.

ROTTING CHRIST
Je suppose que quand tu choisis d’aller à un concert de black metal, tu t’attends à vivre quelques moments gênants, comme quand le batteur se coince les cheveux dans ses cymbales ou que le mec devant toi perd conscience en headbangant parce que Valium et Maximator sont moyennement potes. Mais mon petit truc préféré, perso, c’est les chanteurs de BM qui parlent au public de la même manière qu’ils chantent. REGARDEZ-MOI JE SUIS UN VAMPIRE CHELOU, MI-TWILIGHT MI-CLUB MED GYM !!! Eh non mon pote, t’as 44 ans, t’es Grec et t’as déjà fait 17 fois les cornes avec tes doigts, je pense qu’on est bons sur ce qu’il te reste de crédibilité. Musicalement, on dirait que Deafheaven a bouffé Matmatah et un mariage algérien, et aussi que le concert a lieu à travers un glory hole.

Note : 1 pentagramme sur 10. Histoire que vous soyez au moins défrayés et que vous puissiez vous barrer bien loin jouer sur la plage au lieu de faire un boeuf avec les Ramoneurs de Menhirs dans une crêperie DIY des Côtes d'Armor.

Aura Noir

VENOM
Au début on a un peu rigolé quand on a vu Cronos monter sur scène sapé comme The Ultimate Warrior. Et puis on s’est vite souvenu que la main stage était un putain de ring et que c’est tout à fait ok de porter un crop-top et des jambières quand ton biceps fait à peu près la taille d’une cuisse de journaliste. Sans rire, les mecs ont enchaîné leurs classiques comme Zangief les marteaux-pilons : dans un savant alliage de lourdeur, de virtuosité et d’homo-érotisme. Mention spéciale au batteur qui faisait tourner ses baguettes en permanence pendant tout le concert, sans doute pour oublier que son guitariste ressemble à un méchant de Tintin qui s’appellerait Sidapopoulos.

Note : 8 pentagrammes sur 10 parce que George Eddy et Thierry Gilardi étaient bien présents dans ma tête afin de commenter ce concert.

BORKNAGAR
Infernal. Déjà, parce qu’on en a un peu plein le cul des groupes à bracelets de force qui se prennent en photo dans la forêt et chantent des histoires de vouivres et d’elfes en espérant que la double pédale cachera la misère. Ensuite, parce qu’en fait c’était pas mal, un peu dans un style à la Urfaust par moment, et qu’on a vraiment pas besoin de se mettre à aimer des trucs pareils si on veut continuer à trouver des meufs. Heureusement, tout le monde ne se posait pas la question, comme ce putain d’untermensch déguisé en viking en kilt qui a tranquillement choisi de se faire sucer en plein milieu du public par une meuf bourrée à quatre pattes. On n’est pas bien, là, entre connards ?

Note : Nikki Sixx sur 10

IMPALED NAZARENE
Avant vendredi, Impaled Nazarene était pour moi ce groupe aux T-shirts les plus badass du catalogue Adipocere, circa 97. Ils sont désormais synonymes de « mecs chauves un peu gênants qui nous ont donné envie d’aller boire une bière loin, très loin de la scène un soir de septembre 2014. » Smiley triste.

Note : 1 pentagramme sur 10 pour la forme. Et aussi parce qu’avoir possédé un t-shirt « Fuck You and Fuck Your God » s’assumera toujours plus facilement qu’avoir porté un hoodie « Rêve Américain, Cauchemar Indien ».

CARCASS
OUAIS ! CARCASS ! LE GRIND ! LA HAINE ! LES VIDÉOS HD PROJETÉES SUR LA SCÈNE ! On a presque cru à un moment qu’ils allaient nous sortir l’hologramme de Seth Putnam. Mais non, les teigneux de Liverpool se sont contentés de fêter leurs 25 ans de service en jouant deux fois plus vite l’ensemble de leur répertoire laissant ainsi à Jeff Walker une bonne vingtaine de minutes pour défoncer Dave Mustaine, ce qui ne mange pas de pain et fait toujours plaisir.

