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Le guide Noisey de la musique industrielle en uniforme

Death In June, Boyd Rice, Laibach, Whitehouse et tous leurs camarades bottés, classés de 1 à 13 sur l’échelle Vikernes de l’annulation de concert.
17 novembre 2014, 11:05am

Bas les masques !

Souvenez-vous, l'automne dernier. Les rares Death In June avaient prévu une tournée européenne de quelques dates qui passait par la France. Malheureusement pour eux et leurs fans, le groupe n'était clairement « PAS LE BIENVENU A PARIS », ni à Lyon, ni à Cognac et ni à l'Espace Léo Ferré de Brest (alors qu'ils n'ont pourtant jamais écrit une seule chanson qui discutait nos acquis sociaux). 35 ans après les premiers coups de marteau de Throbbing Gristle, cette déconfiture prouvait une fois de plus que le public alternatif français ne comprenait toujours rien à cette musique anti-Téléphone & Noir Désir.

Aussitôt, les débats ont repris. Et n'importe quel organe de presse y est allé de son papier (oui, n'importe lequel) malgré l'absence cruelle de positionnement des blogs mode sur le sujet, car le style voue aussi un culte à l'apparence. « Si Joy Division se reformait, interdirait t-on leur concert ? Doit-on boycotter Siouxsie, David Bowie, Slayer, Motorhead, Odd Future ou Nicki Minaj pour leur utilisation de l'imagerie nazie ? » Vaste débat qu'on laissera aux publications Camion Noir.

La musique industrielle (de l'EBM au martial industrial en passant par le power electronics) et plus particulièrement la scène néo-folk (vous le voulez comment votre folk, plutôt apocalyptique, dark ou païen ?), reprendront cette thématique WWII jusqu'à l'indigestion. Comme partout, les suiveurs mettront de côté tout le caractère ésotérique de l'entreprise pour ne cultiver que l'apparence martiale, bottes, brassards, tambours et compagnie, en se demandant s'ils devaient invoquer un troisième conflit mondial ou un retour païen à la nature.

Dans une autre société, ces groupes joueraient dans des galeries d'art. Dans la notre, ils sont sommés de se positionner et de tout expliquer, comme dans un film de Christopher Nolan. Leur musique cryptée ne passe pas. Certains sites se sont même dédiés à la traque de ces criminels de guerre musicaux. Les gens intelligents vont être de plus en plus minoritaires, paraît-il. Quoiqu'il en soit, Death In June a bien fini par jouer l'an dernier, devant un public lambda et dans une ambiance aussi paisible que politiquement correcte, qui plus est. Comme quoi. Mais la nuit est tombée, nous sommes à nouveau en novembre, il fait gris, sombre, froid dans les têtes, alors quoi de mieux qu'un guide de la musique industrielle en uniforme, classé de 1 à 13 sur l'échelle Vikernes de l'annulation de concert, pour patienter en attendant la fin du monde.

ALERTE DE NIVEAU 1 : THROBBING GRISTLE
L'utilisation artistique de vidéos tournées dans des camps de concentration, c'est eux. La pratique de sévices sexuels devant un public dégoûté et abasourdi, c'est eux. L'intrusion de la mode bottes et tenues militaires, c'est eux. Le portrait de Charles Manson sur les T-shirts, c'est eux. Le premier essai de musique binaire, bruitiste et britannique, c'est eux. L'electro-rock, c'est eux. Mais ne nous emballons pas. Depuis la métamorphose physique de Genesis P-Orrige, tout passe crème.

ALERTE DE NIVEAU 2 : LAIBACH
Il fut un temps où un mur géant séparait les bons des méchants. Un temps où ce groupe était banni dans son propre pays, la Slovénie. Ce mur de fer, Laibach a du gravir des montagnes d'incompréhension pour le franchir. Laibach a, depuis, réussi à devenir un groupe pop, tandis que les autres sont restés confinés à un public restreint et continuent de jouer dans des grottes ou des lieux secrets devant 50 mecs qui n'ont jamais acheté un vêtement de couleur vive de leur vie. La politique ? Ils en ont fait un jeu qu'ils ont manipulé au point qu'il soit désormais impossible à analyser. Rouge ? Brun ? Rouge-Brun ? Laibach n'a pas chanté le déclin de l'Occident mais l'a envahi pour le corrompre de l'intérieur. Seraient-ils les seuls et uniques vainqueurs dans toute cette mascarade ?

