Tour de France

Tour De France : Nice

De Agressor à Priscilla en passant par les Dum Dum Boys, Non !, Rancœur, Corpus Delicti et Jean-Luc Verna.

par Daniel Chetman
05 Janvier 2016, 8:45am

Parce qu'à l'époque où les supermarchés vendent des bananes en sachet individuel, il est important de renouer avec ses valeurs et ses racines, nous avons proposé à des contributeurs Noisey et des invités de nous présenter une playlist exclusivement constituée d'artistes de leur ville d'origine, dans le cadre d'une rubrique intelligemment baptisée « Tour de France ». Après Bayonne, La Rochelle, Reims, Brest, Lyon, Tours, Poitiers, Rouen, Bordeaux, Toulon, Pau, Angers, Montréal, Le Mans, La Réunion, Rennes, Malestroit, Limoges et Fontainebleau, voici Nice, présenté par notre contributeur Daniel Chetman.

AGRESSOR

À Nice, dans les années 80, le samedi après-midi, on va chez Hit Import, rue Gioffredo, acheter des bootlegs de Slayer, des clous vendus à l'unité et un pack de TDK C-90. On fume une clope au comptoir en écoutant religieusement le dernier Mercyful Fate. Dehors, on commente les articles d'Enfer Magazine, une canette de Kro à la main.

Parfois, on croise Alex d'Agressor, T-shirt Possessed, ceinture cartouchière et cheveux plus longs encore que tous les mecs qui ont déjà les cheveux longs. On se dit qu'on a de la chance car le mec est un super guitariste et son groupe va probablement devenir un gros truc. À l'époque, Alex reçoit Euronymous et Necrobutcher dans la maison de ses parents à Antibes, mais on ne sait pas encore qui sont ces Norvégiens bizarres.


Metallica en dédicace à Hit Import.

Agressor, c'était le groupe en avance, les pionniers du death metal hexagonal, les premiers français à signer sur Noise Records aux côtés de Kreator, Voïvod, Celtic Frost, etc. Leur premier album, Neverending Destiny, est un condensé hyper-efficace de thrash, de death et de black metal. Un putain de classique. Ensuite, il y a eu des changements de line-up (beaucoup), des changements de label, des inspirations heroic fantasy et des albums un peu moins convaincants. Quand le groupe se stabilise enfin, c'est trop tard, d'autres sont arrivés entre-temps. La scène death black est à son apogée et Agressor, un de ses pères fondateurs, ne profitera jamais vraiment du succès qu'il méritait.

DUM DUM BOYS

Au départ (1985), il y a une passion commune pour les Stooges et Suicide, une TR808 et du fuzz. Beaucoup de fuzz. Il y a aussi un amour immodéré pour Elvis, les pantalons serrés et les boots pointues. Les Dum Dum Boys (qu'on prendra soin de ne pas confondre avec leur pales homonymes norvégiens) c'est la classe trash, des concerts hypnotiques, noyés sous les stroboscopes, et une poignée de hits vicieux enregistrés à la maison sur un 4 pistes à cassette. Trop trash pour les rockers, trop expérimental pour le public garage, le groupe devra se contenter d'un succès d'estime, de labels foireux, de quelques rares concerts et d'une apparition dans un film porno (Pornovista, dont ils composent la musique en 1995).

Mais il est fort probable qu'ils en aient rien à foutre…

You can do the Twist or the Mashed Potato
You can do the Jerk or the Watusi
The Cha cha cha, the Hully Gully
Do anything you want but you gotta dance
Dance motherfucker dance

RANCŒUR

Plus au nord, c'est Grasse. Et on sent tout de suite que les nouveaux courants musicaux ont eu du mal à parcourir les 20 km qui séparent la ville des clubs du bord de mer. L'air qui descend des montagnes est plus vif, les hommes plus enclins à des activités viriles comme le tiercé, la chasse ou le racket. C'est dans ce contexte tendu qu'évolue au milieu des années 80 le gang des Sarmates. Des bikers sauvages au look irréprochable. On raconte que certaines nuits ils se battent à la hache sur le parking d'une boite de nuit, sur les collines. Des joutes barbares sur fond de motos, de hard 70's et de blues-rock.

Rocky, le chef des Sarmates a un groupe : Rancœur. Ces derniers rencontrent un certain succès sur les scènes de la région et tout le monde s'accorde à dire que leur blues-rock (un croisement entre ZZ Top et Eddy Mitchell) et la présence charismatique de leur chanteur pourraient les mener loin. Rancœur sortira trois 45-tours. Leur premier album ne verra jamais le jour : un coup de gourdin asséné sur la tête de Rocky par un membre de son propre gang au cours d'une violente altercation mettra fin à l'aventure du plus célèbre groupe grassois après (avant) COBRA.

NON !

