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Les Charlatans sont toujours à la recherche du soleil

Tim Burgess nous a parlé de sa quête pour sortir de la grisaille de Manchester et obtenir la coupe au bol parfaite.
5.3.15

Il est difficile de donner un âge à Tim Burgess. Déjà parce qu'il dissimule une bonne partie de son visage derrière d'épais cheveux blonds peroxydés et aussi parce que son groupe, The Charlatans, tient le pavé depuis plus de 25 ans. Ils ont sorti en janvier dernier Modern Nature, leur 12ème album et s'apprêtent à entamer une tournée anglaise, à guichets fermés (ça vous apprendra à respecter vos aînés). S'il ne nous a pas révélé le secret de sa jeunesse éternelle (vous pouvez lire son autobiographie,Telling Stories, à ce sujet), Tim Burgess a quand même accepté de nous prendre en route sur la voie express qui relie Los Angeles à Manchester, après un raccourci tortueux, celui qui le sépare de la coupe au bol parfaite.

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Noisey : The Charlatans existent depuis 25 ans et vous venez de sortir Modern Nature, votre 12ème album. C'est quoi le secret de cette longévité ?
Tim Burgess : Je ne sais pas vraiment ce qui nous fait durer depuis si longtemps, c'est difficile à expliquer. On y revient à chaque fois, tout simplement. On fait toujours une pause entre les albums, de deux ou trois ans, rarement plus. J'aime ce rythme, même si ce n'est pas toujours facile à tenir. La plupart du temps, c'est cool et tout se passe bien. Cette fois, on a attendu 5 ans avant d'enregistrer notre nouvel album. Vous avez toujours su évoluer. Vous étiez au coeur de mouvements comme Madchester ou la britpop, des courants qui ont disparus depuis. Mais vous, vous êtes restés.
On a toujours évité de suivre les tendances musicales et d'appartenir à un mouvement. Il faut savoir évoluer et rester pertinent d'année en année.

La série My Mad Fat Diary (diffusée sur la chaîne E4) a utilisé « One To Another », un de vos premiers tubes, pour son générique.
Ouais, Nico [Mirallegro] joue dedans. C'est également lui qu’on voit dans le clip de « Talking In Tones ».

Il est aussi dans Spike Island, le film sur le fameux concert des Stone Roses. Le faire jouer dans votre clip c'était aussi un clin d'œil à tout ce regain d'intérêt pour les 90’s ?
Quand on l'a rencontré on s'est dit que ce serait une bonne idée de le faire tourner dans notre clip. En fait, il joue mon rôle, plus jeune, sans pour autant être totalement moi. Il faut quand même signaler que je n'avais pas du tout cette coupe de cheveux à l'époque ! Donc c'est une sorte de version jeune de la personne que je suis aujourd'hui. C'est un peu bizarre, mais ça me semblait intéressant. Ça brouille les pistes.

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C'est une perruque ou vous lui avez vraiment teint les cheveux ?
Je ne peux pas te le dire. Il faut laisser planer le mystère.

Photo - Emilie Bailey Tu as toujours été assez expérimental avec tes cheveux. Aujourd'hui, ils sont blonds et au bol. Tu penses avoir atteint la coupe parfaite ?
J'adore les cheveux, j'aime bien faire n'importe quoi avec. J'étais très expérimental quand j'étais jeune mais je crois que j'ai trouvé ma zone de confort avec cette coupe. C'est ni trop long, ni trop court. En anglais, on appelle ça un dome head. Le chanteur des Pastels, Stephen Pastels, avait de loin la meilleure coupe au bol. En plus d'être mon modèle capillaire, c'est un type que j'admire vraiment. En 1985, j'habitais Manchester et j'étais à fond dans ce qui se faisait en Écosse, surtout leur scène indie pop. J'adorais le morceau « Baby Honey ».

Tu es né à Manchester mais tu as vécu longtemps à Los Angeles, c'est ça ?
J'ai habité Los Angeles pendant 12 ans, avant de retourner vivre à Londres.

