Culture

Dennis Rodman : « Dès que je suis avec des gens que j’aime, je me détends. Parce que, crois-moi, des gens qui veulent me baiser, y en a »

Les meilleures interviews du magazine « Playboy » ont été compilées dans un formidable bouquin publié par les Éditions du sous-sol, disponible dès aujourd'hui en France.

par Romain Gonzalez
26 Octobre 2017, 5:00am

Dennis Rodman, lors de la promotion du film Haute voltige sur Miami (Guy Manos, 2000) au Festival de Cannes, en mai 2000. Photo : Fred Prouser/Reuters

« Les Japonais nous cajolent, ils nous font des courbettes, ils nous disent qu'on est géniaux, et puis ils nous font les poches » – ça, c'est le nationalisme tendance border de Donald Trump, daté de mars 1990. « La mort n'est pas plus naturelle ni inévitable que la variole ou la diphtérie. La mort est une maladie comme une autre et il est donc possible de la soigner » – ça, c'est le scientisme tendance New Age de Stanley Kubrick, daté de septembre 1968. « Eh bien, vous devez admettre que la plupart des femmes qu'on croise n'ont pas vraiment inventé la poudre. [...] Dire que les femmes sont en moyenne moins intelligentes que les hommes soulève l'indignation générale, mais c'est vrai » – ça, c'est la misogynie tendance habitude de Roman Polanski, datée de décembre 1971. Toutes ces déclarations, et des dizaines d'autres encore, sont compilées dans un incroyable ouvrage, Paroles de lapin, disponible dès aujourd'hui aux Éditions du sous-sol.

Recueil d'interviews publiées au fil des décennies dans Playboy, Paroles de lapin ne se contente pas d'empiler assertions insensées et digressions sur la mort, le communisme, Fidel Castro, les femmes, ou encore le sexe de groupe. Non, ce que dévoile ce livre, c'est également la prise de risques d'un magazine surtout connu en France pour ses courbes opulentes, bien plus que pour son courage éditorial – l'un étant pourtant allé de pair avec l'autre pendant de nombreuses années. Playboy – avec ses interviews au long cours, jamais didactiques et souvent choquantes – représente ce qui s'évanouit aujourd'hui, dans l'indifférence : de la saveur, des idées choquantes mais assumées, et des couilles.

Magazine essentiel dans l'appréhension de l'évolution des mœurs durant la seconde moitié du XXe siècle, Playboy s'inscrit dans la tradition de l'interview-discussion, de celle qui n'est pas là pour obtenir des éléments de langage ou des bouts de phrase susceptibles d'être relayés sur les réseaux sociaux – et qui, au final, parvient à faire accoucher ses interlocuteurs d'affirmations reprises un peu partout. Afin de célébrer une maïeutique qui disparaît sous l'effet de décisions managériales iniques, nous avons choisi de publier une interview de Dennis Rodman, enregistrée entre deux shots de Jägermeister et quelques groupies intenables. Réalisée en juin 1997, soit quelques mois après que le basketteur a été suspendu pour avoir frappé un cameraman au bord du parquet, celle-ci revient sur la carrière de l'un des meilleurs défenseurs de l'histoire de la NBA. On remercie chaudement les Éditions du sous-sol de nous avoir permis de la reproduire dans son intégralité – et on remercie tout aussi chaudement Ina Kang, la traductrice de ce texte.


Dennis Rodman : Le cascadeur Evel Knievel a sauté en moto par-dessus cette fontaine. C'était trop cool.

Playboy : C'est votre idée de la célébrité ?
Tu veux savoir ce que j'en pense ? C'est pas que j'aie la grosse tête, mais tu peux carrément me mettre tout là-haut avec Jim Morrison, Jimi Hendrix et Janis Joplin, putain.

Ils sont tous morts.
Les gens disent qu'Elvis est mort. Moi, je dis : non, vous êtes en train de le regarder. Elvis n'est pas mort, il a juste changé de couleur.

Vous portez les couleurs des Chicago Bulls ce soir : une veste rouge qui descend jusqu'aux pieds et une chemise noire.
Non. Ce manteau n'est pas rouge. Il est rose vif. Je suis un individu multicolore. Tous les jours une couleur différente. On m'appelle the Worm [le ver de terre, toutes les notes sont du journaliste de Playboy, sauf mention contraire], mais c'est faux. Je suis un putain de caméléon.

