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L'ancien leader de 2 Live Crew ne supporte plus de voir des culs dans les clips de rap

Luke Skyywalker a laissé tomber les rimes porno pour devenir un citoyen respectable et c'est très bien comme ça.

Au sommet de sa gloire, à la fin des années 80/début des années 90, 2 Live Crew était connu pour avoir popularisé le son Miami Bass mais aussi et surtout pour ses rimes pornographiques façon « Lick my ass up and down / Lick it til your tongue turn doo doo brown » (« C’mon Babe ») ou « I like the way you lick the champagne glass / It makes me wanna stick my dick in your ass » (« Pop That Pussy »). Et puis Tipper Gore et l’American Family Association ont décidé que le rap menaçait la jeunesse, et, du jour au lendemain, les membres du Crew sont devenus le groupe à abattre. Les organisations de défense de la famille envoyaient des gamins acheter les albums du groupe dans le seul but de pouvoir faire arrêter les disquaires qui les vendaient. L’industrie musicale a alors introduit sa fameuse étiquette noire et blanche Parental Advisory - Explicit Lyrics afin de se protéger contre toutes les plaintes et attaques générées par les paroles de 2 Live Crew et d'à peu près tout ce que la scène musicale comptait alors comme groupes un tant soit peu excitants.

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Le scandale fit évidemment une publicité monstre à 2 Live Crew qui est très vite devenu la valeur-étalon en matière de provocation musicale et de rap pour strip clubs -deux catégories dans lesquelles personne ne les a vraiment égalé depuis. Mais nous sommes désormais en 2014 et Luther Campbell, AKA Luke Skyywalker, jadis leader de 2 Live Crew, s’est rangé des voitures. Il vit toujours dans sa ville d’origine, Miami, où il est désormais homme d’affaires et chroniqueur. Et quand j’ai appris que Campbell allait donner une conférence sur le sexe et le hip-hop, je ne pouvais espérer autre chose qu’un truc sévèrement gratiné.

« Une discussion sur la sexualité et le hip-hop serait incomplète sans la participation de 2 Live Crew » annonçait le dossier de presse de l’événement, organisé à l’université de Dillard, Nouvelle-Orléans, une faculté où le président de l’école, Walter Kimbrough, propose un cours sur le sexe, le genre et l’éthique au sein du hip-hop. Le président Kimbrough n’a rien à voir avec votre directeur d'école lambda. Il tweete sous le nom @HipHopPrez, et il a ouvert le débat en chantant « Throw That D » d’une manière si smooth que Campbell n’a pas pu s’empêcher de lever une main en l’air pour témoigner son admiration.

« Les gens devenaient tarés dans les soirées où 2 Live Crew se pointait » lance Kimbrough à ses élèves. « Ça fait partie de mon expérience à la fac. On était choqués que des gens puissent dire des trucs comme ça. »

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Mais derrière la légende de 2 Live Crew se cache un second niveau de lecture : l’activisme politique. As Nasty As They Wanna Be sorti en 1989 fut le premier album jugé obscène par la loi. Le Crew finira d’ailleurs sur les bancs du tribunal, accusé pour avoir joué ses morceaux en public. Campbell s'est dressé face à la Cour Suprême et a fini par remporter l’affaire au terme d’un procès sans précédent.

« On était les parias de toute l’industrie. C’en est même arrivé à un point où on ne pouvait plus faire de tournées » se souvient Campbell. « Ice Cube et moi sommes devenus de bons amis parce qu’on se posait souvent tous les deux pour discuter du fait que les artistes new-yorkais nous ghettoïsaient. »

S’il fallait tout recommencer, admet Campbell, 2 Live Crew ne serait pas allé aussi loin. Il s’explique : « On a écrit quelques trucs vraiment dégueulasses que je ne peux pas cautionner. Les gars dépassaient parfois les limites. » L'ex-provocateur en chef a depuis mis pas mal d'ordre dans ses affaires. En 2011, il a même fait campagne pour devenir maire de Miami, sans succès.

