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Cet article a été publié il y a plus de 5 ans
Noisey

Terminal Cheesecake sont prêts à tout bousiller comme si c'était 1989

Le secret le mieux gardé de ces 30 dernières années est de retour.

par Lelo Jimmy Batista
10 Avril 2014, 12:45pm


Terminal Cheesecake en 1990

Je me souviens très bien de la première fois où j'ai écouté Terminal Cheesecake, parce que c'est, techniquement, la seule fois où j'ai eu l'impression qu'une créature mi-homme mi-doberman était sortie des enceintes et s'était mis à lessiver la sol avec ma petite gueule. Pendant des années, Terminal Cheesecake a été -à égalité quasi-parfaite avec World Domination Enterprises- mon groupe préféré, celui dont j'écrivais le nom au Tippex sur mes fournitures scolaires, et dont je reproduisais le logo au marqueur sur des vieux t-shirts troués. Ils étaient plus méchants que Big Black, infiniment plus cools que Sonic Youth, tellement plus flippants que Dinosaur Jr, et les pochettes de leur disques défonçaient à 100 %.

Formé à Londres à la fin des années 80, Terminal Cheesecake a splitté en 1995 et s'est reformé, à la surprise générale, l'an dernier, pour une série de concerts qui, c'est assez rare pour être noté, n'avaient carrément pas l'air de faire pitié. À l'occasion de leur concert samedi au festival Sonic Protest, j'ai passé un coup de fil à Russell Smith, le guitariste du groupe, qui vit aujourd'hui en pleine campagne, près de Bordeaux, pour lui poser quelques questions sur la Toute-Puissance de Terminal Cheesecake, son passé au sein de MARRS et ses projets pour l'avenir.

Noisey : Dans quel contexte exactement as-tu formé Terminal Cheesecake ? Tu jouais avec MARRS et A.R. Kane juste avant, et MARRS avait eu un énorme hit avec « Pump Up The Volume ».
Russell Smith :
MARRS a été une expérience plutôt désagréable pour moi. On a eu beaucoup de succès, mais je ne supportais pas les à-côtés, les histoires de management, la pression continuelle... J’avais juste envie de jouer avec des potes, qu'on fasse un truc dans notre coin, juste pour nous, sans rien avoir à foutre de signer sur un label ou quoi. Je voulais aller vers quelque chose de plus spontané, plus naturel, moins poli. Juste pouvoir faire ce que j'avais envie de faire. Terminal Cheesecake s'est formé sur les cendres des Purple Things, un groupe de Londres qui venait de splitter. J’ai rejoint le chanteur et le batteur de ce groupe, un peu par hasard. On était sur la même longueur d’ondes, on voulait faire une musique extrême et intense, des concerts vraiment sauvages, et ça a donné Terminal Cheesecake. C’était aussi une réaction envers la musique de l’époque en Angleterre. Tous les bons groupes venaient des USA, il ne se passait pas grand chose en Angleterre. La house n’avait pas encore décollé, le rock était hyper chiant, c'était sinistre.

Votre premier EP, Bladdersack, sort sur Wiiija, dont c'est la toute première référence.
Wiiija a été créé par trois employés de Rough Trade, qu'on connaissait très bien, vu qu’on achetait tous nos disques là bas et qu'ils étaient fans de Purple Things. Un jour ils nous ont dit : « On pense démarrer un label », et j’ai juste répondu « Ok, cool ». Terminal Cheesecake n’existait pas vraiment, ça faisait à peine 6 mois qu’on jouait. Mais comme on était potes, on s'est lancés dans l’aventure avec eux.



Tu penses que Bladdersack a aidé à définir le son et l’identité de Wiiija ? Les premieres sorties du label étaient assez similaires.
J’aimerais pouvoir te répondre oui [Rires] Mais je pense qu’ils avaient dès le départ une idée bien précise de ce qu'ils voulaient faire. Ils bossaient à Rough Trade, c’était des types hyper au courant, assez pointus, et plutôt malins. Nous on a juste eu la chance d’être leurs potes et qu’ils aiment notre musique. Ils étaient à 100 % derrière nous, c’était génial. Rien à voir avec mon expérience sur 4AD avec MARRS. Agents, managers, gens habillés en noir, tu vois le truc ? Tous ces gens étaient vraiment trop cools pour moi.

