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Tour de France : Rennes

Du Mondo Bizarro à Étienne Daho en passant par Candie Prune, Stormcore, Bikini Machine, Percubaba et la fac de Villejean.
22 avril 2015, 12:25pm

Parce qu'à l'époque où les supermarchés vendent des bananes en sachet individuel, il est important de renouer avec ses valeurs et ses racines, nous avons proposé à des contributeurs Noisey et des invités de nous présenter une playlist exclusivement constituée d'artistes de leur ville d'origine, dans le cadre d'une rubrique intelligemment baptisée « Tour de France ». Après Bayonne, La Rochelle, Reims, Brest, Lyon, Tours, Poitiers, Rouen et Bordeaux, Toulon, Pau, Angers, Montréal, Le Mans et La Réunion, voici Rennes, présentée par notre contributeur Bard Lou.

STORMCORE
Rennes ne serait pas Rennes sans les « dix glorieuses » du hardcore rennais (1992-2002), l'épopée du KDS Crew et de Overcome records. Stormcore représentaient Rennes sur toute la scène européenne et le faisaient plutôt bien, le groupe rendait les kids tarés en concert et le mythe est toujours présent 20 ans après, comme on a pu s'en apercevoir lors de leurs concerts de reformation de 2013/2014. À l'époque baggy pants, débardeurs et colliers à boules, les crewnecks de Stormcore étaient aussi courants dans la scène que les T-shirts Terror ou les sweats Hellfest peuvent l'être actuellement. Pour preuve de cette domination, ce concert à l'Elysée Montmartre et cette reprise de Slayer rebaptisée « Rennes In Blood » pour l'occasion.

UNDERGROUND SOCIETY
Si l'on devait garder deux repères des années 90, Underground Society figureraient sans aucun doute aux côtés de Stormcore au panthéon du hardcore de l'Ouest. Leur son bien plus metal pour ne pas dire maléfique assurait carrément. Leur last show, qui a eu lieu en 2003, au Jardin Moderne, salle de concerts associative connue et reconnue située dans la zone commerciale à deux pas du Stade de la Route de Lorient, restera un grand moment « Rennes » et marquera la fin d'une époque.

LE MONDO BIZARRO
Prenant la relève de la Funhouse et des Tontons Flingueurs, le Mondo Bizarro (auparavant nommé La Baleine Bleue) a été, et est toujours, LE bar-concert Rennais. Tenu par Bruno (ancien membre des groupes TV-Men, Gunners, qui a récemment rejoint le nouveau line-up des Trotskids), c'est incontestablement le lieu rock de la ville, certes un peu excentré au Nord, mais c'est là où tout se passe, que tu sois branché punk, 60's, ska, rock, hardcore, Banane Metalik ou autres musiques amplifiées. Vers la fin des années 90, début des années 2000 (je ne sais si ça existe toujours), Bruno animait également une émission intitulée « Punk-O-Rama » sur Canal B, LA radio indépendante rennaise que je captais non sans mal de Saint-Malo à l'aide d'un habile stratagème éléctrique et je dois avouer que ce programme a joué un rôle considérable dans mon éducation musicale.

TROTSKIDS
Nés à Rennes au début des années 80, Trotskids restera un groupe phare de l'époque dite « Chaos en France », soit l'âge d'or du punk franchouillard, avec leurs paroles bien huilées rendant hommage aux soupeurs, aux nécrophiles et autres gigolos. Leurs plus gros tubes : « Gueule d'Enfer », « Pas de voyou dans mon bar » et « Je ne veux pas être bronzé », qui n'a jamais été une chanson raciste mais un morceau engagé contre la plage en été. Le groupe splittera en 87 pour revenir contre toute attente en 2008 avec de nouveaux membres. (Certains d'entre eux, installés à Paris, participeront par ailleurs aux groupes Hoax et Treponem Pal)

LES PUNKS À CHIEN
Que serait Rennes sans ses punks à chiens de la place Sainte-Anne et de la rue Saint-Michel (plus connue comme la « rue de la Soif ») ? Pas grand-chose. Toujours présents dans la ville en grand nombre depuis des années, Rennes n'a pas volé son statut de capitale française des punks à chiens. Avec un ratio de 1 punk pour 3 chiens, les chiens rennais auraient pu régner en maitre sur l'état français canin mais un manque d'organisation conséquent (doit-on s'en étonner ?) et des conflits internes ont mis un terme à cette tentative de putsch. En dehors de nos amis à poil long, la scène punk (avec ou sans chiens) rennaise, c'est aussi et surtout MASS PROD, label actif depuis 20 ans, formé a Rennes par des membres de Mass Murderers (originaires de Saint-Brieuc) sur lequel on a pu retrouver Tagada Jones (avant qu'ils ne forment à leur tour leur propre label, Enragés Prod), Inner Terrestrials ou encore Nevrotic Explosion. La connexion St-Brieuc/Rennes de la scène punk de l'ouest étant à peu près l'équivalent de la connexion Nantes/Rennes du hardcore de l'époque.

THE FLYING WORKER !
Aucun doute là dessus, la scène emo française des années 2000 était la crème de la crème en la matière, et The Flying Worker !, groupe qu'on pourrait ranger dans la catégorie emo-violence, y avait largement sa place. Actifs entre 2003 et 2005 seulement, si ma mémoire est bonne, certains membres rejoindront plus tard VeuveSS, 12XU, Die Hölle et Baron Noir. Si vous aimez Orchid, An Albatross et les artworks hyper compliqués, ce groupe est clairement pour vous.