ALERTE DE NIVEAU 3 : FRONT 242 & NITZER EBB
Lorsqu'on choisit de devenir les darons d'un style de musique aussi ambivalent, sexuellement et politiquement, que l'EBM (Electronic Body Music), musique-machine martelée par un commando, il faut s'attendre à ce que des chauves musclés se pointent aux concerts. Voire même que certains tendent le bras en direction de la scène, et pas pour avoir un autographe. Nitzer Ebb avaient eu le même problème chez eux, en Angleterre. Front 242 en fit les frais lors d'un célèbre concert avorté à Nice, les organisateurs ne sachant plus où les situer, entre leurs roadies syndicalistes et leur public de skinheads. On pouvait lire alors dans les journaux : « Sont-ils néo-nazis ? Leurs textes sont-ils des slogans ? Quelles sont ces tenues de combat sur scène ? Pourquoi des lunettes ? Front 242 doit préciser publiquement son idéologie. » Pas de bol : c'est pile à cette époque que le groupe est devenu technoïdement inaudible.

ALERTE DE NIVEAU 4 : DAF
Gabi Delgado a toujours aimé choquer (dépêche-toi de choper le bouquin Dilapide Ta Jeunesse si ce n'est pas déjà fait). Un punk homosexuel fasciné par l'ordre, le leadership, les tenues de cuir et se laissant aller à une aversion sans limite à chacune de ses interventions, tout ça ne pouvait déboucher que sur une attitude industrielle qui allait perdurer. Whiteys With Attitude. Considérés comme de purs branleurs par leurs homologues punks, semant l'horreur parmi les hippies et les étudiants, les anti-Kraftwerk n'ont jamais contesté ce qu'on pouvait leur reprocher, jouant le jeu à fond, jusqu'à ne plus constituer qu'une entité. Un homo-duo qui répandrait l'amour à travers la haine.

ALERTE DE NIVEAU 5 : WHITEHOUSE
Avant d'accéder au statut d'intellectuel de la musique et d'inventer l'afro-noise, William Bennett, sortait des trucs du style « il faut se battre contre l'influence négroïde qui domine la musique actuelle ». Façon un poil maladroite de dire qu'il était plus branché par les vibes de Yoko Ono que par Johnny Clegg. Les concerts de Whitehouse déclenchaient plusieurs bagarres par morceau (il faut quand même préciser que leurs morceaux étaient méga-longs), et vu le caractère inaudible et violent du power electronics (un genre qu'ils ont inventé), le groupe n'avait aucune circonstance atténuante. L'association avec Peter Sotos dans les années 90 leur a collé une casserole de plus : une complaisance pour la pédophilie. Au point que Bennett dût s'en défendre sur son blog. Triste. Et on retrouva Sotos pas plus tard que l'année dernière dédicacer son dernier livre à Beaubourg. Les prophètes fous ne sont jamais là où l'on croit.

ALERTE DE NIVEAU 6 : THE GREY WOLVES
Les Grey Wolves sont typiquement le groupe qui existe pour faire chier. Le genre de mecs qui ont fait une croix indélébile sur le mot fun. Leur nom fout la merde d'entrée, même s'il n'a soit-disant rien à voir avec les Grey Wolves turcs, un groupe terroriste ultra-nationaliste qui aurait tuéquelque chose comme 700 personnes à la fin des années 70. Ces types de Manchester avaient le même projet : tuer par les oreilles, par les yeux et par les mots (le titre de leur album le plus célèbre : Catholic Priests Fuck Children), mener la guérilla culturelle avec comme camp de base le Death Pact International, prototype de l'open source. Ces ex-punks particulièrement barbares serviront de modèle à toute une scène power electronics d'obédience incorrecte, Genocide Organ en tête.

ALERTE DE NIVEAU 7 : NON & BOYD RICE
NON est l'homologue américain de Death In June. Ils étaient d'ailleurs hyper potes à une époque et ont même fait des disques ensemble dans les années 90, mais il semblerait que leur relation ne soit plus d'actualité. Boyd Rice a un truc en plus que Douglas Pearce [leader de Death In June_] : l'humour et l'ironie à l'américaine. Pearce provoque son public à l'anglaise, comme s'il tenait une tasse de thé entre ses deux doigts. Rice, lui, y va franchement et s'en tape, il a été glam, punk, a inventé la noise, il a toujours été contre tout et tout le monde (son seul point faible : les figurines tiki, qu'il collectionne). Oui, c'est un iconoclaste. Sa provocation s'est notamment traduite par des actions méga-lourdes (il s'est un jour pointé au Forum des Images déguisé en SS, sans problème) mais il est américain, hey, il peut tout se permettre ! Pour lui, la Seconde Guerre Mondiale est un truc sur lequel on peut plaisanter à tout va. Il matait _Stalag 13 quand il était gamin !

