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Dâm-Funk et Snoop Dogg unissent leurs super-pouvoirs

Synth-funk, mots interdits, et amour du heavy metal.
10.12.13

Photos de Myles Pettengill Né à Pasadena en Californie, Dâm-Funk -de son vrai nom Damon G. Riddick- a passé plus de dix ans à faire de la musique dans sa chambre, enchaînant les jobs pourris pour survivre, avant que son funk mutant n'attire l’attention de Peanut Butter Wolf. La suite, on la connaît : une signature avec Stones Throw, et un album, Toeachizown, qui fera de Dâm-Funk un artiste mondialement reconnu et une référence absolue en matière de funk moderne. Dâm est aussi réputé pour sa qualité de selector. Il fait vraiment gaffe aux disques qu’il passe, et il crie les noms des morceaux comme un DJ à la radio, même lorsqu’il joue dans des clubs aux murs dégoulinants de sueur. C’est justement à un vernissage où il avait été invité pour passer des disques qu’il a croisé pour la première fois Snoop Dogg/Lion/Zilla. Bluffé par les choix musicaux de Dâm, Snoop a annulé ses plans et est resté dans la galerie où il a fini par connecter avec le producteur californien. Une rencontre qui débouche aujourd'hui sur un album, 7 Days of Funk, où Dâm et Snoop, après avoir, pendant des années, fait de la musique chacun de leur côté, à quelques blocks de distance, unissent enfin leurs super-pouvoirs

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J’ai appelé Dâm pour discuter de son travail avec Snoop, des mots que les blancs ne doivent pas prononcer, et de son amour pour le heavy metal.

Noisey : T’habites où en ce moment ?
Dâm-Funk: Je suis à l’Ouest de Los Angeles. Tu es parti pour plusieurs mois de promo, là.
Oui. On s’est investi à fond dans ce projet, ça va être cool. On a hâte de s'y mettre.

Tu peux me raconter ta rencontre avec Snoop ?

En fait, il était là pour soutenir son cousin Joe Cool, qui a réalisé la cover de

Doggystyle

. Joe exposait ses nouveaux travaux à la galerie HVW8, et j’avais été booké pour faire DJ le soir du vernissage. À la base, Snoop ne devait pas rester très longtemps, mais on m’a dit que pendant que j’étais aux platines, il écoutait attentivement, et il est resté. Il voulait voir quels disques de boogie et de funk j’allais jouer. J’avais mon synthé à l’épaule et il restait dans les parages, je le voyais dans un coin, alors je lui ai proposé de prendre le micro et il s’est mis à balancer des trucs. Il a continué un moment, il kiffait vraiment, et tout semblait très naturel. C'est parti de là. C’était en 2010.

Quand la collaboration a-t-elle réellement pris forme ?

Un peu avant l’été 2013. Il s’est pointé chez moi. Je bossais sur un remix pour Toro Y Moi ce jour-là, je venais d'éteindre mes machines pour me reposer un peu, quand il m’a appelé, vers dix heures du soir. « Mec, j’ai envie de passer te voir. » Je me suis dit, OK, je vais rebrancher mon matos, et j'ai commencé à ranger le studio, en me demandant avec combien de potes il allait débarquer, mais il est juste venu avec Joe Cool. On était donc trois dans la pièce. Joe Cool était assis dans un coin et dessinait sur un calepin. Et Snoop et moi avons commencé à essayer des trucs. Ça a débouché sur « Hit the Pavement ». Après ça, il s’est assis et m’a dit : « Mec, c’est vraiment magique, il faut qu’on concrétise ça, on va faire un EP. » J’ai répondu que j’en serais honoré, et on est parti là-dessus.

Vous faisiez tous les deux de la musique à la même période, mais j’imagine que vous fréquentiez deux univers différents à LA.

Il faisait son truc sur Death Row, je faisais le mien de mon côté… Je faisais de la musique dans ma chambre en bossant à côté pour payer mon loyer. Puis j’ai rencontré Peanut Butter Wolf via MySpace, et il m’a proposé un remix. Et ça m’a poussé à faire

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Toeachizown

. Je crois que Snoop y a jeté une oreille. En traînant avec lui, j'ai réalisé qu’il s'y connaissait vraiment en musique. C’est un mec très intelligent. Il connaît plein de styles différents et il suit ma musique depuis le début. C’est pour ça que je dis aux gens de faire gaffe sur Twitter ou Facebook quand ils racontent de la merde, qu'ils descendent des artistes, car, dans l'ombre, ces artistes suivent peut-être ce qu'ils font.

Tu as l'impression d'avoir dû batailler pour être où tu en es aujourd’hui ?

Oui. J’ai eu ma part de galère. On a souvent essayé de me faire changer de style, de façon plus ou moins directe. Et moi j’ai toujours été là : « Naaah », j’aime ce genre de musique. Je ne vais pas me mettre à faire de l’EDM pour la thune et les frissons. Je suis toujours resté fidèle à ce que je faisais.

Est-ce que d’autres personnes ont bossé autant que toi cette approche funk ?

Je ne crois pas que quelqu’un l’ai fait de manière aussi systématique, en tout cas. Je me saigne pour le funk.

Tu te saignes !