Note : « Seulement » 8 pentagrammes sur 10, parce que la pochette de Surgical Steel me rappelle les dimanches soirs déprimants devant Urgences_._

DEBAUCHERY
On nous avait promis du « sang à gogo » et des « nichons » dans le fascicule à l’usage des festivaliers (je peux me tromper mais je crois que ça s’appelle un « programme »), nous avons eu droit à deux mannequins vaguement dénudés et un peu de gouache vermillon. Je vous laisse en tirer les conclusions qui s’imposent.

Note : 2 pentagrammes sur 10 avec possibilité de repêchage en répondant à la question suivante : « Qu’est ce que l’audace ? ». Vous avez deux heures.

AHAB
Essayez de répéter plusieurs fois « On va voir AHAB ? » à haute-voix et avec quelques grammes dans le sang, vous comprendrez peut-être pourquoi on a mis autant de temps pour justement se décider à aller voir ces mecs.

Note : 7 pentagrammes sur 10 car l’audace, c’est de passer des cris de mouette entre deux morceaux de Funeral Doom.

PENTAGRAM
Si la reformation de Black Sabbath était globalement déprimante, celle de Pentagram délivre en revanche un formidable message d’espoir pour tous ceux qui luttent avec acharnement contre leur addiction aux narcotiques : ce n’est pas parce qu’on ne se drogue plus qu’on doit cesser de porter des chemises à fleurs et d’avoir la classe. T’entends, Pete Doherty ?

Note : 10 pentagrammes sur 10 parce que Pentagram a enregistré une chanson intitulée « Pentagram » sur l'album Pentagram et c’est ce qui s’appelle un carton plein.

SODOM
On en aura bouffé du thrash allemand pendant deux jours. À tel point qu’on s’est un moment cru au rayon charcuterie du Carrefour de Montesson ou dans une des VHS trouvées sous le lit de papa. Sans grande surprise, c’est Sodom qui s’imposera en maître absolu dans cette grande foire à la biffle avec un set réservé aux détenteurs de la carte Metro. Hâchage à la tronçonneuse de « Surfin’ Bird » et régurgitation de Venom en guise de dessert, exactement de quoi donner à La Grande Bouffe des allures de brunch sans gluten au Paradis du Fruit.

Note : 10 pentagrammes sur 10. Le saviez-vous ? En allemand, « biffle » se traduit par Fleischpeitsch (« claque de viande »).

WATAIN
Hey les gars, où sont passés vos cadavres en putréfaction et vos seaux remplis de sang de porc ? Ne nous dites pas qu’on va devoir se contenter de vous écouter chanter à propos de la mort, de Satan et de la mort par le glaive de Satan ? Nous ce qu’on veut c’est des couteaux, des motos et du FEU ! Ah, vous avez prévu de la pyrotechnie ? Ok alors, on va prendre sur nous et faire semblant de ne pas avoir remarqué que la soi-disante Black Metal Militia n’est en réalité qu’une bande de mecs un peu chiants qui se sapent comme Lordi.

Note : 6 pentagrammes sur 10. On a retiré un point parce que ça ne sert pas à grand chose d’agiter une serpe en l’air si ça ne se termine pas par un sacrifice animal. Même éventrer un hamster aurait fait le job.

Bien sûr, on a oublié de mentionner plein d’autres groupes bien et on sait que vous n’allez probablement pas adhérer au tiers ce ce qui est écrit ici. Pas de problème, sachez néanmoins qu’on sera exactement au même endroit dans un an et que nous serons disponibles pour en débattre de vive-voix. Et s’il faut vous donner envie de nous botter le cul pour que vous veniez jusqu’à Torcy offrir tout l’amour que méritera la prochaine édition du Fall Of Summer, comptez sur nous pour en remettre une couche les 364 prochains jours.

Sébastien et François sont tous les deux sur Twitter pour diffuser Sa parole.

Toutes les photos sont de Melchior Ferradou-Tersen.