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Tout le monde aimerait avoir un prof d'EPS comme James Pligge

On a discuté collège, haltérophilie et straight edge avec le chanteur de Harm's Way, le groupe hardcore le plus costaud de Chicago.

Harm’s Way a commencé à Chicago il y a une dizaine d’années en tant que side-project powerviolence monté par James Pligge et les siens, qui étaient alors occupés dans le meilleur groupe hardcore de l'année 2006, The Few And The Proud. En 2016, et après leur premier très gros LP sorti en 2011 (Isolation) et le EP Blinded de 2013, ils font désormais partie des fers de lance du label Deathwish. Leur dernier fait d’armes ? avoir absolument tout détruit sur leur passage durant leur tournée européenne, qui faisait un stop au Hellfest. Sur leur troisième album, Rust, les Américains évoluent danns un hardcore froid et brutal tirant vers le metal industriel aussi violent que cathartique, dont les meilleurs morceaux peuvent rappeler notamment Celtic Frost, Godflesh voire même Slipknot. On a rencontré leur chanteur James Pligge lors de leur dernière date à Paris, au Gibus, et il nous a parlé de son lifestyle entre muscu, moshpits et cours d'EPS.

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Noisey : Tu es prof d’EPS remplaçant dans un collège-lycée. Comment tu gères le fait d’être en même temps frontman dans un groupe de musique extrême, c’est compliqué de concilier les deux ?

James Pligge :

En fait on est dans un groupe qui tourne souvent, donc on est en tournée 5 ou 6 mois à l’année. Quand je suis à la maison, Je peux travailler à plein temps comme prof remplaçant. J’ai un diplôme d’enseignant en éducation physique et en santé. La musique est plus un hobby. Ça me permet d’extérioriser mes tensions, mes sentiments personnels à travers le live. J’adore voyager, et être avec mes amis, et il y a un côté thérapeutique à tout ça avant de revenir au monde réel. Quand on en aura fini avec Harm’s Way je serai enseignant à plein temps. C’est un équilibre entre la vie réelle et l’épanouissement de soi.

Ouais, par contre j’ai remarqué que tes élèves commentent les clips de Harm’s Way sur Youtube…

Oui, et ça me pose problème personnellement parce que jaimerais conserver de la distance entre ces deux vies. Mais dernièrement, Harm’s Way a pris un peu plus de poids et d'envergure, et il y a des gamins au collège qui sont eux-mêmes impliqués dans le metal ou le hardcore. Donc j’essaye de ne pas trop en parler pour ne pas mélanger ma vie personnelle avec l’enseignement. Au début, je niais tout le temps, et ils me demandaient systématiquement « hey, c’est vraiment toi le chanteur de Harm’s Way ? », et moi j’étais genre « non ! ». Maintenant je dis « oui c’est moi, mais c’est pas le moment d’en parler », tu vois ? « Si tu me vois à un concert et que tu veux en parler, c’est ok ». Mais au collège j’ai besoin de séparer les deux. Pour des raisons de sécurité déjà, et puis surtout, tu dois faire en sorte que l’élève comprenne bien qui est l’adulte dans l’histoire.

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(Rires)

C’est un truc contre lequel je me bats surtout depuis cette année, mais je vais résoudre ça à mon retour…

Ok donc tu as des élèves qui sont branchés hardcore. Tu te considères comme un exemple pour eux ?

Ouais, carrément. Les gamins me voient comme un modèle, surtout les élèves instables ou en difficulté scolaire ou autre. La musique est un bon exutoire pour eux, comme pour moi à l’époque. J’ai toujours été bon en sport et bon en musique, et c’est ce que j’ai utilisé pour extérioriser ma frustration et mon énergie. La musique est très importante je pense. J’aimerais pouvoir être un peu plus ouvert pour parler de ma vie personnelle parce que pour quelqu’un qui ne comprend pas le metal hardcore cela peut paraître intimidant en voyant par exemple un pentagramme, ou quelque chose de choquant pour lui. Cela conduit à mettre tout de suite une étiquette négative. Pour moi ça a toujours été un moyen d’avoir mes propres idées, de penser par moi-même, et ça s’éloigne sûrement de ce que pensent les autres profs d’EPS. C’est surtout ça qui m’importe, que les gosses aient envie de penser de façon critique et échangent des idées. C’est à ça que sert la musique depuis des années, l’expression personnelle de manière positive, par opposition au fait de prendre de la drogue ou de se scarifier, la musique peut remplacer ces choses-là, elle l'a fait pour moi. C’est ça que je veux transmettre, mais c’est parfois tendu quand des choses qui touchent au hardcore ne peuvent pas être abordées à l’école. Genre tu veux pas froisser les parents parce que ton job est en jeu, tu vois ?