Pourquoi est-ce que l'Amérique s'intéresse tellement à vous ?
Je leur donne des petits frissons, à tous ces gens qui ont oublié que la vie était amusante. C'est comme Le Fantôme de l'Opéra : ça leur fait un peu peur, mais ils aiment bien ça. Mais c'est qu'une lubie. C'est moi, la lubie. Là, tu vois, je suis au top, mais ça va pas durer toute la vie.

Êtes-vous plus à l'aise en public ou en privé ?
En public. [Tandis que son entourage traverse le casino du Rio Suite Hotel, tous les yeux sont rivés sur l'immense Rodman, vêtu de son manteau rose. Qu'il soit en train de jouer ou de se déplacer, sa protection est assurée par un unique garde du corps, Williams, qui repousse doucement les chasseurs d'autographe. Une fille arrive à atteindre Dennis en le suppliant, en se mettant même à genoux et en criant : « S'il vous plaît ! C'est mon enterrement de vie de jeune fille. » Rodman adresse un hochement de tête à son garde du corps – « C'est bon » – et autorise la fille à l'embrasser. Elle se met à courir entre les rangées de machines à sous en hurlant : « J'ai embrassé Dennis Rodman ! J'ai embrassé Dennis Rodman ! »]

[Aux fans] Pas d'autographes. Je fais une interview, là.

Tout ce brouhaha, ça vous agace, parfois ?
[Il hoche la tête, tout en commandant une nouvelle tournée] Une fois, j'étais dans ce club, et quand je suis allé danser, tout le monde s'est figé. Ils étaient plantés là à me regarder. Je suis allé me rasseoir.

« Je suis la réalité. Je suis Elvis, Jimi Hendrix et Grateful Dead réunis en une seule personne. Le président des États-Unis a la trique rien qu'en pensant à moi »

À quoi ressemblent vos moments de détente ?
Je passe du temps avec des gens qui savent s'amuser. Les gens que vous voyez dans ma limousine. Des mecs qui me font délirer. Qui font la fête ! Pourquoi faut faire la fête ? Parce que je peux le faire. [Il serre son amie dans ses bras.] On se marre, nous. Quand t'es dans le clan de Dennis Rodman, tu profites de la vie à fond. Dès que je suis avec des gens que j'aime, je me détends. Parce que, crois-moi, des gens qui veulent me baiser, y en a.

Des milliers.
Non, pas ceux qui veulent littéralement me baiser. Je parle des connards qui peuvent pas me blairer.

La NBA, par exemple ?
L'image de la NBA, tout leur petit plan marketing, je le bousille. Parce que je m'exprime en tant qu'individu. Je mets un peu d'honnêteté dans leur sport de bourges.

Vous êtes connu pour votre sens du jeu, votre capacité à anticiper ce qui se passe sur le terrain. Vous pouvez faire cela avec les tendances également ? Vous l'aviez prévue, cette lubie Rodman ?
Je ne prévois jamais rien. Je visualise, je me concentre, j'analyse, mais je suis toujours dans l'instant. Une fois que j'ai appris à être moi-même, le reste a suivi naturellement. Et maintenant, je suis dans l'atmosphère. Je suis la réalité. Je suis Elvis, Jimi Hendrix et Grateful Dead réunis en une seule personne. Le président des États-Unis a la trique rien qu'en pensant à moi.

Apparemment, il lui en faut peu.
Sa femme était à la télé, et elle plaisantait en disant qu'elle s'appelait « Hillary Rodman Clinton » [en réalité, son nom est Hillary Rodham Clinton, note de la traductrice]. Moi, j'ai toujours pensé qu'il faut coucher avec quelqu'un avant de prendre son nom. Peut-être qu'elle y pensait. Je les vois bien au lit, le président qui fait l'amour à sa femme, et elle qui lui dit: « Oh! oh! Dennis... euh, Bill ! »

Et à part ça, qu'est-ce qui vous amuse dans votre célébrité ?
Ma vie est un cirque. Mon année, c'est trois cent soixante-cinq jours de bordel. Mais je suis toujours le meilleur en rebonds, plus de six cents en une petite trentaine de matchs. Il n'y a rien de prévu. Ça rend ma vie plus intéressante. Mais j'adore ça. À cause de moi, Lucifer se demande tout le temps : « Mais qu'est-ce qu'il va faire maintenant ? Est-ce qu'il va vraiment jouer son dernier match tout nu ? »

Michael Jordan nous a dit qu'il était contre.
Ça va arriver. Vous verrez.

Dennis Rodman, lors d'un match opposant les Los Angeles Lakers aux Los Angeles Clippers, en février 1999. Photo : Sam Mircovich/Reuters

Certains vous appellent l'athlète le plus bizarre du monde.
Je ne suis pas un athlète. Les athlètes, c'est chiant. Chiant, toujours pareil, prévisible. Insupportable de les regarder jacter à la télé. Vous savez, la scène après le match.

