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Obituary est le groupe de death metal le plus relax de Floride

30 ans de carrière, 9 albums, un statut de groupe légendaire : ils n'ont plus aucune raison de stresser.
24.10.14

Si l'université du Death Metal existait, l'examen d'entrée serait un QCM obligatoire sur Obituary. Après 30 ans, un seul break (de 1997 à 2003) et bientôt 9 albums, les légendes de Tampa ne comptent pas dévier d'un poil de barbe de la ligne directrice qu'ils ont adopté en 1989, à savoir : jouer un death metal qui ressemble à s'y méprendre à une baston de rue. Depuis la sortie de Slowly We Rot, Obituary s'en sont tenus à une règle d'or : on ne change pas un riff qui gagne.

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Lors de leur méchant retour en force en 2005 (avec l'excellent Frozen In Time), Obituary ont été accueillis à bras ouverts par leurs fans loyaux - et par une nouvelle génération d'adeptes pour qui le groupe n'était jusqu'ici qu'une légende mentionnée dans chaque conversation sur l'histoire du death metal. À l'occasion de la sortie ce mois-ci d'Inked In Blood , leur très efficace 9ème LP, on a appelé le chanteur John Tardy, qui avait l'air surpris par la longévité de son groupe. Il nous a également affirmé (avec un accent floridien à couper au couteau) qu'il n'allait pas lâcher le death metal de sitôt, que les gens continuent à aimer Obituary ou pas.

Photo via Loudwire

Noisey : Quand tu repenses à la carrière d'Obituary, de la sortie de Slowly We Rot en 1989 à celle d'Inked In Blood ce mois-ci, est-ce que tu as l'impression d'avoir approché l'enregistrement de chaque album de la même manière, ou est-ce que tu as changé de stratégie à chaque fois ?
John Tardy : Je ne sais pas si « stratégie » est le bon mot. C'est difficile de comparer mon état d'esprit de 1989 à celui dans lequel je suis aujourd'hui. C'est sûr, il s'est passé pas mal de trucs, et j'ai écrit beaucoup de morceaux. Je ne crois pas qu'on ait approché chaque album si différemment que ça. On a toujours étés relax. On ne réfléchit pas trop à ce qu'on fait. On se réunit, on traîne ensemble, on jamme, et voilà. C'est devenu encore plus simple depuis qu'on a notre propre studio à la maison. Ça défonce, on peut enregistrer à dix heures du mat' ou dix heures du soir si ça nous chante. Et faire des sessions de cinq minutes ou de quatre heures. On s'habitue de plus en plus à bosser dans cet environnement. C'est génial. Là, ça nous a pris pas mal de temps pour enregistrer cet album. On bosse dessus depuis pas loin de trois ans. On avait commencé à écrire des morceaux, et puis on a été pris dans la spirale des tournées, et on n'a pu se remettre au boulot que deux ans plus tard. Mais on a pris le temps de bosser chaque morceau à fond, du coup, il n'y a pas deux titres qui se ressemblent, t'as pas l'impression d'écouter dix fois le même riff sur tout l'album. On en a même joué certains en live avant de les enregistrer. Ça aide pas mal.

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Tu as dit que c'était devenu « encore plus simple ». Qu'est-ce qui est devenu plus simple ? La composition ? L'énergie ? La motivation ?
La composition, ouais. Clairement. On a aucun mal à écrire des morceaux. T'as qu'à voir : on a jamais écrit un morceau qu'on a pas enregistré par la suite. C'est normal, ça fait tellement longtemps qu'on est ensemble. Si Trevor trouve un rythme et que ça ne colle pas, il s'arrête avant que Don ou moi ayons eu le temps de lui dire. On capte direct les trucs qui ne fonctionnent pas et on les vire aussitôt. Ce qui est beaucoup moins simple, c'est de s'enregistrer. Ça demande beaucoup de concentration le studio. Jouer en live, par contre… Quand tu te pointes devant 30 000 personnes, tu te prends une telle montée d'adrénaline que ça rend tout plus facile. Quand je me ramène en studio, que je suis assis avec un micro et qu'on se regarde tous dans le blanc des yeux, c'est super dur de retrouver la même attitude - encore plus avec ce genre de musique. C'est un challenge, pour moi, d'avoir la même énergie pendant l'enregistrement. Mais l'écriture, ça va. On prend notre temps.

Ton groupe est considéré par beaucoup comme l'un des pionniers du death metal. Selon toi, le genre a beaucoup changé depuis les années 80 ?
Évidemment que ça a changé. Le plus gros changement, c'est Internet. Quand on a fait Slowly We Rot, on causait à personne de ce qu'on faisait. On a enregistré quelques cassettes et basta. Aujourd'hui, rien à voir. Mais pour ce qui est de la musique, on a eu la chance d'être au bon endroit au bon moment. Très tôt, on a rencontré les mecs de Savatage et de Nasty Savage, qui vivaient dans le coin. Ils nous ont vachement inspiré - ils étaient super heavy. Une fois qu'on a entendu les premiers trucs de Venom et Celtic Frost, ça nous a ouvert les yeux, on a essayé d'être le plus heavy possible. Et on essaye toujours. On ne change pas les bonnes habitudes: on veut garder le son Obituary.

