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The Soft Moon s'apprête à sortir son troisième album, « Deeper »

On a posé quelques questions à Luis Vasquez, mi-homme mi-corbeau, et il nous a filé le morceau le plus troublant de son disque en exclu.
9.3.15

Luis Vasquez, errant dans Berlin.

L’autre soir, je passais des mp3 de qualité médiocre dans un rade, comme tout journaliste en freelance qui tente de survivre. Par hardiesse ou manque d’inspiration, je ne sais plus vraiment, j’ai décidé de passer un morceau du dernier album de The Soft Moon. L’effet a été radical : le bar s’est littéralement vidé de ses occupants, partis un à un avec des airs vaguement atterrés. Un fiasco total résumé par le barman venu me voir juste après : « je crois que c’est un peu trop deep ». Le plus dommageable dans cette histoire, c’est que cet épisode se soit produit après avoir interviewé The Soft Moon, et que je n’ai donc pas pu solliciter son avis sur cette débâcle. Composé entre Venise, Oakland et Berlin, son troisième album, Deeper (un nom probablement inspiré par un barman dépité, donc), sort le 31 mars sur Captured Tracks, et il pourrait bien vous donner envie de rentrer avec le dernier métro pour broyer du noir sous votre couette, sueurs nocturnes et angoisses à la clé.

Noisey : Tu avais comparé ton premier album à l’enfance, et le deuxième à l’âge adulte. Du coup à quoi correspond Deeper ? À la mort ?
Luis Vasquez : Non, avec Deeper je suis encore dans l’âge adulte, mais dans une approche plus sage et apaisée du fait d’être adulte. Zeroes avait un aspect très énervé, écrire cet album m’avait aidé à sortir certaines choses qui n’allaient pas chez moi… mais ça n’avait rien arrangé, j’étais encore plus bizarre, agité et asocial. Avec Deeper, le boulot s’est fait de manière plus calme. Je comprends mieux mes émotions maintenant, plutôt que de les subir et d’être à leur merci, et j’arrive progressivement à bout de mes combats intérieurs. Je me sens en paix, et c’est une évolution qui me fait beaucoup de bien.

Il t’aura fallu pas loin d’un an pour faire cet album. C’est le temps nécessaire pour trouver la paix intérieure ?
On peut dire que ça été le cas pour moi oui. Déjà, j’avais vraiment besoin de m’isoler. Je suis incapable de composer en tournée, entouré de gens. Et pour cet albumn je ressentais vraiment le besoin d’être coupé de tout, d’être éloigné de chez moi et de mes habitudes. Ça collait bien avec l’idée que je me faisais de la composition d’un troisième album, loin de la pression que j’avais pu ressentir pour Zeroes. Un deuxième album, ça passe ou ça casse, ta carrière se confirme ou tout s’arrête, il y a une pression monstre. Là j’ai pu prendre mon temps, j’ai pris mes quartiers à Venise, c’était parfait. Je me levais le matin et j’avais l’impression d’être un écrivain maudit, il ne me manquait plus que la machine à écrire pour compléter le tableau.

Pourquoi Venise ?
Venise, c’est un peu du hasard. C’est surtout parce que je tenais à bosser avec le producteur Maurizio Baggio, et que son studio se trouve là-bas. Maurizio avait déjà été ingénieur du son pour The Soft Moon, on est devenus amis au fur et à mesure. Ca s’était super bien passé entre nous. Je venais avec les structures d’une chanson, et il me proposait d’y ajouter telle ou telle chose, des directions auxquelles je n’aurais pas pensé tout seul, mais 9 fois sur 10, ça collait, parce qu’il a compris où je voulais en venir. Ca m’a permis de déléguer un peu, et du coup de me concentrer sur d’autres aspects, comme le songwriting, auquel j’ai apporté plus d’importance que sur les albums précédents.

Quand tu n’étais pas à Venise, tu rentrais à Berlin où tu es désormais installé. Tu entames donc ta « phase Berlin »?
C’est indubitablement la ville qui m’a inspiré pour cet album. Il n’y a pas beaucoup de villes où je me sens bien, mais Berlin en fait partie. J’aime le contraste entre la laideur de l’architecture et la bonne humeur des gens qui y vivent. Je suis retourné chez moi à Oakland pendant quelques mois, j’étais content au départ, mais j’en ai rapidement eu marre. J’ai l’impression que rien ne change jamais là-bas. Berlin a une histoire compliquée, ça se sent et j’aime cet aspect.

(Photos : Dennis Shoenberg)

Tu avais promis que Zeroes était le dernier album de The Soft Moon que tu composerais seul, et que tu solliciterais désormais l’avis de tes petits camarades qui jouent en live avec toi…
C’est vrai, mais je me suis rendu compte que The Soft Moon est et sera toujours un projet personnel. Chaque morceau a un effet cathartique qui lui est propre, ça reste vraiment un moyen pour moi de coucher mes angoisses et éventuellement de m’en débarrasser. Le processus est toujours très douloureux, la plupart du temps quand je me colle à un morceau, je finis en pleurs…

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Et tu ne te vois pas vraiment pleurer devant tes potes, c’est ça ?
Haha, voilà. Je pense qu’ils se foutraient bien de ma gueule s’ils me voyaient comme ça.

À propos de copains, ça a du être une sacrée tranche de rigolade de faire un bout de tournée avec Depeche Mode, non ?
C’était génial ! C’est comme passer un cap, du moins c’est comme ça qu’on l’a ressenti avec les autres membres du groupe, et notre manager aussi. Toutes ces dates dans des salles d’au moins 20 000 personnes, c’est comme si on atteignait un but qu’on avait même pas eu le temps de se fixer, c’est un truc qu’on n’aurait pas pu imaginer avant.

C’est un truc qui te fait rêver, d’être toujours sur la route, la cinquantaine bien tapée ?

Bonne question… J’ai vraiment pas pour habitude de me projeter aussi loin, je sais vraiment pas où j’aimerais être à cet âge là. Encore en train de faire de la musique, très certainement, c’est la seule chose que j’aime. Mais les tournées, j’en suis pas sûr, c’est vraiment une expérience épuisante d’être continuellement sur scène.

Toujours au rayon « rêve de gosse », pour quelqu’un qui a grandi en Californie, ça t’a fait quel effet d’entendre « Die Life » dans une vidéo Thrasher ?
C’est marrant, j’avais reçu un mail qui me demandait l’autorisation d’utiliser le morceau, j’y avais répondu rapidement puis j’avais zappé. C’est justement un pote d’enfance avec qui je faisais du skate qui m’a appelé pour me dire que la vidéo était sortie. C’est cool, j’ai découvert plein de groupes en matant des vidéos de skate plus jeune, c’était vraiment un moyen de découvrir des groupes à l’époque. Donc avoir un de mes morceaux avec un type qui enchaîne des tricks, c’est un peu comme si la boucle était bouclée. The Soft Moon sera en tournée française dès le mois de mai :

16/05 - Lyon, Les Nuits Sonores
28/05 - Nantes, Indigènes Festival
31/05 - Nîmes, La Paloma
02/06 – Toulouse, Le Connexion
03/06 - Paris, La Maroquinerie
04/06 - Metz, Les Trinitaires

Diane pleure sur Twitter.