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Les deux Soulwax ont joué les frères potards pour « Belgica »

Les frères Dewaele nous parlent du nouveau film de Felix Von Groeningen, qui sort aujourd'hui et pour lequel ils ont créé 16 groupes de toutes pièces.
1.3.16

C’est l’histoire de deux frangins belges qui s’associent par amour de la nuit et de la musique. Non, on ne vous parle pas des frères Dewaele, liés par leurs projets Soulwax et 2 Many DJ’s. Il s’agit du pitch de Belgica, cinquième film du réalisateur Felix Von Groeningen (La Merditude Des Choses, Alabama Monroe), en salles le 2 mars. Deux frangins, donc. L’aîné, excessif, fêtard et grande gueule, convainc son cadet plus posé de s’associer dans le club qu’ils montent à côté du bar que tient ce dernier. Dans ces deux rôles, l’impressionnant Tom Vermeir, chanteur du groupe A Brand, qui dégage dans cette histoire l’énergie version tornade qu’il a l’habitude de lâcher sur scène, là où Stef Alerts donne un contrepoint plein de retenue et de compassion fraternelle. Au-delà des déboires des deux apprentis patrons de boite et de leurs soucis au quotidien (sexe, drogues, et gestion du personnel), c’est la question de la musique pour transcender les différences que pose Von Groeningen, de l’utopie d’une arche de Noé musicale pour embarquer ses proches loin d’un monde gris et bas.

Ami de longue date avec les frères Dewaele, le réalisateur flamand les a mis à contribution pour bourrer de musique son film qui en consomme aussi vite que les futs à bière se vident derrière le comptoir. Au final, ce sont 16 groupes que les Dewaele ont formés dans des registres très variés pour la B.O. du film. Ils ont aussi pris en charge la composition et l’enregistrement de tous leurs titres, la création de thèmes spécifiques ainsi que le choix de quelques classiques pour illustrer l’histoire… Ça valait la peine car rarement un film n’a été aussi proche de la vérité du musicien et n’a autant sonné vrai, là où ces immersions casse-gueule d’une caméra dans une salle rock ou un club sont souvent le pilier pourri de ce genre de fantasme de cinéma. Oui mais comment les Dewaele sont-ils ressortis de cette folle aventure ? Noisey : Ma première réaction en voyant le film c’est de me dire que vous avez bien dû vous marrer en replongeant dans le rock comme au temps de Soulwax. Comment avez-vous imaginé le casting des artistes ?
Stephen Dewaele : Tout s’est mis en place quand Félix nous a expliqué l’histoire, ce bar qui devient un club. Il avait donc besoin de groupes qui jouent live, de DJ’s, et aussi d’une bande-son. Il ne savait pas si on ferait tout. En discutant avec David, on s’est dit qu’il fallait une cohérence entre ces trois éléments. Ensuite, en travaillant sur le scénario, Felix a écrit des scènes pour lesquelles il avait des demandes précises sur tel ou tel groupe : un truc de blues, un chanteur avec une guitare… Avec David, on a imaginé des groupes et dès que le scénario s’est un peu figé, on a commencé à trouver des musiciens. Quelques-uns, comme le chanteur des Shitz, est vraiment devenu un personnage du film et ce devait donc être un acteur capable de jouer live. On connaissait Boris Van Severen depuis longtemps et il jouait de la guitare. En revanche, on ne savait pas qu’il était comédien mais Felix le savait, on a eu de la chance.