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Ouais. Tu mènes également une carrière depuis plus de 15 ans dans l’haltérophilie. Est-ce que c’est quelque chose qui déteint sur ta musique ou pas du tout ?

Ce n’est pas quelque chose que j’associerais avec la musique, parce que j’ai démarré bien avant d’être dans un groupe. J’adore le sport, et ça fait partie de ma vie pour se vider la tête, rester en forme. Ces 12 dernières années, je ne pense pas être resté plus de deux mois sans soulever de la fonte, donc ça fait partie de mon lifestyle, ça m’est nécessaire. Ma musique est en train de gagner en popularité, et je suis content si ça pousse des gens à s’intéresser à l’haltérophilie ou à l’entretien du corps, mais pour moi c’est différent. Mon père était haltérophile, et m’a largement influencé car j’ai grandi là-dedans.

Vous êtes tous straight edge depuis le début dans Harm’s Way. C'est un truc qui compte encore beaucoup pour vous ?

Je dirais qu’avec le temps, je ne me définis plus comme purement straight edge. C’est juste un truc qui fait partie de ma vie. Globalement, j'ai passé plus d’années en étant straight edge que d’années où je ne l’ai pas été. Donc c’est juste quelque chose que je fais depuis tellement longtemps que je n’y pense plus. Dans

Rust

, il y a un morceau là-dessus, mais ce n’est pas juste « je bois pas, je prends pas de drogue », mais j'évoque plutôt la manière dont je vis la chose, passé 30 ans. Je crois que c’est plus important pour moi aujourd’hui que ça ne l’était auparavant. Je n’ai pas forcément envie de porter des T-shirts « Straight Edge », mais je veux conserver un esprit sain et pouvoir ressentir des choses dans la vie sans avoir à les dissimuler. Même si parfois je suis déprimé, je préfère le ressentir plutôt que d’essayer de l’atténuer en prenant de la drogue ou de l’alcool. Si on me demande si Harm’s Way est un groupe straight edge je dirais oui, mais je ne pense pas que ça définisse entièrement notre groupe.

Comment s’est passé votre intégration dans l’écurie Deathwish ?
On a toujours été fans des groupes Deathwish quand on était plus jeunes, et j’ai toujours respecté ce qu’a fait Jake pour le label. Quand on les a rejoint, on a vraiment été bien accueillis, et il a tout fait pour que les choses se passent le mieux pour nous. Il n’avait pas une idée précise de la façon dont notre son devait évoluer, on s’est juste intégré naturellement à leur cataloguqe avec nos deux derniers albums. Je ne sais même pas si il y a un groupe chez Deathwish qui sonne comme nous, même si on peut retrouver certains éléments… Je pense que tous les groupes signés sur Deathwish ont leur propre identité, bien qu’ils empruntent tous au hardcore original et au metal. Qu’est-ce qui arrive bientôt pour Harm’s Way ?
En ce moment on s’est mis à l’écriture d’un nouvel album, et on espère pouvoir nous mettre à enregistrer en décembre/janvier. On n’est pas encore sûr du producteur, pour l’instant c’en est au stade de l’ébauche, on n’a que quelques chansons mais on pense pouvoir le sortir pour avril ou mai 2017, si tout va bien. Après notre tournée européenne, on enchaîne sur le Life & Death Tour avec Terror, Power Trip, Angel Du$t, Fury et Red Death. On a hâte, ça va être une bonne expérience aux Etats-Unis. Après ça, on va se poser un moment et prendre le temps de finir d’écrire notre album.