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On vous confie nos meilleurs souvenirs de Fête de la Musique

De Brest à Paris, de Bordeaux à Chambéry, parce qu'il n'y a pas que la haine dans la vie.
21.6.14

Puisqu'on a tous un souvenir bon, honteux, sale, humide, mauvais -mais qui s'est quand même bonifié avec le temps- en rapport avec le 21 juin, on vous présente un par un la Fête de la Musique qui a le plus marqué nos vies, en guise de playlist de la semaine. Carpe diem.

NANCY, 2001

La seule Fête de la Musique valable à laquelle j'ai assisté -et accessoirement une des rares auxquelles j'ai participé et à peu près la seule dont je me souvienne- c'était en 2001 à Nancy. À l'époque, j'organisais des concerts et le groupe norvégien Jr. Ewing nous avait proposé une date le 21 juin. On a fini par les faire jouer sur une affiche en plein centre-ville avec tout un tas d'autres groupes (je me souviens juste qu'il y avait Dead For A Minute, le meilleur groupe de hardcore que Metz ait jamais connu, et Submerge, de Reims). A un moment, Fabien Hein, le bassiste du groupe stoner Carn (devenu depuis sociologue ès-metal), qui s'occupait du son, m'a demandé de lui rouler un joint en me tendant une petite fiole pleine de weed qu'il venait de ramener de San Francisco. Dans la cohue j'ai compris qu'il voulait que je lui roule un joint avec la totalité du contenu de la fiole. Une heure après on était transformés en cerf-volants, l'ambiance était au méga-max, et un père de famille en short est venu me demander pendant le concert d'un des groupes si c'était

« ça du techno »

?

Lelo Jimmy Batista, Rédacteur en chef

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PARIS, 2012
Ma meilleure Fête de la Musique c'était en 2012 je crois, enfin je sais que ce que je vais raconter s'est passé en 2012, mais je sais pas si on peut dire « la meilleure », c'est juste que toutes les autres étaient merdiques, en tout cas celles dont je me rappelle. En gros y'a 2 ans, je me suis retrouvé à accompagner Ill, Cassidy et Hifi (ce sont des rappeurs français, tas de cons) dans le métro puis dans une sorte de boîte où avait lieu une soirée organisée par Dabaaz (pareil). La soirée fut rythmée par les blagues de Ill qui était en one-man show permanent. A un moment je suis tombé sur Ekoué en train de filmer une meuf qui faisait un booty-shake énergique. Elle était pas au courant mais elle a fini dans un clip. Il est comme ça Ekoué, le boulot avant tout. Y'avait aussi Clément le beatmaker d'Animalsons et d'autres gars par là-bas. Personne n'a rappé au cas où c'était pas clair jusqu'ici, c'était la récré. Comme dit le poète : « ce soir j'ai pas baisé mais bon, j'me suis amusé ». That's all folks. Pour ceux qui veulent le récit détaillé de cette soirée trépidante c'est par ici.

Yérim Sar, Contributeur
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CHÂTELET, 2007
Entre la Fête de la Musique et le premier jour de l'été, j'ai toujours eu l'impression de me faire niquer mon jour de fête. Bref. C'était la place où être en ce jour de Fête de la Musique 2007, une date qui représente en quelque sorte le climax du hardcore français. Qui l'aurait cru ? Il faisait beau et l'ambiance était digne des concerts dans le Connecticut en 1988. Avec toutefois un pied clairement dans le futur : on était à la fois en pleine période tecktonik et dans le berceau même du mouvement : Châtelet. Les jeunes à crêtes qui passaient devant la scène « hardcore » ne comprenaient pas vraiment ce qui se passait mais ça ne les empêchait pas de jumper non plus. Get Lost, Strike Back et Onesta avaient ouvert, un plateau hardcore de Paris-Banlieue habituel pour l'époque. Tous les copains étaient là. Puis la scène constituée de palettes a plié sous les veaux californiens de Internal Affairs et leur set dévastateur. L'audience est partie en couilles et l'asphalte s'est littéralement mis à fondre sous les baskets collector. « THIS IS FOR YOU PARIS ! » Down To Nothing, le groupe majeur à l'époque a ensuite balancé son groove cosmique et tout le monde a universellement moshé à même le trottoir jusqu'à leur tube final « Higher Learning ». Une soirée réelle et mémorable.