BIKINI MACHINE
Rennes est aussi la ville de Bikini Machine, ça vous étonne ? Sur le devant de la scène surf/60's dès les années 2000, le groupe s'est retrouvé directement programmé lors des Transmusicales et a percé petit à petit pour se faire sa place au soleil. Tellement au soleil qu'on retrouve maintenant un de leurs titres dans une pub pour Ford.

ETIENNE DAHO
En parlant de soleil, Rennais depuis son adolescence, le jeune Etienne étudie à l'université de Rennes 2 lorsqu'il débute sa carrière musicale. Un week-end à Rome plus tard, le voici propulsé au top des charts avec la carrière qu'on lui connaît, passé de la Salle de la Cité au Liberté après une escale par l'Ubu (la plus célèbre salle de concerts rennaise). On pourrait aussi parler de tous ses potes, Marquis de Sade en tête, mais en a t-on vraiment envie ?

NIAGARA
Parlons plutôt de Niagara. Rennes la rock, Rennes l'indomptable, nous aura également gratifié d'un duo de véritables tueurs du top 50, composé de la belle Muriel Moreno et du non moins beau Daniel Chevenez. Tubes à gogo, disques d'or en veux-tu en voilà, succès, gloire et inexorablement, la chute (des Niagara), dû à un quatrième album mitigé entraînant la séparation du duo et la naissance de leurs carrières solos. En terme de vidéo, c'était surtout « J'ai Vu », un clip où l'on voit Muriel faire des moulinets et Daniel du « pick n up change » (à 0:36 exactement). Une vidéo qui ne sera sûrement pas étrangère à la création de Stormcore, quelques mois plus tard.

CANDIE PRUNE
Afin que cet article ne nous rappelle pas uniquement les heures les plus sombres d'Internet, des connexions intempestives sur MySpace (a place for friends) en salle info de la fac et des concerts inaudibles au bar 1929, je me vois forcé, au nom de la parité, d'évoquer Candie Prune. Derrière ce nom que ne renierait pas le community manager derrière le Twitter Oasis Be Fruit, se cache le top de la power-pop française de la fin des années 1990. J'ai dû les voir une fois en concert, vers 1997, et ma fin d'adolescence n'a plus été marquée que par cette image sexy en diable de la chanteuse. Presque 20 ans après, l'effet est toujours escompté.

PERCUBABA
Malheureusement, c'est aussi ça Rennes, bien que techniquement, leur véritable histoire démarre à Saint-Malo. N'ayant retenu que le pire de la carrière de BILLY ZE KICK & LES GAMINS EN FOLIE, ces joyeux drilles au nombre de 11 sur scène (!) ont, à l'instar de Sinsemilia, fait les belles heures des festivals de France et de Navarre. Féru de percus ? Un peu baba ? Ca se passe juste au-dessus, et ça se passait surtout là bas :

VILLEJEAN
En lien direct avec Percubaba, on retrouve la fameuse université de Rennes 2, dite « Fac Villejean », bastion de toutes les luttes et point de départ des grèves et manifestations de jeunes. Les étudiants qui gravitaient autour du campus au début des années 2000 étaient souvent reconnaissables au port du fameux keffieh palestinien, renommé pour l'occasion « écharpe Villejean » et lorsqu'ils n'étaient pas dans l'amphi B8 en train de voter la reconduction de la grève, vous pouviez retrouver ceux-ci dans les salles informatiques en train de parler de la prochaine grève sur Caramail ou simplement à la cité U voisine, en train de se caler de gros bambous. Mais peu d'entre eux s'aventuraient jusqu'au squat L'Elaboratoire pour voir un concert de Tekken ou Horde Of Zombies.

TRUE TILL DANCE
Organisateurs de concerts annulés une fois sur trois et fervents consommateurs de boisson américaine pétillante, les jeunes gaillards de True Till Dance étaient résolument engagés contre le port du pantacourt et du bouc taillé. Contre vents et marées, ils organisèrent le premier concert français de Justice et True Colors (ainsi qu'un concert mémorable de Vitamin X en bordure de Brocéliande) avant que le revival hardcore straight edge ne s'empare de toute l'Europe. Désormais éparpillé aux 3 coins de l'hexagone, le collectif a su dire stop au bon moment après avoir réalisé certains des flyers les plus polémiques de la scène de l'époque.

LES DISQUAIRES RENNAIS
Pour finir, on ne peut pas parler de Rennes sans causer disques et évoquer l'enseigne « Rennes Musique », reliée au réseau indépendant Starter à partir des années 90 et dont l'existence s'est étalée de 1977 à 2008. Disquaire généraliste et pointu, véritable institution rennaise, la fameuse crise du disque aura raison de lui à la fin des années 2000. On se souviendra des après-midi passés à fouiller les bacs, écouter des dizaines de disques pour finalement repartir uniquement avec une compile à un tarif défiant tout concurrence, le dernier numéro de Burn Val Burn (meilleur fanzine rennais de tous les temps - avec Thanx For Nothing) et quelques flyers des prochaines sorties Overcome. Dans un registre résolument plus rock, il faut aussi citer Rockin' Bones, ouvert en 1998, plus indé, et toujours actif à l'heure actuelle. Cette sympathique taverne située dans une impasse de type médiévale en pleine zone marchande de la ville présente l'avantage d'offrir un large choix de disques seconde-main et une bonne alternative au « shopping du samedi ». Et puis aujourd'hui, il y a aussi LTDC, à deux pas de l'inaltérable magasin Noz. À bon entendeur.

Bard Lou est sur Twitter mais ne tweete pas.