Les Prophets of Rage sont prêts à mettre la planète à genoux

Le supergroupe formé par des membres de Rage Against The Machine, Cypress Hill et Public Enemy donnait son premier concert à Los Angeles lundi soir et nous y étions.
2.6.16

Donner son premier concert au légendaire club Whisky A Go Go, sur le Sunset Strip à Hollywood, était une manière étrange de démarrer le supergroupe Prophets of Rage. La salle, surtout connue pour sa programmation metal et son mode de booking (les groupes paient pour y jouer), ne semblait pas être le lieu approprié pour les premiers pas d'un groupe avec un pied dans le hip-hop et l'autre dans les revendications politiques. C'est pourtant sur cette scène, qui a assisté à l'avènement de gens comme Jim Morrison, que les membres de Rage Against The Machine, Public Enemy, et Cypress Hill qui composent Prophets Of Rage ont donné leur premier concert ce 31 mai 2016.

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Au cours des dernières semaines, des affiches mystérieuses dans les rues de L.A. et quelques infos éparses sur le net ont fait circuler ce nom, Prophets Of Rage, derrière lequel beaucoup ont commencé à voir une reformation de Rage Against The Machine, pile à temps pour la triste année électorale qui s'annonce outre-Atlantique. Mais le projet était en réalité tout autre : un supergroupe composé de membres de Rage Against the Machine (le guitariste Tom Morello, le batteur Brad Wilk et le bassiste Tim Commerford), Public Enemy (Chuck D) et Cypress Hill (B-Real) avec un objectif identique à celui de RATM au début des années 90 : faire suffisament de bruit pour que l'Amérique se réveille.

Les consignes de sécurité étaient strictes : aucun téléphone autorisé (ils étaient scellés à l'entrée dans une espèce de boîtier ridicule qui ressemblait à une cannette de bière), ce qui a obligé les 500 personnes amassées dans le club exigu à faire le deuil de leurs appareils pendant une grosse heure. Des posters frappés du hastag #MakeAmericaRageAgain couvraient la façade extérieure du bâtiment, les murs à l'intérieur, et la table de merch où étaient empilés divers articles moquant Donald Trump.

Après un warm up de DJ Lord, Prophets Of Rage a ouvert le bal par le morceau de Public Enemy « Prophets of Rage » (forcément), marquant le point de départ d'un monstrueux set de 75 minutes durant lesquelles le groupe jouera pas moins de 22 morceaux, piochant allègrement dans le répertoire de RATM, Public Enemy et Cypress Hill. Chuck D. et B-Real ont très vite rendu hommage au grand absent de la fête, Zack de la Rocha, le chanteur de Rage Against The Machine. B-Real a rappelé que lui et Chuck n'étaient là que pour « lui garder la place au chaud », et le leader de Public Enemy a ajouté : « le chanteur peut être en cage, mais pas ses mots. »

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La dernière performance de Rage Against The Machine avec son line-up d'origine remontait à juillet 2011, au Coliseum de L.A., à l'occasion de leur propre festival, le L.A. Rising. Ce soir-là, le groupe avait réussi à bonder une des plus grosses salles de la ville - 100 fois plus grosse que le Whisky A Go Go - pour jouer une sorte de best of pas très habité qui avait donné l'impression que les ex-agitateurs étaient désormais en bout de course. En 2016, à l'ère de Trump et du grand n'importe quoi, Tom Morello et sa bande semble avoir trouvé un nouveau souffle et une nouvelle raison d'exister, même si le contexte et la configuration sont désormais très différents.

Les reformations et les supergroupes sont généralement des entreprises risquées —souvent bien plus excitantes sur le papier que dans la réalité. Rage Against the Machine a toujours emprunté des éléments au hip-hop - influence qui a atteint son paroxysme sur leur album de reprises Renegades of Funk — leur implication avec deux rappeurs poids-lourds n'a donc rien de réellement surprenant.

Tout au long du set des Prophets Of Rage, les classiques de RATM comme « Guerrilla Radio », « Bombtrack » et « Know Your Enemy » se sont vus dynamités par Chuck D. et B-Real, haranguant un public sur-énergisé, qui aura également droit à « Bring the Noise », « Welcome to the Terrordome » et une version très particulière de « Fight the Power » incorporant des passages du « No Sleep to Brooklyn » des Beastie Boys, côté PE et un gros doublé « Shut Em Down » / « Rock Superstar » côté Cypress Hill.

« On aimerait dédicacer cette chanson à Donald Trump » s'est exclamé B-Real devant un public liquéfié avant d'introduire « The Party’s Over », seul morceau composé par le groupe pour ce concert. Un hymne politique furieux qui nous a donné un aperçu de ce qui allait nous rouler dessus ces prochains mois.

Le concert de Prophets of Rage s'est terminé par deux hymnes de RATM : « Bulls on Parade » et « Killing in the Name ». Les lumières se sont rallumés sur un public abasourdi qui, plutôt que de se précipiter à l'entrée pour récupérer son téléphone, s'est jeté sur les murs pour en décrocher les posters, attrapant tout ce qu'ils pouvaient choper au pasage. Pendant quelques minutes, ça a été le chaos total. L'inconnu et l'excitation qui entourent Prophets of Rage ne font en réalité que commencer. Suivez Daniel Kohn sur Twitter.