La vie des autres DJ
Toutes les photos sont de RONI et Lisa

Une journée dans la vie de DJ en festival

On a filé un appareil photo jetable à RONI et Lisa pour qu’elles documentent leur quotidien lors de la dernière édition du Positive Education.

Imaginer la vie de DJ est un exercice totalement obsolète depuis la sortie en 2017 du documentaire Avicii : True Stories et l’avènement des stories Instagram qui permettent de suivre en temps réel les déambulations diurnes ou nocturnes de n’importe quel disc-jockey bénéficiant d’un forfait 4G. Le job n’a plus beaucoup de secrets : on sait qu’il est ingrat, précaire, composé d’une longue litanie de déplacements entrecoupés de soirées et d’une longue litanie de soirées entrecoupées de déplacements.

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Qu’il y ait des gens encore prêts à ramer le long de ce fleuve pas très tranquille, parsemé de drops et de boissons énergisantes, relève presque du miracle. Alors qu’on avait pris l’habitude de gloser sur la nature de la profession, il faut se rendre à l’évidence : sans DJ, on serait bien emmerdé quand même.

Pour ce nouvel article de la série La Vie des autres, on a donc demandé à RONI et Lisa qui jouaient un set à quatre mains lors de la dernière édition du Positive Education, festival de musique électronique qui se déroule à Saint-Étienne, de prendre quelques photos de leur périple pour montrer « l’envers du décor ». Elles ont accepté en tant qu’artistes invitées mais aussi festivalières venues kiffer. Et RONI en a profité pour répondre à quelques-unes de nos questions.

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RONI à la gare.

VICE : Salut RONI, quand tu joues en festival, c’est quoi ta journée-type ?
RONI :
Quand je joue en festival, je suis sur un rythme assez particulier. On arrive à une certaine heure et il faut se mettre tout de suite dans le bain. Je suis souvent nerveuse avant d'aller sur scène donc j’ai besoin d’un peu de temps pour être bien. Une fois que je sors de scène, je suis un peu high, en peak time dans ma tête, du coup j'ai aussi besoin de temps pour redescendre. Le truc c’est qu’il se passe beaucoup de choses en festival. On a envie de voir d’autres artistes mais souvent, le temps passe plus vite que prévu. Difficile d'avoir une expérience complète de l’événement parce qu’on change de scène, on va de tel endroit à un autre, on parle avec les gens qu’on croise et c'est presque impossible de se mettre dans la musique. 

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Lisa (à gauche) et RONI (à droite) à table.

Tu étais déjà venue en tant que festivalière au Positive Education ?
Oui, j'avais fait une ou deux journées avant le Covid et j'avais découvert un festival qui apporte un soin particulier à la curation, à la curiosité et à tout ce que la musique électronique peut offrir d'excitant aujourd'hui. La programmation est ouf et le public aussi. Il y a une espèce d'entrain commun à écouter des performances que je n’avais jamais vécu ailleurs. Je pense que tous les gens qui vont au Positive y vont pour la même raison : écouter de la musique. C’est un peu le rêve même si ça représente aussi une forme de pression en tant que DJ parce qu’on a envie d’être à la hauteur de tout ça.

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Lisa devant les platines.

Est-ce qu'il y a des sets et des lives qui t'ont particulièrement marquée cette année ?
Le live d’Atrice m'a soufflée. Il y a aussi le set de Toma Kami & re:ni que j'ai trouvé vraiment génial, celui de December qui jouait après nous. Malheureusement, j'avais un emploi du temps assez compliqué qui fait que je n'ai pu venir que le soir où l’on était programmée. Et vu qu'on jouait, forcément, on ne pouvait pas tout voir. J'aurais aimé rester toute la durée du festival parce que le peu que j'ai vu était super inspirant.

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La ride.

Tu as commencé à clubber à l’âge de 12 ans, maintenant que tu es DJ professionnelle, est-ce que ton expérience du club a changé ?
Je prends le même plaisir que quand j'étais plus jeune. C’est ma mère qui m'a initié à tout ça en m’emmenant. Résultat, je suis une clubbeuse dans l'âme. J'adore la nuit, être dans un espace sombre avec un soundsystem, des lights et plein d'inconnus. Je clubbe moins qu'avant, mais j'aime toujours le faire, et j'aime le faire de manière différente. Je peux me laisser aller dans la soirée, sortir avec des copines ou être plus studieuse en allant voir tel artiste toute seule. Après, en jouant tous les week-ends, on a forcément envie de se reposer. J’ai besoin de me régénérer pour être créative.