Rod Glacial, Rédacteur
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BORDEAUX, 2000
Je suis né un 21 juin, donc à cause de Jack Lang c'est devenu une véritable épreuve de souffler mes bougies dignement. Depuis quelques années, ça tombe en plein Hellfest : j'ai un peu l'impression d'être un prince saoudien qui fait venir ses groupes préférés pour son anniv, comme un gros gâteau gratuit à Flunch (sur présentation d'une pièce d'identité). Mon meilleur souvenir de Fête de la Musique, c'était le groupe Reversal Of Man, fin 90's/début 00's, à Bordeaux. C'était organisé par l'asso Mankind, les mecs les moins institutionnels qui soient. Genre c'est eux qui avaient aussi fait jouer Dropdead, Hellnation ou Asshole Parade à la même période. Bref, ça jouait dans la rue, tout était branché sur une rallonge qui sortait de dessous le rideau de fer de la boutique XL Impression, le pourvoyeur de t-shirts sérigraphiés de la ville. Les musiciens ricains étaient jeunes et je me souviens qu'ils hallucinaient du chaos intégral. Je ne crois pas qu'ils aient apprécié l'expérience. Et ils ont été infoutus d'envoyer une reprise valable de « La Bombe Humaine », putain. Moi j'avais terminé au fond d'une poubelle rue Sainte-Catherine et c'est ma femme de l'époque qui m'avait sauvé la vie en allant me repêcher juste avant le passage du camion-benne.

Guillaume Gwardeath, Contributeur
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ARCUEIL, 2009

Je pourrais avoir l'air d'une vraie connasse et vous dire que la Fête de la Musique pour moi c'est tous les jours. Et c'est vrai. Je fête jamais ce truc ou en tout cas c'est jamais quelque chose de mémorable à mes yeux. Hormis peut-être la fois où j'y ai participé. Le père d'un pote du lycée qui possédait un immense hangar à Arcueil nous avait autorisé à organiser une

warehouse party

pour fêter la fin de l'épreuve la plus pétée de notre vie : le baccalauréat. On me proposait de « mixer » pour l'occasion, c'est à la fois surexcitée et nauséeuse que j'avais accepté. Avec mon passif de raveuse ultra-mineure il m'en fallait pas plus pour que je me projette déjà comme membre de l'International Deejay Gigolo Records. Faut pas oublier que c'est aussi l'année où tous les artistes pop et R&B ont embarqué pour la planète Guetta, Galaxie EDM. Détail important : j'avais zéro technique et j'ai vraiment cru que je saurais enchaîner « Booty Clap » de DJ Funk avec Vitalic et « Put Em Up » de N.O.R.E, tout ça parce que les DJ's que je voyais faisaient ce genre de choses naturellement. J'essayais de rendre mon brouhaha un peu cohérent mais une meuf avec une gouaille moitié-racaille, moitié-chti me demandait sans cesse de mettre du Martin Solveig. Finalement mon pote Antoine m'a subtilement tej des platines avant de me dire « Christelle personne ne danse là ! ». Puis une succession d'événements sans lien les uns avec les autres se sont déroulés : les mecs de la cité du Chaperon Vert se sont incrustés et ont voulu frapper tout le monde, le mec avec qui je venais juste de rompre s'est éclipsé en voiture avec une de mes meilleurs potes… Et pourtant, c'est mon plus beau souvenir de Fête de la Musique.

Christelle Oyiri, Contributrice

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ANGERS, 1997

En 1997, j'ai donc participé avec mon groupe du lycée à un tremplin organisé par une banque pour jouer sur une énorme scène en plein centre de ma ville natale. A l'époque, il n'y avait pas trop de scènes-pression live,