Ils font tous passer l'équipe en premier, ils se donnent à cent dix pour cent...
Laisse tomber. La différence entre les athlètes et moi, c'est qu'eux, ils veulent être des athlètes. Ils veulent même être entraîneurs, quand leur carrière sera finie. Moi, je suis au-dessus de tout ça. Mais bon, j'ai toujours un moment de crise une fois par an. Des petites choses qui m'explosent à la figure. Il y a deux ou trois ans, j'ai donné un coup de boule à un arbitre et j'ai été suspendu. Cette année, j'ai cogné ce connard de caméraman, Eugene Amos.

Amos est un photographe qui travaille sur le côté du terrain. Vous lui avez foncé dedans en tentant de sauver une balle. Pourquoi l'avez-vous frappé ?
C'était incontrôlable. Je n'ai pas le droit d'être dans un mauvais jour ? C'est comme quand vous rentrez du boulot. Imaginez, vous avez bossé dur, vous vous êtes concentré toute la journée, vous rentrez chez vous, et là, votre femme est en train de pinailler sur des conneries. Y a comme un déclic dans le cerveau, et vous pétez un câble.

Amos aurait-il dû être à cet endroit ? Dans d'autres sports, la presse n'est pas autorisée à se trouver si près de l'action.
Il nous faut plus de place. Aujourd'hui, avec les appareils qu'ils utilisent, ils peuvent prendre des photos de vous depuis la Lune, alors pourquoi ils sont juste là, sur le terrain ? J'aurais pu me casser la jambe, quand je lui ai foncé dedans, avec son appareil photo. Ils devraient être quasiment un mètre plus loin, je pense.

Amos a retiré sa plainte après que vous lui avez versé une somme importante. Comment est-ce que ça s'est passé ? Vous vous êtes rencontrés ?
Ça s'est fait par téléphone. Il parlait comme un politique. Il a dit : « Merci beaucoup, » et « Dieu vous bénisse. » Et puis la semaine dernière, j'ai vu aux infos que Eugene Amos a été arrêté pour violences conjugales.

Une revanche, pour vous ?
D'une certaine façon. Ça montre qu'il y a une sorte de justice un peu tordue, dans la vie.

Peut-être qu'Amos devrait donner vos 200 000 dollars à sa compagne.
Il devrait les rendre à mon cul, oui.

En parlant de chiffres, vous avez dit que Wilt Chamberlain a menti lorsqu'il s'est vanté d'avoir couché avec vingt mille femmes. Mais vous n'avez jamais parlé de votre propre performance.
Dans toute ma vie, j'ai couché avec vingt-cinq ou trente femmes. Y en avait peut-être cinq qui en valaient la peine.

Dans votre livre, vous écrivez que vous étiez toujours vierge à 20 ans.
Je rattrape le temps perdu. Mes hormones sont en folie, pire que la fièvre typhoïde, mec.

Pourquoi si tard ?
C'est quand tu grandis dans ce type de communauté, que t'as pas un rond, et que t'es pas beau. J'avais rien. Je ne suis jamais allé au bal de promo. Les filles ne me plaisaient même pas. Quand t'es juste un pauvre type du quartier, que t'essaies de survivre, c'est pas un environnement très sexuel.

« Pas très beau ? » C'est ce que vous dites quand vous vous regardez dans un miroir ?
J'évite les miroirs. Je suis trop moche.

Je suis sûr qu'on pourrait facilement trouver cent femmes qui seraient ravies de coucher avec vous ce soir.
J'aime pas les miroirs, c'est tout.

Vous étiez asexuel, au point de ne pas vous masturber avant l'âge de 19 ans, c'est vrai ?
Oui. Mais dès la première fois, j'étais un pro. J'y allais tellement fort que j'ai failli m'arracher le gland. [Il fait semblant de manipuler une lance à incendie.]

Vous dites que vous essayez d'être fidèle à votre copine du moment, qui que ce soit. Si elle n'est pas là, vous vous soulagez tout seul. Vous avez même donné des petits noms sexy à vos mains.
Monique et Judy. Quand je suis frustré et un peu perdu, je sais que je peux toujours compter sur elles. Si Monique fatigue, Judy prend le relais.