Je sais que beaucoup de monde a aujourd'hui foi dans le funk, mais il y a quelques années, personne ne voulait entendre parler de basses ronflantes, de synthés clinquants et de belles harmonies. J’étais un des seuls à porter le flambeau. Cette condescendance envers le synth-funk 80's m’a toujours un peu agacé. Je voyais tous ces types collectionner des 45 tours funk des années 60 et 70 aux prix exorbitants, et j’étais là : « Hey les mecs, et 1982 alors ? Le single des Hope Brothers ? Vous n’êtes pas branchés sur ce funk là ? Pourquoi vous passez pas un peu à autre chose ? Votre idée du funk est complètement dépassée. » Les trucs retro sont cool hein, mais les gamins des quartiers n’écoutaient pas ces trucs. Ça ne représentait rien pour eux. Ce que j’essaie de faire depuis des années c’est de montrer aux gens ce qui nous branchait vraiment : Slave, Change, One Way, Skyy, Prelude Records, Barry White. Un mélange de

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smoothness

et de sophistication. Le funk, ce n'est pas juste un truc qui fait [il prend une voix suave et racoleuse] « get up on it… »

Tu te souviens de l'époque où tu as commencé à t’intéresser à ce type de funk ?

Oui, j'ai vécu le truc de l’intérieur, dans mon quartier. Ma mère et moi on avait l’habitude d’attendre que notre morceau soit joué à la radio. C'était l'époque où les gens appelaient encore les stations de radio pour demander une chanson. Et le DJ disait « voici une requête de Damon, de Pasadena… » L’antithèse des radios automatisées où un programme te balance les mêmes dix morceaux toutes les heures.

Toi qui as connu l'époque précédente, tu t'y retrouves aujourd'hui dans les instruments digitaux, les logiciels ?

Je fais partie de la génération X, je suis à la fois

old school

et

new school

. Je me suis adapté, je travaille sur ordinateur.

Il y a une règle qui régit ta vie en tant qu'artiste et en tant que personne ?

Je suis intègre, je traite les gens comme j’aimerais qu’ils me traitent, je n’emmerde personne, et j’essaie d’agir le plus souvent en gentleman.

Tu es un vétéran dans la scène californienne. Tu penses quoi de tous cess nouveaux mecs, Kendrick Lamar, Tyler the Creator, etc ?

J’ai rencontré Tyler, on est devenu amis. J’ai eu une discussion avec lui, pour savoir si on pouvait laisser aux blancs le droit d'utiliser le mot « nigga ». Je lui ai donné mon avis et il m'a donné le sien. Je viens d’une génération où il était inimaginable de tolérer ça. Il y a une règle tacite qui interdit les autres cultures de l’utiliser. On employait ce mot pour nous désigner entre nous, ça avait un sens différent. Mais l'époque a changé, et aujourd'hui, un type en Inde peut te sortir « what's up nigga ? » sans que ça ne choque personne, même si ça me filera toujours un frisson un peu bizarre. Tyler dit que la nouvelle génération se fout de ce genre de trucs. Mais des gens se sont battus pour ça, des gens qui se sont fait attaqués par des chiens, qui se sont fait asperger par des canons à eau, qui étaient obligés de s'asseoir au fond du bus – ils ne seraient certainement pas très jouasses de voir que n’importe qui aujourd'hui utilise le mot « nigga ». Tyler pense qu'il faut désensibiliser le terme, ce que je comprends aussi. Après cette conversation, moi et Tyler sommes devenus proches. On parle de musique, on s’envoie des messages. C’est un mec très talentueux, il va aller loin, et je crois que j’ai placé une petite puce dans son oreille et qu’il se souviendra de ce dont on a parlé. Peut-être qu’un jour, à un rendez-vous, il se retrouvera nez-à-nez avec un blanc de 57 ans qui lui lancera « what's up nigga ? » et qu'il se demandera comment il doit réagir. Les gens grandissent. J’ai entièrement confiance en Tyler, il prendra la bonne décision.

Tu penses que vous allez collaborer tous les deux ?
On en a parlé, mais je veux garder ça secret pour l’instant. Je ne peux pas raccrocher avant de te demander si tu as vraiment joué du clavier pour Milli Vanilli…
Quand ils ont perdu leur récompense aux SNAFU awards, ils étaient vraiment déterminés à relancer leur carrière, en sortant un album digne de ce nom, avec de vrais producteurs. Parmi ces producteurs, il y avait Leon Sylvers, et je travaillais comme claviériste pour lui à l’époque. On a enregistré pas mal de choses à Reno mais ces types étaient plus occupés à autre chose, ils ne suivaient le truc que d'un oeil, alors à un moment je me suis tiré. Il reste des cassettes intéressantes de ces sessions, peut-être qu’un jour je les sortirai. Pour terminer, je sais que tu es un grand fan de metal, c’est quoi tes groupes préférés ?
Iron Maiden, Black Sabbath, Rush, Mötley Crüe. Le premier concert où je suis allé, c’était sur la tournée Creatures of the Night, Mötley Crüe ouvrait pour Kiss. J’étais qu'un gosse, et le public était rempli de bikers, tu vois le truc. Mötley Crüe était le groupe chaud du moment, et ce qui s’est passé, c’est que Kiss est arrivé et a littéralement défoncé Mötley Crüe. Une bonne leçon. La vieille école te démolira toujours si tu la testes. Il y a toujours eu un lien fort entre le funk et le metal. Je considère le funk et le metal comme les cousins dégénérés du rock et de la soul. Emma-Lee Moss croit toujours en Milli Vanilli. Elle est sur Twitter - @Emmy_The_Great Myles Pettengill est sur Tinder à Los Angeles et sur Instagram pour le reste du monde - @myles_standish