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Music by VICE

Comment le chanteur de Napalm Death tente de faire libérer trois détenus condamnés à mort en Indonésie

Barney Greenway aurait pu se contenter d'avoir sorti un 15ème album magistral avec son groupe et de continuer à tout bousiller sur scène. Mais Barney Greenway n'est pas homme à se contenter facilement.

par Logan Dean Worrell
17 Février 2015, 2:45pm

Mark « Barney » Greenway a visiblement décidé de mettre rapidement les choses au clair avec 2015 : après avoir sorti Apex Predator - Easy Meat (un de ses meilleurs disques depuis facile 15 ans) et s'être lancé dans une tournée US de 30 dates aux côtés de Voivod, le chanteur de Napalm Death tente aujourd'hui de libérer une retraitée Britannique et deux Australiens emprisonnés en Indonésie, où ils ont étés condamnés à mort pour trafic de drogue. Fan avoué de Napalm Death, le président indonésien Joko Widodo a reçu au cours des dernières semaines plusieurs messages de Barney, parmi lesquels une lettre ouverte postée sur la page Facebook du groupe. Nous avons contacté Barney pour qu'il nous raconte les détails de cette histoire.

Noisey : OK, alors il se passe quoi au juste avec cette femme et ces deux Australiens ?
Mark « Barney » Greenway : Pour Lindsay Sandiford, je suis au courant depuis son arrestation. Je sais à quoi ressemble le système carcéral indonésien, donc ça m'a... en gros, j'ai commencé à flipper pour elle. J'ai donc commencé à suivre l'affaire, parce que c'est un sujet qui me touche particulièrement, je suis farouchement opposé à la peine de mort. J'avais déjà entendu parler du cas des deux Australiens mais très vite fait, je n'avais pas réussi à trouver énormément d'infos là-dessus.

Et il y a une dizaine de jours, un journal australien m'a contacté pour me donner des détails sur leur incarcération et me demander d'écrire une lettre au président indonésien qui est connu pour être un fan de Napalm Death et qu'on voit porter nos T-shirts sur certaines photos. En gros, les mecs se sont fait choper avec de l'héroïne dans leurs bagages et sont en prison depuis un petit moment déjà. Et il s'avère que, depuis qu'ils sont là, ils ont contribué à améliorer les conditions de vie des détenus, notamment en les soignant.

J'ai donc écrit cette lettre, qui disait en gros : « Je suis le chanteur de Napalm Death et visiblement tu aimes notre groupe. Et si tu as prêté un tant soit peu attention aux paroles, tu sais qu'on est farouchement opposés à toute forme de violence et de répression, qu'elle vienne d'un individu, d'un état ou de quoi que ce soit. Et la peine de mort est une forme de violence et de répression. » Le journal a publié la lettre et tout le monde s'est mis à en parler, ce qui est plutôt cool. Mais la situation reste délicate, car l'Indonésie n'est pas réputée pour être coulante là-dessus.

Donc, on est dans une situation compliquée. Mais en même temps, Joko Widodo, le nouveau président, a été élu parce qu'il était différent. Regarde l'Histoire récente de l'Indonésie, c'est déprimant. Dictature, génocide, persécution. On ne peut pas dire que ça respire l'espoir. Et puis ce type est arrivé. Tu lis tout un tas de trucs sur lui et tu commences à te dire : ok, peut être que cette fois-ci les choses vont enfin changer. Il a des idées progressistes, il se bat pour des causes justes. Alors il peut intervenir. Il doit intervenir.

Tu veux qu'ils soient relâchés ? Innocentés ?
Relâchés, innocentés... L'important, c'est qu'ils ne soient pas condamnés à mort.