votez pour moi

au podium Ricard et autres signatures sur le label Paco Rabanne. Trois banquiers sont venus dans notre local de répète pour nous « auditionner ». Le local en question était le salon de la mère de notre batteuse. On avait mis la VHS de « Live Tonight Sold out » de Nirvana pour les impressionner. Deux hommes en costard et une femme en tailleur se sont assis dans le canapé, ont mangé du brownie et nous ont regardé jouer trois morceaux plein de pains de ce qui se voulait être proche des Smashing Pumpkins (dans mon souvenir). Un mois plus tard, on a appris qu'on était sélectionné (peut-être qu'on avait été les seuls candidats). On a joué le soir de la Fête de la Musique en première partie de Merzhin (c'est du rock festif breton si vous vous demandez) devant un public principalement constitué de nos parents. Et j'ai pris pour fêter ça ma première cuite au Ricard. Depuis je n'ai plus jamais mis les pieds à la Fête de la Musique, ni participé à quelques concours ou tremplins de ma vie. Et je n'ai rebu du Ricard que début juin (boisson pas mal en fait). Je précise que j'ai beaucoup parlé de Ricard mais que ce n'est pas du tout du placement de produit.

Adrien Durand, Contributeur

Adrien sur

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CHAMBÉRY, 2003
Comme n'importe quel mec de 15/16 ans à l'époque, je m'essaye succinctement au rap. Dans ma ville, on m'offre la possibilité de jouer quelques morceaux sur scène, le soir de la Fête de la Musique. Me voilà devant un parterre énorme –au moins trente personnes-, une bouteille de Jack à la main (des années avant Booba, en véritable visionnaire), à faire rimer « mon shit » avec « ma bite », et « hip-hop » avec « salope ». C'est d'ailleurs en prononçant ce mot que mon regard a croisé celui de … ma mère, au milieu du public, que je n'avais pas remarqué depuis le début du show. J'ai terminé mon couplet en laissant un blanc à la place de chaque vulgarité, dans le plus pur style des sons de NWA censurés sur MTV. Sans cet évènement, j'aurais peut-être persévéré dans le rap, et je serais aujourd'hui membre de L'Entourage. Conclusion : merci maman, tu m'as sauvé la vie.

Genono, Contributeur
Genono sur Noisey | Adrien sur Twitter


PARIS, 2013
En 2013, j'ai ressenti un frisson d'excitation enfantine à l'ancien Salon, rue Ramey dans le 18ème arrondissement, une galerie pas très grande qui avait fait jouer cinq ou six groupes sous les auspices du label Eighteen Records : La Secte du Futur, Jessica93, Dame Blanche, Club Passion, et surtout T.I.T.S. dont c'était un des premiers concerts – et sans conteste le plus sauvage à ce jour. Dans 10m² chauffés à mille kelvins par un nombre de gens (bourrés) excédant quatre fois la jauge du truc, le groupe a plus ou moins enchaîné ses morceaux en essayant de survivre à la houle ; à un moment, le guitariste Baptiste a collé une droite énorme à un type dans son dos, par lassitude – le malheureux récipiendaire n'étant autre que Matthieu « Jackson » Coquille, du label Poliment, dont tout le monde s'accorde pourtant à dire qu'il est l'innocence même. Je crois que de mon côté, j'essayais de protéger l'autre guitariste, tout en maintenant un pied de micro et un ampli, en même temps que j'haranguais le groupe comme un sorcier vaudou, oubliant du même coup l'heure, l'endroit, et la raison de notre présence ici, et me confortant dans l'idée que la meilleure Fête de la Musique, c'est celle qui te fait oublier la Fête de la Musique.

Pierre Jouan, Contributeur
Pierre sur Noisey


BREST, 2008
Le Jardin Kennedy, ancien parc dont l'obscurité complice et les buissons mal taillés par les nuques-plates employées par la mairie ont abrité plus d'un rapport sexuel non protégé entre deux adultes (du même sexe). Théâtre d'une programmation culturelle parfaitement ingérable allant du fastcore de Thrashington D.C aux spectacles de stand up en darija (true story). Cette année là, l'évènement allait remporter haut la main la palme de Fête de la Musique la plus chaotique -et donc la meilleure- de ma vie. Je ne l'ai plus jamais fêtée depuis, c'est pour dire. Mais si je devais recommencer, les règles à suivre seraient simples :