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Vous avez gardé la même formule, bien avant qu'elle devienne branchée et rentable. Tu penses quoi du regain d'intérêt qu'a reçu la musique extrême ces dernières années ?
Je me souviens de notre première tournée européenne en 1990 ou en 1991. On y était allé pour promouvoir Cause Of Death. Les gens en étaient super fans. Ils déliraient complètement. Quand les gens ont entendu Slowly We Rot pour la première fois, et cette intro sur « Internal Bleeding », c'était du jamais vu. Aujourd'hui, tous les kids sont super rapides, super techniques, ils en foutent partout. C'est une autre approche - je dis pas que c'est forcément à chier, hein. Nous, on était vraiment des hommes des cavernes. Bref, est arrivé un moment où on a un peu levé le pied sur les tournées - il y avait moins d'opportunités. Je pense que c'est pareil dans chaque genre musical : la country devient populaire, puis est remplacée par autre chose, et ainsi de suite. Ces dernières années, la musique extrême revient à la mode. Ça marche bien pour nous, les derniers concerts étaient terribles. C'est le genre de truc qui te permet de continuer, tu sais. Si personne voulait venir nous voir, j'organiserais pas de tournées - j'imagine déjà le fiasco. Mais on a de la chance, parce qu'on est pas le genre de groupe réglé comme une pendule, à sortir un album par an juste par obligation. World Demise est sorti quelques années avant Back From The Dead, et il y a eu un écart encore plus long entre Back From The Dead et Frozen In Time. Le dernier album, on en était très contents, on a tourné pour le promouvoir, c'était cool, mais là ça fait quatre ans qu'on a rien sorti. Pour être honnête, Inked In Blood aurait dû sortir il y a un an au moins, mais c'est pas grave. Le truc, c'est de pas se forcer. Il faut faire une pause de temps en temps.

Les gens ne découvrent plus la musique avec l'échange de cassettes, aujourd'hui. À l'époque, il fallait traîner dans l'underground et chercher à fond pour trouver de nouveaux groupes.
C'est vrai ! Il fallait sortir de chez toi, demander à ta mère de t'amener chez tel ou tel disquaire à 20 bornes de chez toi. Il fallait vraiment y mettre de l'effort. Tu cherchais un truc particulier, tu te pointais au magasin et tu ne le trouvais pas forcément. Il fallait que tes vieux acceptent d'y retourner le week-end suivant. Tu ouvrais la pochette sur le trajet du retour, tu matais le vinyle et t'en pouvais plus d'attendre d'être arrivé chez toi pour l'écouter ! Aujourd'hui, tu télécharges le mp3 gratos et t'as pas la pochette, ni les titres, ce genre de trucs. C'est un autre monde.

Comment tu t'es mis à la musique?
Mon grand frère passait son temps assis dans sa chambre à fumer de la weed et à écouter de la musique. Je me faufilais toujours dans sa chambre pour voir ce qu'il faisait. On était jeunes mais on aimait déjà la musique à fond. On chopait un balai pour faire semblant de jouer de la guitare. Je ne pensais pas du tout que j'allais passer ma vie à faire ça. Donald a commencé à jouer du tambour à l'école. Après ça, un jour où on faisait du vélo dans notre quartier, on a entendu Nasty Savage et Savatage répéter dans leur garage. Ça nous a intrigués. Donald voulait absolument se mettre à la batterie. Il n'avait pas d'argent pour s'en acheter une, alors il allait jouer sur celle d'un pote. Trevor s'est mis à la guitare au même moment. Il en avait acheté une mais ne savait absolument pas comment en jouer. Ils ont commencé à jammer, et moi je chantais par-dessus. On se marrait tellement. On rentrait de l'école et on s'enfermait dans le garage pour jouer. On ne pensait pas à faire un album. Mais on a fini par en enregistrer deux morceaux dans un vrai studio, et ils ont atterri sur une compilation. Des mecs de Roadrunner sont tombés dessus, ils sont venus nous voir pour nous dire qu'ils voulaient sortir un album et qu'ils avaient besoin d'un peu plus de morceaux. Slowly We Rot est sorti, ça a décollé, et voilà, on est toujours là. J'ai même du mal à y croire. C'est fou.

La longévité est une qualité rare de nos jours, on dirait - et ce quel que soit le genre musical. À quoi attribues-tu la vôtre ?
Un groupe, c'est comme une recette. Tu peux y mettre beaucoup de temps et d'argent et te dire que ça va être forcément bon, mais ça marche pas comme ça. Donald, Trevor et moi, on se connaît depuis tellement longtemps qu'on est à la fois assez proches et suffisament différents pour rendre ce qu'on fait intéressant. On se marre toujours autant quand on joue ensemble. On peut se foutre sur la gueule et se réconcilier le lendemain sans problème. Ça m'aide beaucoup d'avoir mon frère dans le groupe. Il passe chez moi presque tous les jours. On jamme ensemble - d'ailleurs c'est comme ça que l'album des Tardy Brothers est sorti, on tapait le boeuf comme des dingues dans notre nouveau studio. Ça a toujours fonctionné.

Quel sera le programme, une fois que Inked In Blood sera sorti ?
La machine est déjà en route. Je suis surexcité. Je suis à fond sur tous les morceaux. J'écoute « Visions In My Head », là. Je trouve qu'il défonce. Sinon, on vient de passer huit semaines en Europe. On a joué plein de classiques - des trucs des trois premiers albums, et aussi des nouveaux. L'album est même pas encore sorti et les gens reprenaient les morceaux en coeur ! Ils ont dû les voir sur Youtube, je sais pas. C'est encore plus motivant. On va tourner avec Carcass aux États-Unis en Octobre, avant d'enchaîner avec le Death To All Tour. On a aussi quelques festivals de prévus au Nicaragua, au Mexique, en Pennsylvanie… Et une tournée en Europe début 2015. On va promouvoir l'album à fond. Et quand tout ça sera fini, on va faire une pause et on verra bien ce qui se passe.

Jonathan Dick est sur Twitter - @Jonathan_K_Dick