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Beatking n'a pas besoin de coke, il est excité de nature

Le Dieu auto-proclamé des strip-clubs nous a balancé sa dernière mixtape en collaboration avec Gangsta Boo, soit le Texas à son meilleur.
17.10.14

C'est un jeudi plutôt normal à Atlanta et Beatking et moi sommes posés à un restaurant pas loin de l'aéroport. Il est là pour le A3C, le festival annuel de hip-hop, qui réunit toute la prochaine génération de rappeurs. Beaucoup de gens ici ont la dalle, mais aucun n'est plus affamé que Beatking. Déjà parce qu'il est sur le point de passer du statut de star texane au son calibré pour les strip-clubs à celui de futur pilier de l'éco-système hip-hop, grâce à sa nouvelle mixtape Underground Cassette Tape Music, réalisée en collaboration avec Gangsta Boo de Three 6 Mafia. Ensuite, parce que Beatking a besoin d'une dose de nourriture quotidienne qui surpasse de loin la mienne ou la vôtre. Au moment où je vous parle, il est d'ailleurs en train d'essayer de convaincre la serveuse d'échanger deux portions de légumes contre une troisième part de poisson.

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« Les parts sont énormes », dit la serveuse, une femme charmante d'une cinquantaine d'années.

« Tant mieux. Je suis énorme » lui répond Beatking, du tac au tac.

Ne vous méprenez pas : Beatking est super connu au Texas. En gros, dans la région, impossible de glisser un bifton dans le string d'une danseuse sans qu'elle soit en train de virevolter joyeusement au son des hymnes crasseux de celui qui s'est autoproclamé le « Dieu des Clubs ». En plus de ça, Beatking lui-même occupe physiquement un espace plutôt important, et il en est extrêmement fier. Sa carrure de joueur de la NFL va parfaitement avec sa musique, un mur de son spécialement conçu pour les rades de Houston. Beatking a déjà sorti deux volumes de sa mixtape Gangsta Stripper Music, ça veut tout dire. Beatking est également l'un des rappeurs les plus drôles et subtils que vous rencontrerez (il a récemment sorti un freestyle intitulé « Ebola ») même si son humour pince-sans-rire, mêlé au grondement de sa voix, risque de vous passer au-dessus de la tête au premier abord.

Alors que ses séries Club God et Gangsta Stripper Music se logeaient surtout au-dessous la ceinture, Underground Cassette Tape Music tient beaucoup plus du manifeste. La mixtape a été conçue comme une sorte d'hommage ultime à Three 6 Mafia, et la présence de Gangsta Boo dans l'équation floute encore plus la frontière entre simple référence et énorme révérence. Beatking est un producteur agile et versatile, et lorsqu'il récupère les beats bruts de décoffrage de mecs relativement inconnus aux Etas-Unis, comme Brodinski par exemple, ou de vieux classiques, il les transforme derechef en torrent de boue mortel, destiné à vous ensevelir sous son poids, d'où le titre de la tape. C'est de la musique à écouter sur les subwoofers de votre tire, dans votre engin Caterpillar ou même dans votre open-space pour faire chier vos collègues, et les poignarder métaphoriquement à l'aide de basses sans merci et de synthés menaçants.

UCTM compte aussi certains des meilleurs lyrics de Beatking et de Gangsta Boo. Gangsta est tellement en feu sur cette mixtape que tout le monde va probablement oublier son récent LP sorti avec La Chat, Witch, qui défonçait tout autant. Malgré toute la fange qui coule de ces morceaux, on sent que les deux sont super heureux d'enregistrer ensemble. « Je suis aussi motivé qu'en 1999 » m'a avoué Beatking.

