100% Bio : la guerre du groin n’aura pas lieu

Le dernier téléfilm de Fabien Onteniente n’est ni l’échec industriel, ni le pamphlet anti-végan dénoncé. Juste une comédie foirée.
Alexis Ferenczi
Paris, FR
6.1.21
100% Bio
Didier Bourdon et Nicolas Bridet dans 100% Bio. Capture d'écran France 3

Si vous avez raté la navette du 7e art, France 3 diffusait mardi 5 janvier 100% Bio, téléfilm de Fabien Onteniente dont le pitch annonçait un choc de civilisations ; un boucher basque aux prises avec son gendre végan parisien. Les protagonistes ? Marie Moreno (Lolita Chammah), fille de Gabi Moreno (Didier Bourdon), charcutier, veuf et têtu, découvre qu’elle est enceinte de Thomas (Nicolas Bridet), kiné versaillais qui ne consomme aucun produit d’origine animal et qu’elle n’a jamais présenté à sa famille. L’élément perturbateur ? Alors que Marie file à Sare (Pyrénées-Atlantiques) annoncer la nouvelle à son père, son mec choisit ce moment pour débarquer à l’improviste et déclencher le premier choc tectonique entre la plaque jambon de Bayonne et la plaque quinoa.

Probable dérive jacobine, la sempiternelle opposition capitale/province est un motif récurrent de la comédie de mœurs à la française, outil scénaristique résolument flemmard censé faire jaillir le rire là où on ne l’attend pas. Onteniente n’est d’ailleurs pas un néophyte dans ce domaine. Sa filmographie (Jet Set, 3 zéros, Camping, Camping 2, Camping 3), composée de gros succès en salles, ressemble quand même vachement au tableau de chasse de ces escrocs qui sillonnent les plages pour acheter des baraques en viager à des petits vieux un poil naïfs.

Sans surprise, 100% Bio, enfile les clichés comme toute comédie populaire un peu grasse. Difficile de reprocher au film sa nature même si tout est fait avec la finesse d’un cochon kintoa découvrant le plaisir des bains de boue. Là où l’on pouvait craindre qu’Onteniente choisisse un camp – géographique ou générationnel – viandard et végan sont sur un pied d’égalité niveaux stéréotypes ; du Versaillais qui achète ses haricots azuki à La Vie Claire et roule en électrique au boucher qui porte haut le béret et les verres de pif, les deux personnages sont aussi cons l’un que l’autre.

Tout est d’un mauvais goût assumé ; une dégustation de pieds de porc qui se termine dans le vomi, un concours de prosélytisme alimentaire où algue wakame se mesure aux couilles de lièvre et shiitake moisi à la langue de marcassin. Mais alors qu’on aurait pu croire qu’Onteniente allait se complaire dans la critique de l’homme nourri aux graines de chia, le « soy boy » ou « homme soja », terme utilisé en ligne par les chantres du virilisme pour désigner leurs victimes, c’est finalement du végan que viendra le salut de la boucherie.

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C’est même une petite nouveauté pour le réalisateur. Alors que dans Camping, Lanvin et sa morgue finissaient conquis par la franche camaraderie de Dubosc, Brasseur et autres, les rôles sont ici inversés. Le charcutier de province est tiré de son obscurantisme borné par l’enthousiasme du citadin végan dont les efforts parviennent même à redonner du sens à la communauté et une seconde vie à l’entreprise familiale. Dommage que le téléfilm n’attende que les dernières minutes pour aborder la transmission ou la crise des vocations qui touche le métier.

Finalement, les plus malheureux dans l’histoire, ce sont peut-être les bouchers qui réclamaient encore il y a quelques années « le soutien de l’ensemble du gouvernement pour que cessent, le plus rapidement possible, les violences physiques, verbales, morales » face à la menace végane, sans prévoir que la pire publicité viendrait d’un boucher basque fictif.  Si 100% Bio était une pièce de viande, on serait plutôt du côté de la famille du tendron, du collier ou de n’importe quel morceau un peu nerveux qu’il faut laisser mijoter une journée entière avant de le transformer en jus pour en tirer quelque chose d’à peu près comestible.

Si vous n’êtes pas particulièrement regardant sur le jeu des acteurs – Catherine Jacob s’en sort a minima mais Didier Bourdon oublie son accent entre les prises – que vous n’êtes pas dérangé plus que ça par les grosses ficelles, les dialogues écrits à la truelle – de mémoire un « si tu veux pas des tranches de jambon trop épaisses tu vas chez Mammouth, là-bas elles y sont plus fines que mon cul » savamment envoyé par Gabi Moreno à un client mécontent – les discours maladroits sur le bien-être animal et les figurants déguisés en Basques comme dans un JT de Jean-Pierre Pernaut, le téléfilm est disponible en replay pendant encore un mois.

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