David : Trouver les gens n’avait rien d’impossible. Le plus compliqué a plutôt été d’écrire la musique. Oui, car c’est donc vous qui avez tout écrit dans la BO ?
Stephen : On a écrit, répété avec les groupes, et on les a enregistrés live sur le tournage car il fallait que ça fasse vrai. C’est clair que c’est rare de voir un film aussi réaliste au niveau de toutes les scènes musicales.
Stephen : C’est le plus beau compliment qu’on puisse nous faire. Mais c’est la première chose qu’on a dit à Félix. Sur son film précédent, Alabama Monroe, les musiques ont été enregistrées avant de les filmer sur scène car c’est plus facile. Nous, on a insisté pour tout jouer en live car c’est un vrai plus pour créer une relation visuelle mais aussi auditive avec l’histoire. Felix nous a fait confiance et ça a entraîné une masse de boulot énorme. Son scénario s’appuie sur un fil rouge qui est la musique, c’est donc important que ce soit réussi. Vous connaissiez Felix depuis longtemps ?
Stephen : Oui, depuis plus de vingt ans, on a même fait la musique de son premier film, Steve + Sky. Avant, il était dans un collectif de théâtre avec deux autres de nos amis. Leur théâtre permettait à des jeunes de raconter des histoires sur scène et avec David, on jouait en DJ set après les spectacles. Et le bar de son père à Gand dont il s’est inspiré, vous le connaissiez ?
Stephen : Oui, on y a même joué avec Soulwax !

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David : Mais ce n’était pas la même salle, déjà parce que le club dans le film est fictif. Ce n’était pas le genre d’endroit où on sortait mais le bar existe encore, il s’appelle le Charlatan, un endroit très populaire à Gand. Il reste géré par les deux frères qui ont inspiré Félix.

Stephen : Félix s’est inspiré de ces deux frères et d’autres personnes qu’il connait pour les personnages. Le grand frère est une force de la nature mais à Gand, on en connait au moins trois comme lui. C’est ce qui nous a fait peur au début. Comment peux-tu raconter cette histoire à tous ceux qui ne connaissent pas Gand et en même temps, à tous ceux comme David et moi dont c’est la ville ? Dans la mesure où vous êtes frères et que vous travaillez ensemble, l’histoire vous a-t-elle particulièrement touchés ? Vous a-t-elle a renvoyés à votre propre relation de travail ?
David : C’est une question qui revient souvent mais je pense que cet aspect des deux frères était sûrement plus important pour Félix que pour nous. En lisant le scénario, ça ne faisait pas de différence pour nous qu’on soit frères. C’est l’histoire de ces deux-là qui importait, d’autant qu’on les connaissait aussi.

Stephen :

Mais c’est sûr que quand tu travailles comme ça à deux, même en cas d’explosion, ton frère reste ton frère. Et ça, on connait aussi tous les deux.

Récemment, vous avez plus officié en tant que 2 Many DJ’s que Soulwax, ça vous a fait du bien de revenir à l’écriture de chansons, qu’elles soient rock, électro ou autres ?

David :

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Le film nous a poussés à trouver les limites de ce qu’on peut faire dans notre studio.

Stephen : Et c’était parfait car nous n’avions jamais écrit de morceau de punk hardcore ni de titre avec des textes en turc. C’était des challenges plutôt cool. D’autant que l’idée de rester enfermés dans un genre est dure pour David et moi. Sans avoir sorti d’album ces dernières années, nous avons réalisé plein d’autres choses mais nous ne pourrions pas n’être que DJ, qu’un groupe de rock ou que des remixeurs. Le film nous a permis de tout faire. C’est la preuve que vous avez gardé une grande liberté dans votre travail, non ?
Stephen : Et ça reste nécessaire pour nous. Garder une seule activité nous ennuierait artistiquement. Le cinéma, c’est quelque chose qui vous excitait ?
David : Oui, d’ailleurs on est peut-être plus cinéphiles que Felix. Le cinéma, l’art, la littérature… Tout nous obsède. C’est pour ça que Belgica est important car c’est un exercice qui nous a forcés à chercher comment travailler pour le cinéma, ce dont on était capables, comment on se sentait.

Stephen : C’est une liberté rare d’être associés à un tel projet. Beaucoup d’amis qui travaillent pour des musiques pour Hollywood ne comprennent pas comment nous avons fait. À Hollywood, ce ne sont sûrement pas les mêmes budgets !
Stephen : Oui, mais avec plus de moyens, tu peux faire plus mais c’est un travail vraiment dur, y compris pour des réalisateurs indépendants. Alors que Felix nous a fait confiance.

