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Bass Drum Of Death ne fait toujours pas de dubstep, ni de death metal

Le duo garage d'Oxford, Mississippi, nous a expliqué comment Grand Theft Auto a changé leur vie et pourquoi ils étaient prêts à vous offrir des exemplaires de leur nouvel album, Rip This.
27.11.14

2014 est une année à marquer d'une pierre blanche dans la carrière de Bass Drum Of Death. Déjà, ils ont réussi à dissiper le nuage de fumée qui les accompagnait sur chaque pochette d'album depuis 2011. Ensuite, un de leurs morceaux continue à apparaître sur la bande-son du jeu vidéo le plus aimé et le plus détesté de toute l'histoire des gens qui ne sortent pas de chez eux :

Grand Theft Auto

(ils en ont aussi quatre sur

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Forza Horizon 2

, mais, ça, tout le monde s'en branle). Et pour finir, ils ont fêté l'arrivée d'un nouveau membre, Len Clark, en sortant leur deuxième LP en deux ans :

Rip This

.

Ultra speed et bourré de fuzz, cet album est un mélange de sonorités

pas si paradoxales : des mélodies « Big Rock » pour quarterbacks d'un côté, et un punk crasseux, avec assez de potentiel pour déclencher une tuerie dans n'importe quel lycée du monde, de l'autre. Bizarrement, ils ont quand même réussi à y caler une piste acoustique.

Un disque qui place définitivement Bass Drum Of Death hors du Garage Game, qui semble de toute façon en perte de vitesse depuis quelques temps. Digne successeur de

GB City

et

Bass Drum Of Death

,

Rip This

donne successivement envie de danser la bave aux lèvres, conduire très vite, et mettre un coup de batte de base-ball dans votre télé. Même leur merch est un délire complet : cendriers, shooters en forme de douille (le truc pour les flingues hein, pas l'outil pour fumer de la weed)… Plus qu'intrigué, je suis parti à la rencontre de John Barrett et Len Clark, histoire d'en savoir un peu plus sur eux, mais je suis sorti de cette interview encore plus confus qu'en y arrivant.

Noisey : John, tu enregistres sous le nom Bass Drum Of Death depuis 2008. Tu rencontres toujours des gens qui viennent te voir en pensant que tu fais de la Drum & Bass ?
John Barrett : Oh, ouais. Tout le temps. Les gens me prennent soit pour un DJ dubstep, soit pour un groupe de death metal.

Ça te fait chier ?
Hm… Nan. Je trouve ça plutôt marrant. En plus, ils se ramènent à nos concerts, donc ils sont obligés d’écouter, même si ils se sentent super paumés.

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Quand t’as commencé, tu jouais chaque instrument tout seul. C’était par nécessité ou parce que tu voulais t’inspirer de mecs comme Hasil Adkins ou Joe Buck ?
Et Bob Log III aussi, ouais! J’ai commencé par délirer tout seul dans ma chambre avec une grosse caisse et une guitare. Je me suis dit : « Bon, ben j’ai moyen d’aller faire des concerts tout seul comme ça. C’est plutôt fastoche et la bière sera gratos » . C’était l’occasion de faire mon truc sans devoir me reposer sur quelqu’un d’autre… Et me pinter la tronche gratuitement. Et puis, quand j’étais jeune, tout le monde était à fond sur Nirvana, moi compris. C’était super motivant de pouvoir faire le même genre de trucs.
Len Clark : Perso, c’est venu un peu de la même manière. J’écoutais de la musique depuis toujours. Mais j’avais jamais eu spécialement envie d’en jouer avant d’entendre Nirvana. C'est surtout le jeu de batterie de Dave Grohl qui m'a marqué.

T’as vu le docu qu’il est en train de préparer, Sonic Highways ?
Ah ouais, la série sur HBO ? J’en ai vu une partie seulement. C’est pas ma tasse de thé. Mais ce qui est cool, c’est qu’il parle de mecs qui n’apparaissent généralement pas dans les médias.