ALERTE DE NIVEAU 8 : SOL INVICTUS
Ennemi juré de Douglas Pearce, Tony Wakeford l'accuse notamment de s'être réapproprié tout le travail fourni par lui et Patrick Leagas dans la mouture originale de Death In June. Leagas a depuis monté Sixth Comm, dans un registre plus clubbing, mais clubbing camouflage, hein. Quant à Wakeford, il a masqué toute sa haine qu'il distille désormais en langage runique dans Sol Invictus, un projet acoustique harmonieux qui donne dans le méta-politique en tentant par exemple un commentaire musical sur des pages entières de Julius Evola. On lui a reproché son passé (et sa carte du National Front), qu'il a renié depuis longtemps. Adepte de magie et de cercles ésotériques, Tony a pris du poids et s'est laissé pousser le bouc (à défaut de cheveux).

ALERTE DE NIVEAU 9 : LES JOYAUX DE LA PRINCESSE & DERNIERE VOLONTE
J'en entends déjà certains hurler. Il fut un temps où le style défendu par Dernière Volonté était calqué sur celui qui avait rendu célèbre Les Joyaux de la Princesse à la fin des années 80 et au début des années 90 : du dark-ambient aussi trouble et troublant que Guillaume Canet en gendarme étrangleur. Puis, Geoffroy D. s'est un jour mis à chanter, s'est fait surnommer Etienne Dachau (on vous félicite pas les mecs) et à sortir des albums de pop élitiste, il faut bien le dire, méga-tubesques. Pendant ce temps-là, LDJLP sont restés dans l'underground. Reste la musique, aussi belle que dangereuse, et des cours d'histoire magistraux.

ALERTE DE NIVEAU 10 : DER BLUTHARSCH
Albin Julius, originaire d'Autriche (hum), était, avant sa cure de champignons hallucinogènes, la représentation la plus exacte de l'industriel martial. Une musique d'« ambiance » où l'on peut par exemple entendre marcher des soldats chaussés de solides bottes ferrées, comme si l'on y était, des cris de généraux haranguant les foules, des explosions, des vols de Stukas, le tout agrémenté de covers glorifiant l'art hélléno-romain. Albin a depuis transformé sa mixture vindicative en de douces complaintes psychédéliques. Il a même joué devant la villa de Curzio Malaparate à Capri, ce qui a fait, en passant, bien hurler les italiens. En revanche, on ne la fait pas au public français. No Blutharan !

ALERTE DE NIVEAU 11 : BLOOD AXIS
Ce pourrait être le petit frère de Boyd Rice sauf que Micky n'a pas hérité de la même bonhommie clownesque que son modèle. Son logo ? La croix des scouts d'Europe. On a vu plus virulent. Sa seule casserole consiste à avoir fait partie de l'Eglise de Satan. Michael Moynihan pose une question très simple : le satanisme est-il soluble dans le fascisme ? Il a tenté d'y répondre en rendant plusieurs fois visite à Charles Manson en prison (accompagné de Boyd Rice). Charlie les a ensuite traité de « petites tapettes de droite ». On ne saura malheureusement jamais ce qu'ils se sont dit au parloir. Moynihan est aussi l'auteur des Seigneurs du Chaos, sorti dans sa version originale en 1998, un livre qui a poussé des hordes d'ados en crise (hipsters compris) à se pencher sur le black metal. De Coup de Grâce à Slave State (que Moynihan envisageait « comme une combinaison de Skrewdriver et Throbbing Gristle » !!), la musique de Blood Axis a désormais trouvé son identité dans une forme néo-classique et grandiloquente. Inoffensif ? Comme une combinaison de Prokoviev et Psychic TV.

ALERTE DE NIVEAU 12 : DEATH IN JUNE
Durant toute sa carrière, Douglas Pearce a constamment nié toute implication politique, à droite comme à gauche. Son seul parti est arc-en-ciel. Face aux accusations, les défenseurs du vieux trimard de la néo-folk invoquent systématiquement son passé au sein de Crisis, formation punk revendiquée d'extrême gauche, qui l'immuniserait à priori de toute accusations rayon « bête immonde ». Les défonceurs, eux, pointent du doigt son symbolisme (il utilise la totenkopf, ok, mais tout simplement parce que C'EST LA MEILLEURE TÊTE DE MORT SUR TOUT LE MARCHÉ DE LA TÊTE DE MORT) et son album Brown Book (où il adapte un hymne de la Waffen SS - mais après tout, les mecs avaient suffisamment de goût pour se saper en Hugo Boss, il est donc tout à fait possible qu'ils aient composé une ou deux jams potables, non ?). On ne sait pas ce que la branchouille invoque en l'écoutant par contre. Bref, tout le monde attend qu'il fasse son coming-out nazi mais lui préfère poser nu sur des sites pour hommes matures et booker des dates à Tel-Aviv. Douglas n'est qu'un vieil anglais triste, laissez-le tranquille, par pitié.

ALERTE DE NIVEAU 13 : BURZUM
Avez-vous vraiment besoin d'un rappel concernant Louis Cachet (alias Kristian Vikernes) ?

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