Santé

Votre obsession pour le true crime pourrait nuire à votre santé mentale

Comme pour la plupart des bonnes choses, le true crime est à consommer avec modération.
14.4.21
femme effrayée
Montage : Cathryn Virginia | Images : Getty 

On ne vous apprend rien en vous disant que les internautes sont obsédés par les affaires criminelles. Scène de crime : La Disparue du Cecil Hotel, la docu-série sur la mort d'Elisa Lam sortie en février sur Netflix, a rencontré un énorme succès que l'on peut attribuer en grande partie à la curiosité morbide du public et au caractère tabou de l'affaire. Qui a fait ça ? Comment ? Pourquoi ? Cet étrange intérêt cache aussi le désir de comprendre le côté sombre de la condition humaine. Les femmes, qui, selon une étude réalisée en 2010, sont les principales consommatrices de true crime, ont tendance à le considérer comme un outil éducatif pour détecter les agresseurs potentiels et éviter les situations dangereuses. Et il faut l'avouer : un mystère non résolu peut être divertissant à souhait. 

Bien sûr, il n'y a rien de mal à suivre l'actualité des faits divers, mais si vous vous sentez déprimé, anxieux ou paranoïaque, il serait peut-être judicieux de lever un peu le pied. Des recherches récentes ont montré que les individus qui consomment activement des informations sur la criminalité, que ce soit par le biais des médias, de la radio ou de la télé, disent avoir constamment peur qu'il leur arrive quelque chose, quel que soit le taux de criminalité réel.

Pour commencer, la surconsommation de podcasts sur les meurtres peut vous donner le sentiment exagéré que des tueurs en série rôdent constamment autour de vous. (Selon le FBI, les meurtres en série représentent moins d'un pour cent de tous les meurtres d'une année donnée). « Chaque jour, je suis persuadée que je vais être tuée. Mais je sais que, logiquement, cela ne va probablement pas arriver », confie Amanda Vicary, directrice du département de psychologie de l'Illinois Wesleyan University et auteure de l'étude de 2010 sur la démographie des fans de true crime. « Il est difficile de faire preuve de raison quand vous regardez et entendez ces histoires tout le temps. » 

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Autre problème : les histoires de true crime ne représentent guère toute l'étendue de la criminalité. Les affaires populaires sont celles qui captivent le public en raison de leur caractère unique et même dans ce cas, elles ont tendance à être sensationnalisées, selon la psychologue Erica Rojas. « S'agit-il de représentations exactes des événements moyens qui se produisent au quotidien ? Pas vraiment, dit-elle. D'un côté, il est sain de se préparer à un danger éventuel, mais de l'autre, vivre dans cet état d'alerte permanent peut conduire à une paranoïa inutile. »

Selon Vicary, cette prudence devient un problème à partir du moment où vous êtes incapable de sortir de chez vous à cause de votre peur, ou que vous hésitez à échanger des banalités avec des inconnus en public (il a été démontré que cela renforce le sentiment de bonheur et d'appartenance à une communauté). Il est utile d'être en état d'alerte, de paranoïa et d'hypervigilance pour faire face à une menace en cas de véritable crise, explique Jessica Micono, professeure de psychologie judiciaire à l'université Regis et co-animatrice du podcast Psychology After Dark. Mais l'hypervigilance persistante qui découle d'un régime à base de true crime peut entraîner une augmentation du stress général. « Ce stress accru peut ensuite entraîner des maladies cardiovasculaires ou de l'hypertension », poursuit Micono.

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L'exposition prolongée au true crime peut activer le système nerveux sympathique, la partie du système nerveux responsable de la réaction de combat ou de fuite. « Lorsque ce système est activé, il produit des niveaux élevés d'hormones de stress, explique Rojas. Sur le moment, elles font monter l'adrénaline ; elles poussent à courir ou à éviter la menace physique. Là où les choses se compliquent, c'est qu'une exposition chronique et à long terme à ces hormones peut entraîner des problèmes de santé mentale, comme l'anxiété et la dépression, ainsi que des problèmes de santé physique, comme une diminution de la réponse immunitaire. » 

Après une année passée en état d'alerte à cause de la pandémie, soumettre votre système à des divertissements éprouvants pour les nerfs peut exacerber des problèmes dans d'autres domaines de votre vie. « Si vous vivez au quotidien avec ce niveau de peur élevé comme ligne de base, comment pouvez-vous gérer d'autres facteurs de stress qui peuvent survenir, comme une pandémie ? » s'interroge la thérapeute Erin Parisi.

De plus, la surexposition à des histoires criminelles, surtout avant le coucher, peut imprégner le subconscient et provoquer des cauchemars. Le manque de sommeil prolongé peut entraîner une hypertension artérielle, du diabète, une crise cardiaque, une insuffisance cardiaque, une obésité, une dépression, etc.

Si votre passion pour le crime vous empêche de sortir de chez vous, de travailler ou de vivre sans un sentiment de paranoïa accablant ; si vous avez l'impression que vous êtes constamment suivi, que chaque bruit que vous entendez la nuit est celui d'un meurtrier, ou que chaque inconnu que vous rencontrez vous fera du mal, vous feriez mieux de demander l'aide d'un professionnel de la santé mentale. Si vous souffrez déjà d'anxiété et de dépression, ces histoires peuvent aggraver vos symptômes, et un thérapeute pourra vous aider à surmonter vos déclencheurs et vos traumatismes. 

Comme pour la plupart des bonnes choses, le true crime est à consommer avec modération. Le mieux est d'alterner entre une enquête criminelle et une comédie sans intérêt pour détendre l'atmosphère. « Certaines personnes aiment cette petite décharge d'adrénaline que procure le true crime, d'autres aiment jouer au détective de salon, et c'est très bien ainsi, c'est divertissant, dit Micono. Il est important d'honorer ces intérêts sombres ; il est tout aussi important de s'adonner à des activités légères. »

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