« J’ai soumis ma candidature tout en sachant que je n'avais aucune chance de gagner » déclare Campbell. « La ville est à 70 % cubaine et peut-être à 30 % afro-américaine. » Il voulait simplement prouver une chose : que la notoriété qu’apporte le hip-hop est une voie vers le pouvoir, pas un obstacle.

« Birdman pourrait aller voir le maire dans la seconde pour lui demander de faire quelque chose pour sa communauté » poursuit Campbell, posant le co-fondateur de Cash Money Records en exemple. « Le maire de la Nouvelle-Orléans chierait dans son froc si Birdman déclarait ‘Je n’aime pas le maire, vous devez plutôt soutenir ce type.’ Il y a des tas de personnes qui ont voté pour Obama ici. Et beaucoup de jeunes de 18 ans avec une carte électorale, ce qui n’était pas le cas avant. Les artistes ont besoin de stimuler tous ces gens pour les faire revenir aux urnes. »

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Campbell croit beaucoup aux vertus sociales du hip-hop, mais il n'aime pas la façon dont les artistes actuels s'en servent. Pour lui, les grosses stars du moment ne sont que de pâles imitations de la vieille école. « Aujourd’hui, tout le monde chante sur le même beat. Tout le monde essaie de la jouer old-school » se plaint t-il. « Si tu mates un de nos clips : t’as du jet-ski, une fête dans une maison. Tu regardes une vidéo de Rick Ross, tu vois exactement la même chose. Est-ce qu’on était en avance sur notre époque ? Dans un certain sens, oui. Mais sérieux, quand est-ce que ces mecs vont arrêter de faire la fête dans des clubs ? »

Il n’a évidemment pas pu résister à la tentation de lancer une pique à Nicki Minaj. « Toutes les filles dans le hip-hop font des vidéos à poil maintenant. La seule différence, c'est qu'à l'époque, leur anatomie était certifiée authentique. »

Est-ce le boulot de Campbell de dire aux jeunes artistes quelle musique ils devraient faire ou ne pas faire ? Peut-être pas. Ok, l'exemple des jet-skis est irréfutable, mais l'argument ne vaut finalement guère mieux que ceux que peuvent balancer à longueur de journée ces vieux types se plaignant du manque de valeurs morales chez les jeunes. Et puis bon, ce n’est pas vraiment malin de tailler Nicki Minaj assis devant un écran géant où est écrit « sexe, genre et Premier Amendement. » De telles attitudes donnent raison à des morceaux comme « Anaconda ». 2 Live Crew ont mis quatre femmes en string sur la pochette de As Nasty As They Wanna Be et rappaient constamment sur le sexe. Ça a quelque chose de franchement ironique d’entendre aujourd’hui Luke Skyywalker demander aux rappeurs de voter et d’arrêter de se foutre à poil.

Campbell a dépensé deux millions de sa poche pour son procès en Cour Suprême. « Ce n’était pas une question d’argent » affirme t-il. « Il s’agissait de nos droits. Et de sauver le hip-hop. » Campbell n’est pas un politicien, il a juste remarqué que la politique était une manière plus efficace d’apporter des changements. L’an dernier, il a aidé un type à remporter l'élection du plus jeune commissionnaire de Miami. Sa tribune dans le Miami New Times couvre toutes sortes de sujets, de LeBron James aux conseils scolaires du comté.

Luther Campbell aurait pu devenir la star d’un nouveau groupe ou engranger des millions en produisant d’autres rappeurs comme l'a fait Dr. Dre. Son vieux pote Ice Cube est toujours dans le game et rappe avec ses deux fils aînés. Ce n’est pas difficile d’imaginer un monde où Campbell aurait endossé le rôle de Coolio, balançant des pubs sexuellement explicites sur PornHub. Je suis heureux de ne pas vivre dans ce monde. Voir un bad-boy de renom grandir a quelque chose de plutôt rassurant. Peut importe que ce soit ironique ou pas. Peu importe que ses vannes sur Nicki Minaj soient légitimes ou pas. Le mec a changé. Il est allé de l'avant. Il n'est pas resté prisonnier de son propre piège. Alors vous pouvez bien écouter tout les lyrics porno que vous voulez : vous vous en sortirez sûrement très bien à l'arrivée.

Anna Gaca est sur Twitter - @tweeasfuck