- Filmer une copine qui se pisse dessus en plein coma éthylique.
- Refuser un joint, puis une latte, puis une taffe, puis une miette de shit au punk le plus misérable de toute la ville.
- Marcher deux kilomètres avec des Timberland trop petites de deux tailles pour sauver une autre copine d'agresseurs imaginaires. Perdre un carré de peau de 5x5cm sur chaque talon dans le processus. (Elle montera finalement dans la première caisse remplie d'inconnus qu'elle trouvera)
- S'endormir dans une position qui, théoriquement, ne permet pas de respirer. Survivre, gagner un nombre incalculable de points-respect dans le processus.
Le tout, en écoutant au volume maximum autorisé par le haut-parleur d'un Samsung S900 le chef d'œuvre techno/ska/grind/cirque de Mr. Bungle : « Ma Meeshka Mow Skwoz ». Je ne sais toujours pas comment j'ai fait pour connaître les paroles par cœur, mais la vérité c'est que le break est si beau que ni moi ni mes srabs ne pouvions nous empêcher de le hurler : « zoo ma mah manut mamoyugh / xi maa hea doo dauy dohdoyugh / tszeettaa ba doa bau koyugh ! »

Donnie Ka, Contributeur
Donnie sur Noisey | Donnie sur Twitter


BREST, 2006
Y'a eu une Fête de Musique illégale dans un square à Brest qui était anciennement un square à pédés. Les flics ont trouvé que c'était sans doute naze mais c'était trop tard. Ils ont coupé le courant pendant Thrashington DC mais des milliers de personnes étaient déjà dans le parc, du coup, baston générale des punks et des cailleras contre les keufs avec jets de bouteilles, de pierres et tout. Les mecs se faisaient tabasser à coups de matraques, et un pote a jeté une bière sur un keuf, s'est retrouvé maitrisé par terre et a été embarqué. Comme il avait déjà fait ça lors d'une manif et aussi saccagé un appart d'inconnus qui l'avaient insulté, il a été en zonze direct. Oi!

Raph Gordon, Contributeur
Raph sur Noisey


CHICAGO,1986

Il faisait beau, le ciel était couleur bleu jean, c'était ma dernière semaine de lycée et il était hors de question de passer une aussi belle journée enfermé. Je ne séchais pas les cours que pour moi, mon meilleur ami était peut-être la personne la plus stressée qui soit, et il avait vraiment besoin d'une journée pour souffler. C'était la dernière fois qu'on allait pouvoir le faire, il fallait que ça en vaille la peine. On a

emprunté

la Ferrari de son père pour aller chercher ma petite amie et passer la journée en ville. On est monté en haut de la plus haute tour, on s'est penché pour regarder dans le vide, on a mangé du foie, on est allé au musée, on s'est tenu la main devant un tableau de Seurat, on s'est embrassé sous des vitraux de Chagall. En sortant du musée on est tombé sur un défilé avec de la musique, des fanfares et des chars. Je suis monté sur l'un d'eux et j'ai chanté « Twist And Shout » avec cinq mille personnes. La vie bouge bien trop vite, et si on ne s'arrête pas de temps en temps, elle peut nous filer entre les doigts.

S.T. Roy, Contributeur
S.T. sur Noisey


PARIS, 201999

C'est loin des regards, au dernier étage d'un immeuble du XI arrondissement et dans certainement moins de 10m2 que j'ai passé ma meilleure Fête de la Musique. L'idée première était de faire comme tous les autres soirs, c'est-à-dire trop rien. Il faisait super chaud ce soir là, on était plein sud et on souffrait (certainement un signe des dieux qui, courroussés, nous rappelaient qu'il fallait célébrer le solstice d'été). Assommées par le soleil, on s'est mis à réécouter ce qui passait sur MCM quand on était mouflets, histoire de combler l'ennui. Un petit plaisir régressif. Mais c'est proche du délire dans cette chaleur de plomb et avec une frénésie rarement égalée que se sont enchaînés S Club 7, Hanson, Sophie Ellis Bextor, Vanessa Carlton et autres tubes qui nous avaient un jour touchés entre 1999 et 2005. Puis on a décidé de sortir. Et c'était peut-être une hallucination mais j'ai l'intime conviction que l'église évangéliste de la rue de la Roquette s'était transformée en discothèque ouverte, où des fidèles fêtaient Jésus à grands coups de Bee Gees.

Sarah Mandois, Stagiaire

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