Un truc qui a immédiatement frappé le public, hormis votre son très extrême, ce sont vos artworks. Ils étaient vraiment géniaux. Pour tout dire, j'ai acheté votre premier album, Johnny Town-Mouse, juste à cause de la pochette.
C’est Gary Boniface, notre chanteur de l'époque, qui a fait ces illustrations. Il avait pas mal d’idées et un style assez dingue. C’est vraiment dommage qu’il ne fasse plus rien, ses dessins étaient vraiment fous.

En 1989, vous sortez deux albums à quelques mois d'écart à peine, Johnny Town-Mouse, qui était une suite logique de Bladdersack, et V.C.L., qui marque déjà une grosse évolution, avec des morceaux mieux construits, plus accessibles.
L’enregistrement de V.C.L a été beaucoup plus cool, on avait plus de temps, du meilleur matos et surtout plus d’expérience. On a donc eu un son bien meilleur, peut être un peu plus propre. En tout cas, c’était un disque plus assuré, plus frontal.



Sur Angels In Pigtails, votre album suivant, votre son change complètement : le disque est beaucoup plus psychédélique, avec des influences garage, krautrock.
En fait, Terminal Cheesecake a splitté juste après V.C.L. Le groupe n’existait plus et, un soir, John Peel m'a appelé pour me demander de venir faire une Peel Session à la BBC. Et j’étais là, « euh... oui, ok, bien sûr. » Je veux dire, c’était John Peel, je ne pouvais pas refuser. Il avait entendu dire qu’on avait splitté. Je lui ai répondu « non, non, ce sont juste des rumeurs. » [Rires] Du coup, j’ai contacté mon pote Rudy de A.R. Kane qui avait son propre studio et je lui ai demandé : « Hey Rudy, est-ce que je peux enregistrer un truc pour John Peel dans ton studio ? Je n’ai plus de groupe, je peux pas aller à la BBC. » Joe, le batteur, avait décidé de faire autre chose, le bassiste avait des problèmes perso… Il faut dire que c’était difficile, on galérait pas mal avec les concerts, on était pas un groupe facile. On était prêt à tout laisser tomber et à passer à autre chose. Et c’est uniquement à cause de ce coup de fil de John Peel que Terminal Cheesecake a tenu le coup. On est allé enregistrer chez Rudy et ça a donné Angels In Pigtails. C’était juste Gary et moi, avec Gordon à la basse, et un batteur recruté pour l’occasion. Rudy a fait un boulot incroyable. On s’est vraiment amusés à faire ce disque.

C'est votre premier disque sur Pathological Records, le label de Kevin Martin [God, Ice, Techno Animal, The Bug]. Pourquoi avez-vous quitté Wiiija ?
Je ne sais pas vraiment, Kevin était dans un délire plus underground, et entre temps, Wiiija était devenu beaucoup plus gros, c’était un label indé qui marchait bien, avec Silverfish, Therapy?, Sun Carriage, Action Swingers. Ils auraient sans doute été ok pour continuer avec nous, mais Kevin Martin était un pote, il était motivé, alors on a voulu tenter le coup avec lui.

Pearlesque King Of The Jewmost, votre quatrième LP, est, là encore, totalement différent. C'est à mi-chemin entre du dub et du krautrock très radical. Au moment de sa sortie, en 1992, la scène noise de Camden était devenu un gros truc, et la techno s'était infiltré dans le mainstream avec The Orb, qui étaient numéro 1 des charts en Angleterre. Vous cherchiez à vous éloigner de tout ça ?
Probablement. Mais j'étais un peu plus en retrait sur ce disque. C'était surtout Gordon et Garry qui étaient responsables de cette nouvelle direction, ce sont eux qui ont mis en place ce type de sonorités, de production. Garry écoutait du dub tout le temps, c’était vraiment son truc. Gordon était, lui, très attentif à ce qu'il se faisait dans l'underground. Et comme ce sont deux types très portés sur la production, c’est parti de là. Ils ont expérimenté tout un tas de trucs, tout le nouveau matos de l’époque, avec des tonnes de delay, de reverb. Ils expérimentaient, essayaient de pousser le matos à bout, pour en sortir le son le plus lourd et puissant possible.



