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La vie d’artiste est un enfer

Pour célébrer la sortie de sa BD « The Artist » en France, on a demandé à Anna Haifisch de nous expliquer pourquoi elle adorait et détestait sa vie de dessinatrice.

Toutes les planches sont tirées de The Artist. Planches fournies généreusement pas les éditions MISMA

Anna Haifisch est née à Leipzig en 1986. À l'époque, c'était l'Allemagne de l'Est. Les gens conduisaient des Trabant. Ses parents étaient infirmiers et n'avaient pas vraiment de « sens artistique ». Malgré cela, ils ont toujours poussé leur jeune enfant à satisfaire sa curiosité en lui achetant des bouquins, des crayons et du papier. Une fois majeure, Anna a rejoint une école d'arts visuels à Leipzig. Là-bas, elle a étudié l'illustration, et y a pris pas mal de plaisir.

En 2008, elle a décidé de tracer à New York pour découvrir l'univers des comics. Elle a bossé pendant près d'un an dans un atelier de sérigraphie avant de rentrer au pays et de comprendre que les comics alternatifs américains lui avaient donné envie de devenir dessinatrice. Après avoir été diplômée en 2011, elle a choisi de rester dans sa ville de naissance, où elle passe désormais ses journées à dessiner.

Pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce qu'Anna Haifisch est encore très peu connue en France. Ça vous évitera de traîner un peu partout dans les entrailles du Net pour en savoir plus sur elle. Afin de fêter la sortie de The Artist en France – publié chez MISMA – j'ai voulu en savoir plus sur ce qui rythmait la vie de cette excellente dessinatrice, qui ne manque pas d'évoquer dans son livre les aléas du quotidien d'un « artiste », plus occupé à traîner et à se rendre à des vernissages aliénants qu'à créer. Dans cette optique, je lui ai demandé son avis sur plusieurs trucs que la plupart des artistes vivent, expérimentent ou subissent au jour le jour.

Salut Anna. Tout d'abord, si je te parle de « pauvreté », t'en penses quoi ?
Anne Haifisch : Ça me déprime. Je reste persuadée que c'est la plus grande peur de tous les artistes, aussi célèbres soient-ils.

Et la drogue ?
C'est tout aussi déprimant, la plupart du temps.

Et l'alcool ?
Parfois, ça m'a permis de bosser sur The Artist et d'être plus inspirée. Après, ça devient déprimant quand il y en a trop.

Sinon, tu te rends souvent à des vernissages ?
Pour moi, c'est la définition d'un cauchemar. Et c'est pire si personne ne se ramène au tien.

Tu vas souvent dans des galeries ?
Ce sont des endroits étranges. S'agit-il d'un magasin ? D'un terrain de jeu ? D'un asile ? D'une île ?

Quel est ton regard sur l'art contemporain ?
J'en pense plutôt du bien. C'est souvent amusant et obscur, difficile à suivre.

Tu procrastines beaucoup ?
Aujourd'hui, je pense que c'est un truc nécessaire. Bon, après la 2000e vidéo matée sur YouTube, il faut savoir arrêter, tout de même.

Que penses-tu de la solitude ?
Qu'elle est nécessaire pour créer. Tu sais, la création est, pour moi, la chose la plus pacifique à faire dans notre monde troublé.

T'arrive-t-il de réfléchir aux notions de succès et d'échec ?
Disons que le succès dégage une douce odeur, que je chasse comme une dératée. De cette chasse découlent tous mes échecs.

Merci beaucoup, Anna.

Pour commander The Artist, c'est par ici.

Romain est sur Twitter.