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Au Positive Education, tu as fait une performance à quatre mains avec Lisa. Est-ce que vous avez eu une manière particulière de préparer votre set ?
On avait déjà joué ensemble à Lyon – Lisa a une résidence au Sucre et m'avait invitée pour l'anniversaire de Rinse qui est un peu ma famille musicale et de cœur. On a un fonctionnement très différent. Je suis de nature plutôt anxieuse donc j’aime bien prévoir les choses. Je prépare mes sets surtout quand ils représentent quelque chose d’important pour moi. Lisa, c'est tout l’inverse. Du coup, je me laisse un peu porter par son flow. Quand on avait joué ensemble, on n'avait rien préparé. On ne s'était même pas accordées sur ce qu’on allait jouer ou sur quel tempo on allait le faire. Ça a été de la pure impro. Et vu que ça s'était hyper bien passé, on a répété la manœuvre au Positive.

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Même si ça peut me stresser parfois, il y a une partie de moi qui respecte vachement cette façon de faire. C’est intéressant d'être challengée de cette manière. J'ai grave confiance en elle et ça marche vraiment super bien entre nous alors qu’on a des goûts très différents. C'était vraiment une chouette expérience. Le public a suivi ce qu'on jouait, ça dansait et ça répondait. Toutes les deux, on a ressenti une énergie incroyable dans la salle. Franchement, je suis sur un petit nuage depuis.

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Tu as monté ton propre label, Nezha Records, l'année dernière. Est-ce que c'est le fait de se sentir en confiance comme ça qui t'a permis de le monter ?
C'est quelque chose que je voulais faire depuis de nombreuses années car j'adore cette idée de curation. Je me suis construite en écoutant les radios anglaises et des gens comme Gilles Peterson qui font découvrir de nouveaux artistes, de la nouvelle musique et qui parviennent à faire tripper les auditeurs en leur ouvrant de nouveaux horizons. Je pense que le fait d'avoir eu ma résidence m'a donné de la confiance et une certaine forme de légitimité – dans ma tête en tout cas.

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Quand le Covid est arrivé, j'ai eu du temps pour y réfléchir. J'ai contacté Neida, un artiste signé sur un label bordelais qui n'avait fait qu'une sortie digitale. Il m'a dit qu'il était chaud. Il a composé des morceaux pour l'occasion, et c'est parti comme ça. Quant à l'identité, l'imagerie et la D.A, je ressentais énormément d'éco-anxiété à l'époque et j’ai eu envie de faire quelque chose autour de la nature, mais d'une manière positive. J'ai réfléchi à comment remettre en valeur la beauté de la nature, et avec l'aide d'Alice Gavin Services, on a pris cette direction.

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Et c'est ton label qui t'a donné envie de produire toi-même ton premier morceau ? Est-ce que ça pourrait devenir une de tes activités sur le long terme ?
C’est quelque chose que j'avais envie de faire depuis longtemps. Je n'ai pas appris la musique en faisant du solfège comme la plupart des gens font et ça a toujours été un peu mon regret. Je pense aussi que c’est la continuité de mon expérience de DJ et de la création du label. Le next step, c’était de mettre les mains dans le cambouis et de composer. Le premier morceau [Earth Call] est sorti sur Garde-Robe Records. Ils m'ont contacté en me demandant de participer à leur compilation anniversaire et c'était parfait pour moi parce qu’il y avait une deadline à la commande et qu’un morceau, ce n'est ni trop gros, ni trop compliqué.

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J'ai saisi l'opportunité parce que je sentais que c'était le truc qui pouvait me mettre le pied à l'étrier. Je fonctionne beaucoup au challenge et j’avais besoin de me confronter à ce genre de choses pour avancer. Et qu’une personne comme Gilles Peterson, que je considère comme une légende, apporte son soutien, c'est forcément encourageant. Aujourd’hui, je suis dans un process de me dire qu'il faut que je fasse la suite. Ça prend du temps mais j'accepte de le faire à mon rythme.

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Est-ce que tu as d’autres projets pour la suite ?
Je travaille énormément sur le label car les expériences de ces deux derniers mois – Positive Education inclus – m’ont vraiment mise dans un état d'esprit hyper excité vis-à-vis de la musique. Je prépare 2023 et 2024 avec beaucoup de projets en cours ; trois sorties vinyles et trois EPs qui sont déjà prêts, une compilation que je suis en train de finaliser et une autre sur laquelle je travaille avec un label portugais. J'ai aussi fait ma première « label night » avec Trax Magazine à la Station en octobre dernier et c'était complètement fou. J'ai envie de refaire des soirées et plein d'autres trucs.

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Lisa et RONI.

Merci RONI.

Plus de photos de RONI et Lisa ci-dessous :

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Charles Di Falco et Antoine Hernandez

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VICE était partenaire de la dernière édition du Positive Education qui s’est déroulé à la Cité du Design, 3 rue Javelin Pagnon, 42000 Saint-Étienne. Toutes les infos disponibles ici.

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