Difficile pour parler de NON ! (side project de Didier Balducci des Dum Dum Boys) de faire mieux que leur présentation officielle :

NON ! tente de réconcilier le nihilisme et le dancefloor (mais étaient-ils réellement fâchés ?)
NON ! pense que l'electro n'est pas réservé qu'aux DJs chauves qui se cachent derrière leur iMac.
NON ! pense que le rock'n'roll n'est pas encore condamné à n'être que la bande-son du Musée Grévin.
NON ! pense que les 13th Floor Elevators sont plus electropunk que Peaches et que Ash Ra Tempel est plus rock'n'roll que les Libertines.
NON ! ne fait pas partie de la France qui se lève tôt.
NON ! ne sort de son lit que pour mieux jouir du plaisir d'y retourner.
NON ! fait de la musique aussi pour ne pas travailler. Du coup, NON ! n'a pas trop envie non plus de travailler sa musique.
NON ! est pour les quotas et souhaite qu'il y ait 0 % de chanson française.
NON ! crache sur la tombe des chanteurs morts et crache à la gueule de ceux qui vivent encore.
Parti de rien pour arriver nulle part, NON ! ne doit rien à personne.
NON ! a passé l'âge de la révolte mais n'a pas encore atteint celui de la résignation.
NON ! refuse la facilité et refuse également la complication.
NON ! essaie de jouer la musique du futur avec le son du passé et la musique du passé avec le son du futur.
NON ! préfère copier le logo de Neu! que d'en faire un encore moins original avec Photoshop.

Quelle que soit votre question, la réponse est NON !

XYZ

Encore un projet de Balducci sur son propre label, Mono-Tone, cette fois avec Ian Svenonious (oui, le type de Nation of Ulysses, The Make-Up et Chain and The Gang).

CORPUS DELICTI

Il y a deux catégories dans lesquelles la capitale azuréenne a toujours été imbattable : le rock identitaire et la new wave. Corpus Delicti, que l'on pourra d'un simple coup d'œil classer dans la deuxième, a été un acteur majeur de ce que les spécialistes appellent la seconde vague du gothic rock. Qu'on aime ou pas, on reconnaîtra à Corpus Delicti le mérite de nous avoir donné l'impression qu'il se passait à l'époque quelque chose de sérieux à Nice. Et puis combien de groupes par ici peuvent se vanter d'avoir une bio de 422 pages chez Camion Blanc ?

JEAN-LUC VERNA

J'ai jamais trop bien compris ce qui se passait à la Villa Arson. Du moins, le jour. La nuit, il y avait souvent des fêtes (comprendre : 3 mecs genre batcave, très maigres, qui dansent sous les stroboscopes dans un hall en béton brut). On pouvait y croiser Jean-Luc Verna, pas encore autant tatoué mais déjà résolument au-delà de l'extravagance. Cette rencontre constituait généralement le moment fort de la soirée.

Verna a toujours aimé dessiner (ce qui l'a conduit dans les plus grandes galeries) mais a toujours considéré la musique comme l'essence même de son travail. Il multiplie depuis le début les concerts, performances, clips vidéo, en solo ou au sein de groupes plus ou moins éphémères. Parmi ces différents projets : 20th Century Boys, un EP de reprises sorti en 2006 avec les Dum Dum Boys ou plus récemment le punk-disco-new-wave-mais-quand-même-vachement-art-contemporain I Apologize.

DENTIST/PLAYBOYS

À Nice, on est en général d'accord sur deux choses : 1/ le rock a été inventé par les Chats Sauvages en 1961, 2/ le punk a été inventé par Dentist en 1977. 1979, après le départ de leur guitariste, Dentist devient les Playboys. Ils gardent les boots blanches et les pantalons en vinyle, achètent un Farfisa et convertissent leur punk en garage-rock, option Ferrer/Dutronc. C'est frais, c'est léger, ça fait le bonheur des conventions Mods et des marins anglais depuis plus de 30 ans.

DICK RIVERS

Dick Rivers a récemment déclaré dans Nice Matin, à propos de sa prochaine tournée : « ça va être rock'n'roll, ça va déménager. » Est-il vraiment nécessaire d'en dire plus ?

PRISCILLA BETTI

L'idée est de partager de la musique sur Noisey, brisant de cette façon le flux de tristes nouvelles et d'informations anxiogènes. On m'a attribué la lettre P et j'ai tout naturellement choisi Priscilla Betti. D'abord parce qu'avec une comédie musicale (Flashdance au Théâtre du Gymnase et en tournée dans toute la France) et un nouvel album signé, entre autres, Daniel Darc et Benjamin Biolay, la pétillante niçoise est plus que jamais au cœur de l'actu. Ensuite parce que « Teste-moi, déteste-moi » reste au final un hit power-funk plutôt agréable à écouter et surtout pas trop prise de tête. Si tu cliques sur « j'aime » je t'attribuerai une lettre et tu devras trouver un artiste, auteur ou groupe qui commence par cette lettre et le partager sur ton mur avec un texte.