Il a fait un épisode sur le Desert Rock récemment, beaucoup de gens ont crié au scandale parce que John Garcia et Brant Bjork n’étaient pas cités.
Oh, je suis sûr que c’est le cas à chaque ville qu’il visite dans ce show. Tu peux pas montrer tout le monde à chaque fois. J’ai l’impression que les gens ont beaucoup d’idées reçues sur ce que c’est de faire partie d’un groupe, et il joue un peu là-dessus. Et puis son film sur le studio Sound City était franchement pas mal.
John : En plus, il met en lumière des trucs que les spectateurs « lambda » ne connaissent pas forcément. Ceux qui écoutent énormément de musique vont se dire « rien de neuf sous le soleil » , mais bon…
Len : Peut-être qu’il galère pour attirer un nouveau public - ce qui est plutôt normal, vu le niveau de son groupe. Aussi bien, il va se mettre à bosser sur une émission CNN pour taper dans une tranche d’âge de 50/60 ans. J’en sais rien.
John : Putain, il écoute des trucs vraiment bizarres aussi. Comme le Zac Brown Band. Il est allé jusqu’à Nashville pour jouer de la batterie avec eux pendant la cérémonie des CMA Awards. Ces mecs ont un morceau qui s’appelle « Chicken Fried » , c’est vraiment surdébile. [Rires]

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Si quelqu’un vous demandait de tourner un documentaire, vous le feriez ?
On a tourné un mini-documentaire sur notre tournée en Février dernier. Un pote à nous est venu avec nous pour filmer. L’un de mes docus favoris est The Year Punk Broke. On voulait faire un truc un peu dans ce style, tu sais, avec des passages marrants en backstage ou dans le tour-bus, et aussi des séquences live. Ça fait une vingtaine de minutes. Vu que personne nous a demandé, on l’a fait nous-mêmes !

Et le deal avec Innovative Leisure, ça s’est passé comment ? C’est eux qui t’ont demandé de rejoindre leur roster ?
En gros, je suis pote avec Hanni El Khatib, on traînait ensemble à Los Angeles, il m’a demandé ce que je branlais. Je lui ai dit qu’on venait de finir un album et qu’on essayait de trouver un moyen de le sortir. Il me fait : « Ah. Ben j’ai un label, moi. Ramène-toi au bureau demain » . Voilà. [Rires]

Ils ont leur mot à dire sur votre processus de création ? Si je me pose la question, c’est parce que le son de votre dernier album est un peu plus propre que sur les deux premiers. Je me suis dit que c’était peut-être eux qui étaient responsables de ce changement. Ou bien c’était une progression naturelle ?
Nan, nan. C’est pour ça que j’aime ces mecs. Ils évitent de mettre le nez dans nos affaires, en termes d’enregistrement. Ils nous font confiance, ils savent qu’on va faire un truc qui nous plaît, qui va leur plaire aussi, et qu’ils pourront vendre - avec un peu de bol. J’ai fait les deux premiers albums tout seul avec un équipement vraiment pérave, j’avais pas envie de faire le même album encore et encore.

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Donc tu prévois pas un retour au son dégueulasse sur le prochain ?
Nan, je pense pas. Je crois qu’on fera ça dans un studio correct. Je veux trouver le temps d’expérimenter un peu plus, aussi. Sur Rip This , c’est que des prises live, guitare / batterie. Ça représente parfaitement ce qui se passe quand tu nous enfermes tous les deux dans une pièce avec des instruments de bonne qualité et que tu appuies sur le bouton « enregistrer » . Je dirais pas qu’utiliser un son clean a été une décision réfléchie, mais ça s’est fait naturellement. On voulait faire un disque de rock puissant, un truc façon Nevermind.