Est-ce qu'il t'arrive parfois de remettre ta position sur la peine de mort en question ? Par exemple, il y a deux jours, chez moi, au Texas, un type a été exécuté. Il avait mis le feu à une maison et poignardé ses occupants, une femme et ses deux enfants. Il a fait 16 ans de prison, après quoi il a été relâché. Au bout de quelques heures seulement, il a tué une femme à coups de marteau et il a finalement été condamné à mort.
Pour moi, l'élément-clé de cette histoire, c'est : il a fait 16 ans de prison. 16 ans durant lesquels il n'a reçu aucun soin ni analyse adéquate. Le souci, ce ne sont pas les criminels, c'est le système pénitentiaire. Tu ne peux plus en sortir. Si on s'intéressait vraiment aux causes de tels actes, on trouverait des solutions. Mais on préfère la répression à tout prix. L'exécution de ce type a prouvé quoi ? Qu'il a passé 16 ans en prison aux frais du contribuable et que ces 16 années n'ont servi à rien, vu qu'il a recommencé à peine sorti. Il y a quand même quelque chose qui cloche, là, non ?

Tiens, un truc qui est arrivé chez moi, à Birmingham. Tu as ce type, qui est en gros atteint de schizophrénie paranoïde. Tout le monde le sait. Le type est suivi, reçoit des aides, vit en HLM. Pour faire des économies, la région décide de mettre fin aux aides auxquelles ce type avait droit. du jour au lendemain, le mec se retrouve littéralement à la rue, avec des feux d'artifice qui lui explosent dans la tête en permanence. Un jour, il traîne dans le centre-ville, chope une paire de ciseaux, rentre dans une boutique et agresse 5 personnes. Une de ces personnes meurt. Les médias se sont tous mis à déblatérer le même message : rétablissons la peine de mort. Mais qui est vraiment responsable ? Ce type ? Ou bien les gens qui ont décidé de ne plus lui verser d'aides alors qu'ils étaient au courant de la situation ? Le problème se situe bien en amont de la condamnation.

Ça te fait quoi de savoir qu'il y a, parmi les fans de ton groupe, des hommes politiques aux opinions très différentes des tiennes ?
Mon but, en tant que personne et avec Napalm Death, est de rassembler, pas de diviser. La politique divise par essence. Elle peut être radicale, consensuelle ou juste parfaitement inutile. Mais ce que je fais, ma musique, c'est là, à disposition, pour tout le monde, sans restrictions. A chacun d'y trouver ce qu'il veut. Et si le président indonésien aime notre musique, c'est génial. C'est la preuve qu'on a vraiment atteint notre objectif.

Ce que j'espère maintenant, c'est qu'il comprenne le message qu'on essaie de transmettre. Soyons clairs : la plupart des gens qui viennent nous voir en concert ont des opinions similaires aux notres, mais certaines personnes ne s'intéressent qu'à notre musique. Et c'est très bien comme ça. Je ne veux imposer mes idées à personne. Chacun doit faire son chemin. Je ne m'adresse pas à des moutons. Mais là, dans ce cas précis, j'aimerais vraiment que le message passe. Parce qu'il y a des vies humaines en jeu.

Si Joko Widodo libère les trois détenus uniquement à cause de ton intervention, ce sera une réussite incroyable, mais, qu'il faille en arriver là, ça peut aussi être assez déprimant, finalement.
L'important, c'est qu'ils soient libérés. Quoiqu'il arrive, Napalm Death et moi n'auront rien à voir là dedans. Là, ok, on en parle, c'est dans les médias et tout. On contribue un peu au truc. Mais notre rôle est insignifiant.

Si tu étais à leur place, tu préfererais quoi ? La prison à perpétuité dans les geôles indonésiennes ou le peloton d'exécution ?
Mon Dieu... Honnêtement, je choisirais la prison. Je sais que les conditions de détention sont atroces, mais si ces deux australiens, deux types lambda, des étudiants, ont réussi à s'y faire une place et à contribuer au bien-être des prisonniers, pourquoi pas ? C'est difficile à dire, mais ce serait l'option que je choisirais. Après, je suis contre la peine de mort mais pour la liberté de choix. Si quelqu'un préfère mettre fin à ses jours que de croupir en prison, c'est son droit le plus strict. Si cette solution n'est pas imposée par un état ou un gouvernement mais qu'elle résulte d'un choix personnel, ça ne me pose aucun problème.

Logan Worrell est sur Twitter.

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