Il faisait trop beau pour toi en Californie ?
Ouais, beaucoup trop de soleil et pas assez de pluie [Rires]. On a enregistré à Manchester et pourtant, Modern Nature est un album très solaire, bien qu’enregistré sous la pluie.

Justement, malgré les ambiances très douces du nouvel album et son esthétique « soleil », il y a quelque chose de brumeux.
Brumeux, c'est le terme exact.

Vous avez eu beaucoup de contributeurs dessus.
Oui, on a eu 3 batteurs différents sur l’album, Pete [Salisbury], le batteur de The Verve nous accompagne en tournée depuis quelques années. Il nous a rejoint au moment où Jon [Brookes] est tombé gravement malade, avant d'en mourir. Puisqu'on enregistrait un nouvel album, on s'est dit que c'était l'opportunité rêvée pour collaborer avec d'autres personnes. J'ai demandé à Stephen Morris de New Order, un de mes artistes préférés depuis toujours, s'il voulait nous rejoindre. Et il a accepté. J’étais super content. Gabe [Gurnsey] de Factory Floor a aussi accepté, c'est un excellent musicien. Il a un son typique de Madchester alors qu'il a 10 ans de moins que moi et a toujours vécu à Londres.

Être autant entouré pendant l'enregistrement, c'était aussi un moyen de combler le vide suite au décès de votre batteur ?
Deux des membres fondateurs du groupe ont disparu. Avoir autant de gens en studio ça nous a beaucoup aidé, c'était très positif. Modern Nature est un album optimiste. On a rencontré de nouvelles personnes, les gens passaient nous voir, prenaient le thé. Ça nous a aidé à sortir du brouillard. On a tout enregistré à Manchester mais on ne cherchait que le soleil.

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Ces dernières années, de nombreux groupes anglais se sont inspirés des scènes rave, garage, post-punk. Tu as été une sorte de parrain pour des groupes comme The Horrors ou Factory Floor.
J'ai toujours été très intéressé par ce qui se faisait de nouveau en musique. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai fondé mon propre label, O Genesis.

Le nom de ton label est une référence à Genesis P. Orridge ?
Peut-être bien ! Je suis un grand fan de Throbbing Gristle. Chris & Cosey sont des amis à moi, ils viennent d’ailleurs de boucler un remix pour mon projet solo.

Tu écoutes quoi en ce moment ?
Des groupes signés sur mon label, D_r_o_h_n_e et Hot Vestry. Sinon, j'ai adoré l'album Mean Love de Sinkane, un chanteur new-yorkais de modern soul signé chez DFA Records. C'est mon album préféré de 2014. Mis à part ça, j'ai bien aimé Pom Pom, le nouvel album d'Ariel Pink. Beaucoup de gens le trouvent débile mais moi j'aime bien, je trouve ça marrant.

Ouais, il me fait penser à Daniel Johnston, ils ont le même genre d'univers naïf.
J'aime beaucoup Daniel Johnston. Son dernier album a été enregistré par un de mes potes, Jason Falkner, qui a aussi joué avec Beck et R. Stevie Moore, tu sais, ce type qui a une soixantaine d'années, qui ressemble au Père Noël et qui a dû sortir environ 400 albums.

Ça t'a servi d'avoir des influences aussi variées ?
Ouais. On ne peut pas s'empêcher d'avoir des influences. Ce que tu écoutes déteint forcément sur toi. Ce qui est génial avec Modern Nature c'est qu'on n'a cherché en rien à recréer le passé ou à y faire référence. Pourtant c'est ce à quoi le public pouvait s'attendre puisque l'un d'entre nous a disparu. On ne voulait pas d'un album tourné vers le passé. Il faut aller de l'avant, cet album est nouveau du début à la fin, tant le chant que dans le traitement des voix. On a décidé d'enregistrer l'album entièrement ensemble, dans une même pièce. Notre premier album remonte à 1990, les choses ont beaucoup changé depuis. Modern Nature est sorti sur BMG le 26 janvier dernier.

Sarah Mandois est complètement dingue d'anglicité. Elle est sur Twitter.