Quand est-ce que tu trouves le temps de composer dans tout ça ? J'ai l'impression que vous tournez non-stop depuis un ou deux ans.
On s’est démerdés pour faire quelques pauses. Je fais un peu gaffe, quand j’ai rien à faire je glisse assez vite dans la « chill zone » … J’ai tendance à me reposer sur mes lauriers. Ça m’est déjà arrivé pas mal de fois. J’enregistre, je sors l’album, je tourne, et j’ai à peine le temps de réaliser que je suischez moi, le cul posé dans mon canapé, en train de me demander ce que je dois faire. C’est chiant de devoir recommencer à zéro à chaque fois, donc maintenant, je m’organise pour mettre des idées sur papier, trouver des mélodies, histoire d’avoir une base de travail solide quand la tournée se termine.

Et physiquement, tu tiens le coup ? J’imagine que l’alcool et les drogues font partie intégrante de la vie que tu mènes.
Ouais, clairement! [Rires] Je me suis effondré sur scène à Madrid, après une tournée de treize semaines entre les USA et l’Europe. Si tu fais pas gaffe, tu te fais avoir facilement.
Len : Je crois que le truc le plus rude là-dedans, c’est le côté « irrégulier » . Tu bouffes jamais à la même heure - et c’est toujours de la merde - ton rythme de sommeil est complètement bousillé, tu peux dormir 13 heures une nuit et 3 la nuit suivante… C’est ça que je trouve dur à supporter, perso.
John : Hier, on a dormi jusqu’à midi. Aujourd’hui, on s’est levés à 7 heures pour prendre le train et venir jusqu’ici. Tu dois toujours réfléchir au moyen d’arriver à la ville suivante.

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Tu penses que vous allez durer longtemps comme ça ?
Ouais, je trouve que je suis déjà en meilleure forme qu’il y a quelque temps. Le secret, c’est d’arrêter de picoler au moins deux jours par semaine. [Rires]
Len : Moins tu bois, mieux ça va, en règle générale.
John : Je sais pas, je crois que je suis tellement habitué maintenant que je peux boire des verres et un ou deux shooters, aller me pieuter et être frais comme un gardon le lendemain. Mais si je bois dix shooters, que je mange pas, et que j’enquille des bières toute la nuit, je vais avoir envie de mourir le jour suivant. Il faut trouver le juste milieu pour pouvoir se marrer sans vomir ses tripes.

OK. Passons à la question la plus importante : ça fait quoi d’avoir l’un de tes morceaux dans la bande-son de GTA ?
[Rires] C’est super bizarre. Mais ça tue. J’étais en train d’y jouer il y a pas longtemps, et d’un coup, j’entends mon morceau. Et je me dis « Oh putain, c’est moi qui ait enregistré ce truc! Dans cette pièce ! » . C’est plutôt cool… Ils en ont vendu un trilliard de copies. Et même si il y a une tonne de morceaux dans ce jeu, en avoir un à moi dans le lot, c’est top. Généralement, on le joue en avant-dernier pendant les concerts. Aujourd’hui, j’ai l’impression que tout le monde le connaît. Et je suis à peu près sûr que c’est à cause de GTA.
Len : Beaucoup de gens m’ont dit avoir découvert le groupe grâce au jeu.
John : On est potes avec les mecs qui sont chargés de la musique chez Rockstar Games. J’ai travaillé avec eux sur d’autres projets, depuis.

Quel genre de projets ?
Euh, je sais pas trop si j’ai le droit d’en parler. Ils vont ressortir GTA V sur des consoles différentes. Je joue de la guitare sur un ou deux morceaux, en collaboration avec d’autres mecs. Mais ouais, ils sont ultra cools, et sont pas mal au courant de ce qui se passe dans l’underground. Ils savent ce qui est cool et ce qui ne l’est pas. Ils prennent la partie « playlist » de leurs jeux très au sérieux. L’un des mecs, Tony, était à notre premier concert à New York, après que notre premier album soit sorti. Ils étaient à fond sur nous depuis super longtemps. À chaque fois qu’on traîne avec eux, on se marre bien, on boit toujours un million de verres. Heureusement, c’est eux qui payent.