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David : Il faut dire que ça a été un boulot de ouf pour nous. Vous vous sentez à l’aise dans le milieu du cinéma ? Les rapports sont parfois compliqués pour des compositeurs avec des réalisateurs, non ?
David : C’est aussi vrai dans la publicité… Ce qui est étonnant avec Felix, c’est qu’il estime qu’il n’a pas bon goût, il a même peur de dire ce qu’il aime en musique.

Stephen : On a fait deux interviews avec lui et c’est drôle car en même temps, il raconte qu’il écoute de la musique en voiture et que quand il tombe sur un truc qu’il aime, il n’écoute plus que ça.

David : Pareil pour le cinéma, quand il aime un film, il le regarde 10 000 fois. Alors que nous, on cherche partout, tout le temps. La musique est la base de notre existence, c’est notre vie, elle touche autant le cerveau que l’émotion. Alors que pour lui, elle ne se situe qu’au niveau de l’émotion, le cerveau ne compte pas du tout.

Stephen :

Et c’est ce qu’il a recherché dans le film.

Ça change des Français qui sont souvent dans l’analyse.

David :

Ça nous avait frappés avec 2 Many DJ’s. On a donné plein d’interviews en France pour notre compile

As Heard on Radio Soulwax Pt. 2

et on a été étonnés par les analyses des journalistes français. Ils ont trouvé des mondes qu’on n’avait jamais imaginés, on aurait cru que c’était un film de Woody Allen. Felix, lui, n’est pas du tout comme ça.

Dans le film, il y a quelques plages électro qui ne sont pas dans la BO, c’est aussi vous qui les avez composées ?

Stephen :

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Oui bien sûr, de même que le choix des deux originaux, « J’aime regarder les filles » de Patrick Coutin et « Kernkraft 400 »de Zombie Nation. On les a choisis car intemporels et emblématiques, comme

J’aime regarder les filles

qui est la passerelle parfaite entre un bar et un club. Quant au titre de Zombie Nation, c’est devenu l’hymne de La Gantoise, l’équipe de foot de Gand. Beaucoup de gens, quand ils font la fête à Gand, se mettent à le chanter. Zombie Nation est un vieil ami et il ne comprend pas pourquoi autant de gens se sont emparés de son morceau. Beaucoup ont dit que c’était à cause de nous, parce qu’on le jouait tout le temps. Pour les morceaux plus atmosphériques, on a cherché des musiques qui permettaient de passer des groupes à instruments, du blues par exemple, à une ambiance de DJ pour finir dans l’électronique.

Bien que très prenante, c’est une expérience que vous avez envie de renouveler ?

David :

Pas maintenant car c’était un boulot incroyable, mais un jour peut-être.

Qu’entends-tu par « boulot incroyable » ?

David :

Un an et demi au total avec trois derniers mois intenses. Il a fallu écrire les morceaux, trouver les gens, répéter, prévoir les musiques pour les scènes de club. Ensuite il a fallu composer les thèmes. Puis il y a eu le montage, le son, et faire un CD avec tous les morceaux dont il y a un extrait dans le film pour les enregistrer en entier.

Stephen : En plus, Felix a décidé d’utiliser au dernier moment certains morceaux qu’on a été obligés de réaliser dans la nuit. Vous n’avez quand même pas écrits plus de morceaux qu’il n’en fallait ?
Stephen : Ah si, on en a écrits bien plus que ceux de la BO, qui n’ont pas été utilisés ou qui ne sont pas finis. Heureusement que le cinéma paie bien !
David : Non, pas le cinéma indépendant.

Stephen :

On a aussi fait ça pour lui, c’est un ami. En tout cas, le film a été projeté trois fois au festival de Sundance et les réactions ont été incroyables. « J’ai jamais eu une émotion comme ça » nous a dit Felix.

Belgica sort aujourd'hui 2 mars partout en France. La B.O. du film sera disponible ce vendredi 4 mars chez [PIAS] Pascal Bertin envisage de déménager à Gand, il est sur Twitter.