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Noisey : Parle-moi un peu du concept de cette nouvelle mixtape.​
Beatking : Déjà, Gangsta Boo est ma rappeuse favorite. Quand elle a évoqué l'idée qu'on fasse une mixtape ensemble, je lui ai répondu : « attends, je vérifie dans mon agenda si je suis libre… JE DÉCONNE, JE SUIS MÉGA CHAUD, ON COMMENCE QUAND ? » Ça m'a donné l'opportunité de faire des morceaux dans le style Dirty South, et d'avoir en plus un membre de Three 6 Mafia dessus. Elle m'a dit direct : « Il faut qu'ils soient bourrins. Un mélange du chopped & screwed de Houston mais qui représenterait Memphis aussi. Pas de conneries cul-cul, quoi. » J'ai grandi avec ces deux styles, donc je sais comment les mélanger. UCTM sonne comme les trucs que faisait Swisha House en 1999, ou DJ Screw à la même époque, voire même des trucs de DJ Paul et Lord Infamous genre Come 2 Hell With Me II, qui est sorti en 1995. Les beats sont super glauques. C'est probablement ma mixtape la plus sombre. En l'écoutant, tu piges direct d'où vient la trap music, quand personne ne l'appelait encore comme ça, et que c'était juste de la musique violente.

Écoutez Underground Cassette Tape Music, avec des featurings de Paul Wall, RiFF RAFF, Danny Brown, Daz Dillinger, 8Ball, OJ Da Juice Man et Lil Flip, sur le lien ci-dessous.

Tu ne bois pas et tu ne fumes pas, c'est exact ?
C'est chelou. Je suis dans un milieu ou c'est normal de le faire. Quand j'arrive dans une salle pour un concert, l'orga veut aussitôt me filer de la coke et du syrup, et je réponds toujours : « Nan, cimer. Je veux juste mon fric ». Bon, j'en fais la promo quand même. Je fais de la musique dédiée à la fête, donc mes fans sont toujours défoncés. Ils boivent du syrup, ils bouffent de la MD, ils prennent de la coke. Ils le font pendant mes concerts. Je les vois. Moi, j'en ai pas besoin, je suis excité de nature.

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Raconte-moi la fois où tu as été le plus excité de ta vie.​
Lors d'une convention automobile en 2011. Je suis carrément sorti de mon corps. J'étais pas du tout préparé à ce que 30 000 personnes scandent mes morceaux.

Tu conduis quel genre de caisse?
Un fourgon. Je suis un adulte.

J'ai l'impression qu'en dehors du Sud, les gens commencent à peine à te découvrir.
Je rappe depuis super longtemps, mais mon premier morceau qui a marché au niveau national était « Independent Bitches » de Candi Redd en 2009. L'année suivante, j'ai sorti « Crush » et c'est là que ma carrière en tant que Beatking a vraiment décollé. Avant ça, j'étais un énième rappeur de MySpace. Mec, j'aimais trop MySpace. Les gens s'enflammaient super rapidement. Quand tu uploadais un nouveau morceau, t'avais l'impression que t'allais exploser. Au début, je rappais avec le petit frère de Chamillionaire. J'ai balancé 2/3 trucs en solo, et ensuite, le track de Candi Redd est sorti. J'ai commencé à m'appeller «Club ». C'était ma marque de fabrique, je me le suis tellement répété que j'ai vraiment fini par y croire. Mais ça fait longtemps que je suis là et les gens commencent tout juste à le réaliser. Ils entendent « Ebola Freestyle » et se rendent compte que ça fait des années que je fais ça.

Tu fais des freestyles sur des memes Internet, pas vrai ?
Ouais.

T'en as fait un sur le chapeau ridicule de Pharrell ?
Nan [rires]. C'est pas assez craignos pour moi. Mais en vrai, ce chapeau fait partie de son personnage. C'est pas si con. Tu penses à Waka Flocka, tu penses à ses dreadlocks. Tu penses à Rick Ross, tu penses à sa barbe. Tu penses à Danny Brown, tu penses à ses chicots. Et Pharrell, c'est le chapeau.

Et toi, c'est quoi ton truc ?
Mon truc, c'est de faire 1m90 et d'être gros. Ça m'aide pas mal dans les clubs. Les DJs me voient et se disen t: « Il faut que je passe un track de ce mec, sinon il va me défoncer. » Drew Millard est sur Twitter, là où personne ne s'enflamme.