DEATH roule toujours pour Détroit

Ces mecs étaient punk avant tout le monde.

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25 Mars 2014, 10:45am

Photos - Maxime Chanet

DEATH est un groupe impossible : quelques années avant tout le monde, trois frères renoi de Détroit se mettent à faire du punk. Trop tôt, trop chelou, le trio n’intéresse personne et face à leur refus de changer de nom, aucune major ne veut les signer. La suite est classique : embrouilles, séparation du groupe, frontman qui décède, légende qui grossit sur un forum de nerds, un morceau incroyable qui finit par ressortir, un mec sort un documentaire sur leur story, et voilà... 40 ans après, ils obtiennent enfin succès et reconnaissance. Je les ai chopé après leur concert au Trabendo et avant la projection du documentaire A Band Called Death à la Gaîté Lyrique, pour causer vêtements, basket et Détroit.


Noisey : Hyper cool ces uniformes, là. Ça vient d’où ?
Bobby Hackney
: On bosse tous sur les sapes. Parfois c’est moi, parfois c’est Dannis, mais en gros, on se retrouve tous autour des idées et des concepts dont on parlait à l’époque, tous ces trucs qu’on voulait faire avec David [le leader du groupe, aujourd’hui décédé], le look qu’on voulait avoir… C’est un genre d’hommage, mais vise un peu ça mec : on vient de Détroit.
Bobby : Mais on est à Paris, on est obligé de parler mode.
Dannis Hackney : Quand on était plus jeunes, il y avait tous ces groupes sapés comme ça, on trouvait ça chanmé. Maintenant, on se marre trop à porter ce genre de sapes. C’est important d’avoir un bon style.

Tout le monde parle de vous aujourd'hui comme les premiers punks, ça casse un peu le cliché perfecto / épingle à nourrices / jeans déchirés.
Bobby
: Quand on a formé DEATH, le mot n’existait même pas. Mais quand on a commencé à entendre parler du mouvement punk, avec les Ramones, les Pistols, le Clash, on a tout de suite adoré tous ces groupes - et on les trouve toujours aussi géniaux. Mais les vestes, les chaînes et tout ça, c’est leur truc, c’est eux qui ont lancé ça… Peut-être qu’un jour, on va s’y mettre aussi.

C’est vrai que vous avez pas mal changé de style. Le truc le plus frappant, c’est que vous faisiez ce genre de musique avec des pantalons pattes d’eph, des coupes afro et des cols un peu trop larges…
Bobby
: Hahaha ouais mais qu’est ce que tu veux ? C’était comme ça que tout le monde se sapait. Il fallait avoir une putain de méga-afro à l’époque, et c’est une coupe qui est passée par le rock n roll aussi : Jimi Hendrix, Thin Lizzy, tout ça.

À vos débuts, vous saviez que vous faisiez une musique différente de toutes les autres ?
Bobby
: On se rendait compte qu’on faisait un truc que personne n’avait jamais entendu ou joué dans notre quartier, ouais ! On savait qu’on tenait un truc, c’est tout.
Dannis : On se disait qu’on faisait de la bonne musique, on avait un concept et on se rendait compte que c’était cool. Enfin, cool mais délicat aussi : on devait se tenir à notre concept et ça a pris des années avant que les gens commencent à trouver ça vraiment bien.
Bobby : Le truc, c’est qu’on faisait ce qu’on entendait, qu’on adorait le rock et voilà. On était juste un peu plus durs que les autres. En 69, on a commencé à être un vrai groupe et c’est l’année où Iggy Pop a balancé « 1969 », c’était déjà un putain de truc. Et ensuite Marvin Gaye a sorti « What’s Going On » et le son de la Motown a complètement changé. Y’a eu Woodstock aussi. Tout ça nous a vachement influencé. Évidemment, les MC5 étaient partout. On pouvait pas faire autrement.



Et quand la techno a débarqué à Détroit, j’imagine que vous avez dû ressentir un truc.
Bobby
: En fait, on n’a pas entendu parler de techno quand on était à Détroit, mais quand on revenait voir la famille et nos vieux potes. D’ailleurs, notre beau frère était DJ, et il était à fond là-dedans, il nous expliquait comment Détroit et la techno formaient un truc incroyable. On a trouvé ça cool, ouais.
Dannis : Ce qu’il faut savoir, c’est que Détroit restera toujours créative. On fait tous des trucs chanmés là-bas.
Bobby : Et tout ça, c’était des vraies scènes : la plupart des mecs de la Motown traçaient autour du Brewster.

Y’a aussi cette relation quasi-religieuse entre les gens de là-bas et la musique.
Bobby
: Dans notre quartier, tout le monde était hyper pieux, c’était genre l’Irlande, ou Liverpool, tu vois ? Des familles de prolo, qui vivent autour d’une paroisse et c’était à peu près tout. Notre père était prêtre, donc on était des fils de curé, ce qui signifiait qu’on était les pires gamins du quartier : on attendait de nous une vie hyper austère et pleine de trucs à ne surtout pas faire. Tu parles, on faisait tout l’inverse.

Dans le film, on vous voit débarquer à Burlington (Nouvelle-Angleterre) et poser des affiches méga belles, avec une typo gothique et tout. Qui les avait dessinées ?
Bobby
: Hahaha, ouais, ouais, c’était David. Elles étaient dingues hein ? C’était comme ça que David voulait montrer DEATH à Burlington. Mais bon, évidemment, ça n’a plu à personne et surtout pas à la police qui les a toutes arrachées avant de se pointer chez nous en nous disant : « on veut pas de gangs par chez nous ». On a essayé de leur expliquer qu’on était juste un groupe de musique et ils ont répondu « si vous espérez jouer chez nous, vous feriez mieux de changer de nom ».
Maintenant, on vit à Jericho, c’est juste à coté. À Burlington, t’as plus le droit de faire du bruit. Mais Jericho ou Burlington, on reste des mecs de Détroit : on adore les Pistons, les Tigers, les Lions. Dennis Rodman, Isiah Thomas… Ce sont nos putain de héros.

Dannis : Je me rappelle bien de cette année où les Pistons étaient en playoff, j’étais dans un resto à Burlington avec un maillot des Pistons, une tête de mort, des flammes et un ballon de basket, noir et orange. La serveuse m’a regardé, hyper inquiète, en me sortant : « vous savez, on est une ville tranquille ». Elle aussi pensait que j’étais un putain de membre de gang… À cette époque là, les Pistons en faisaient des tonnes, c’était les Bad Boys ultimes.

Bobby : Mais Détroit, c’est tout pour nous, c’est là d’où l’on vient. On peut pas nier ce qui s’y passe maintenant, c’est pas simple, mais t’en fais pas, ça revient. Et tu sais quoi ? L’année dernière, on a été invités par Metallica pour jouer à Détroit, t’imagines ? C’était fantastique, on était là « Quoi ?! Metallica nous veut ??? ».

Hahaha. Dernière question : vous avez déjà été en contact avec l’autre Death, le groupe de metal ?
Bobby
: On a parlé avec leur manager, il sait qu’on existe et tout, mais bon, ça s’arrête là.
Dannis : Ah si, si, on a un truc en commun avec eux : on a tous les deux perdu notre leader la même année… Je suis sûr que David doit trouver ça mortel !



Le documentaire de Mark Covino et Jeff Hewlett, A Band Called Death, sera diffusé à la Gaité Lyrique demain soir, et on vous fait gagner des places pour la projection ici.


Loïg Hascoat y sera, avec son sac à dos et sa combinaison à pois. Il est sur Twitter - @Loiig