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Vous étiez branchés jeux vidéos au lycée ? Vous étiez des nerds ou des mecs populaires ?
Je jouais pas tant que ça, à vrai dire. Je faisais beaucoup de skate. Je jouais dans des groupes, je faisais du baseball… Un peu de tout. J’étais vachement plus hyperactif à l’époque que maintenant, ça c’est sûr.

T’aimerais bien bosser sur la bande-son d’un jeu Tony Hawk ?
Oh putain ouais, ça serait dingue. Ils en font toujours ?

Ben, j’imagine. Pourquoi il arrêterait ?
Bonne question. C’est de l’argent garanti. Je pense qu’on peut dire sans risque de se gourer que Tony Hawk ne déteste pas l’argent. [Rires] Tu sais quoi ? J’ai déjà skaté avec lui.

Sans déconner ?

Ouais, il faisait le

Tony Hawk’s Secret Skatepark Tour

, où lui et d’autres mecs se ramenaient dans un skatepark paumé sans prévenir. J’ai reçu un message d’un pote qui me disait : « Tu vas sûrement penser que je me fous de ta gueule, mais Tony Hawk et Andrew Reynolds sont au skatepark, là. Tu devrais peut-être te ramener » . Je me suis rué hors de chez moi, j’ai foncé jusqu’au skatepark, et effectivement, ils étaient là. Le concept était plutôt cool, c’était pas vraiment une démo - même si à chaque fois, ça virait à la démo assez vite, évidemment. Ils venaient pour skater parmi les locaux. À un moment, je m’apprêtais à faire mon run, et Tony Hawk se tenait juste à côté de moi. C’est pas le genre de truc qui arrive tous les jours.

Je voulais te demander un truc. Dans la vidéo de « Bad Reputation », il y a un gosse qui conduit une Dodge Challenger de 2013. C’est un hommage à la relation historique entre les caisses et le Rock ’n’ Roll ou vous aimez juste beaucoup les muscle cars ?
Euh, je dirais que ça tient plus de l’hommage. On a fait avec ce qu’on avait, aussi. À l’origine, le réalisateur voulait récupérer une Dodge des années 70, je crois.

Ouais, j’étais un peu déçu que vous fassiez exploser la maquette de la vieille Dodge et que la nouvelle soit intacte. Ça aurait dû être l’inverse.
Je suis carrément d’accord. Mais on manquait de budget et de temps. Cela dit, dans l’ensemble, je trouve que la vidéo fonctionne bien. Le truc marrant c’est que tout le monde pense que le gamin est une fille! Et que ça m’arrive tout le temps aussi. Quand je zone dans des magasins, les vendeurs viennent me voir : « Je peux vous aider mademoiselle ? » [Rires]

C’est quoi, la voiture de vos rêves ?
Len : Je suis pas spécialement à fond dans les voitures. Tant que ça s’allume et que ça m’emmène là où je veux aller, ça me va.
John : Je dirais une Mercedes SL de la fin des années 80.

C’est un choix bizarre pour un américain. En France, les vieilles Mercedes, c’est vraiment des caisses à la Derrick.
John : En fait, je cherche une voiture depuis un moment. Et je suis super obsédé par James Bond. Et cette caisse ressemble vaguement à un truc que James Bond conduirait, mais à un prix raisonnable. Evidemment, si je choisissais une voiture que James Bond a vraiment conduit, mon compte en banque cramerait sur place. Donc celle-là me brancherait bien. Et je peux toujours y ajouter un lance-roquettes ou un scanner à empreintes digitales si je veux… Un mini bar aussi, putain.

Si tout ça ne vous suffit pas, sachez qu'on vous fait gagner des vinyles de Rip This et des places pour le prochain concert parisien de Bass Drum Of Death, au Bus Palladium, le 3 décembre prochain, tout ça juste ici.