Avec le recul, je crois que mes deux disques préférés de Terminal Cheesecake sont les deux derniers, le EP Gâteau d'Espace et l'album King Of All Spaceheads. Sur ces deux disques, vous abandonnez totalement les schémas et les conventions liées aux groupes rock et vous vous dirigez vers quelque chose d'assez unique. Ce n'est pas vraiment de l'électronique, pas vraiment du dub, pas non plus du punk ou de la noise. C'est vraiment un truc à vous.
Oui, sur ces deux disques, le rock a totalement disparu, ce qui est assez dingue, quand tu reprends tout depuis le début, parce que nos premiers disques sont juste des superlatifs du rock : tout est hyper bruyant, hyper agressif. Sur Gâteau d'Espace et King Of All Spaceheads, on expérimentait à fond en studio, sans vraiment savoir ce qu'on faisait et c’était cool comme ça.

Mais le groupe s'est tout de même séparé peu de temps après.
Garry et Gordon voulaient vraiment aller plus loin dans le dub, et de manière plus traditionnelle, avec un vrai groupe, des cuivres. Moi j’avais envie d’essayer d’autres choses aussi de mon côté. Du coup le groupe s’est désagrégé de façon assez naturelle.

Tu as donc pu te consacrer à plein temps à Skullflower, avec qui tu jouais déjà en parallèle.
Oui, à partir du moment ou Terminal Cheesecake a commencé à se diriger vers le dub et à mettre les guitares de côté, j’ai rejoint Skullflower, tout simplement parce que j’avais besoin de bruit, de mur du son, d’énergie, un besoin que je ne pouvais plus assouvir avec Terminal Cheesecake. Là, avec Skullflower, c’était génial. Je veux dire, on était le groupe préféré de Justin Broadrick de Godflesh, donc on faisait un putain de raffut [Rires]. Je gérais les deux, et c’était très bien comme ça.



Quand as-tu finalement décidé de reformer Terminal Cheesecake ?
Je voulais le faire depuis très longtemps. J’ai contacté tout le monde, il y a deux ans environ. Gary était hésitant, surtout qu’il ne voulait pas jouer les vieux morceaux. Mais on a fait tellement de trucs cools, on s’est tellement amusés, et on est tellement contents de ce qu’on a fait... On a jamais été déçus par le moindre truc qu’on a sorti . Rien que le fait de voir le nom Terminal Cheesecake imprimé dans un magazine ou sur un flyer, ça me donne le sourire. C’est un super nom. Il ne ment pas sur la marchandise. [Rires] Et puis l'histoire s'est finie trop tôt. Il restait encore un chapitre ou deux à écrire avant de refermer le livre. Joe est venu passer des vacances chez moi, un été, et il m’a dit : "ok faisons le". Du coup, on a réussi à convaincre Gordon. Comme on n’avait plus de chanteur, on a demandé à Neil Martin, le chanteur du collectif Gnod, de Manchester, et à partir du moment ou il a accepté, on a lancé le truc.

Vous avez prévu d'enregistrer à nouveau ?
Définitivement, oui. C’est la prochaine étape.

Et vous allez rééditer vos disques précédents ? Moi, je m'en fous, je les ai à peu près tous, mais ils sont devenus assez difficiles à trouver et je suis sûr qu'il y a tout un nouveau public qui adorerait écouter ça.
Moi j’aimerais bien, mais tous ces trucs là, ça coûte de l’argent et on a un tout petit budget, alors on préfère l’investir dans un nouveau disque plutot que dans des rééditions. Mais on le fera sans doute un jour. On a les bandes, on a tout gardé, donc pourquoi pas ? Cela dit, ce n'est pas avec les concerts qu'on va se faire de la thune. C’est fou, c’est toujours aussi dur et aussi cher de monter des dates que dans les années 90. Mais ça vaut le coup. Ça vaut le coup de le faire.


Terminal Cheesecake jouera ce samedi à La Parole Errante, à Montreuil, avec Spectrometers, Action Beat et The Rebel, dans le cadre du festival Sonic Protest. On a évidemment des places à vous faire gagner ici.


Lelo Jimmy Batista est le rédacteur en chef de Noisey France. Son job consiste à attendre patiemment devant ses enceintes le retour des créatures mi-homme mi-doberman. Il est sur Twitter - @lelojbatista