C'est rare, de parler si librement de masturbation.
La masturbation, ça se passe mille six cents milliards de fois par jour. Les hommes, les femmes, tout le monde le fait. C'est comme les feux de forêt en Californie, mec, donc pourquoi ne pas en parler ? [À ce stade, nous avons encore changé d'endroit. Nous voilà désormais dans un club qui s'appelle Drink and Eat Too. Encore plus bruyant que le Rio, il est plein à craquer de personnes qui prennent un verre, dansent ou observent Rodman. Ce dernier se tient debout dans un coin derrière le bar, qui est surélevé par rapport au sol. De son piédestal, il observe, impassible, les visages tournés vers lui. Nous avons abandonné l'interview pour la soirée : l'endroit est trop bruyant. Puis Rodman se met à crier : « Eh, le journaliste ! » Et nous voilà repartis.]

« Je visualise le terrain, la balle, et l'action au panier en un clin d'œil. Jamais le joueur en face. Je pense le jeu, pas les joueurs »

Vous dites que votre objectif dans la vie, c'est la liberté – être libéré des règles sociales ou même de celles de la NBA. À quel moment vous sentez-vous vraiment libre ?
Quand je fais l'amour.

Vous pouvez développer ? Qu'est-ce que vous voulez au lit ?
Je veux une femme qui soit libre. C'est-à-dire une femme indépendante et désirable. L'indépendance chez une femme, c'est pas mal. Généralement, quand je fais l'amour, c'est moi qui tiens les rênes, c'est moi le dominant, mais j'aimerais bien qu'une femme se mette sur moi et prenne le dessus pendant une demi-heure, qu'elle me baise pendant une demi-heure. Ensuite, on serait quittes.

Qu'est-ce qui fait d'un homme un bon coup ?
La confiance. Il doit avoir confiance en sa bite. Et bouffer de la chatte, aussi. Aller voir ce qui se passe en bas et bouffer de la marmotte pour le déjeuner, c'est ça mon conseil.

Mais vous n'avez pas voulu le faire avec Madonna.
C'est un épisode du passé. On peut la laisser tranquille, Madonna ? C'est une fille bien. Je lui souhaite d'être heureuse.

C'est très galant de votre part. Bon, parlons de votre travail. La NBA d'aujourd'hui, c'est comment par rapport à la ligue d'il y a dix ans, quand vous avez débuté comme rookie ?
Le niveau dégringole. Les jeunes joueurs ont une attitude différente, un jeu différent. Certains sont déjà des stars avant de jouer dans notre ligue, et ils veulent être célèbres tout de suite. Tout le monde veut tirer. Tout le monde veut être une énorme star. Mais des vraies stars, y en a peut-être vingt, et des superstars, pas plus de quatre dans la ligue. Et puis une seule star absolue.

Jordan ? Vous ?
On s'en fout, non ? Je fais mon travail, c'est tout.

Mais ça vous a rendu riche. Ce soir, on vous a vu jouer au blackjack et au craps avec des jetons de 1 000 dollars. Vous deviez avoir 30 000 dollars devant vous.
J'ai entre 25 et 50 millions de dollars. Je l'ai gagné, cet argent.

L'argent, et un triple titre de meilleur rebondeur du championnat, celui qui analyse le jeu comme personne. Même vos détracteurs disent que votre analyse de ce qui se passe sur le terrain est inégalée depuis Magic Johnson. Chamberlain était plus célèbre, potentiellement meilleur, mais le plus perspicace des rebondeurs, c'est vous, non ?
Je peaufine mon art. Je visualise le terrain, la balle, et l'action au panier en un clin d'œil. Jamais le joueur en face. Je pense le jeu, pas les joueurs.

Quand vous avez rejoint Chicago, vous avez passé des heures en entraînement à gober des rebonds pour Michael Jordan et Scottie Pippen.
J'étudiais. Je programmais mon esprit. J'étudie les joueurs qui tirent. Leur façon de tirer, l'endroit où la balle va glisser quand ils ratent. Ces choses-là, on finit par les sentir. Et quand le match commence, mon esprit se détend et suit cette intuition, le mouvement du jeu. C'est comme quand on joue aux dés. Parfois, vous avez une intuition. Vous savez que vous allez sortir un 7. La balle, c'est la même chose : je la regarde, même quand c'est un match à la télé, et je sais si ça va partir à gauche ou à droite.

Pensez-vous que des jeunots comme Kevin Garnett, Kobe Bryant et Jermaine O'Neal maîtrisent leur art ?
S'ils sont là, c'est pas juste parce que quelqu'un a décidé qu'ils étaient bons. Ils ont un vrai talent. Ils avaient ce truc en plus. Mais maintenant, ils doivent prouver qu'ils sont bons. Je pense qu'ils en sont capables, mais ils ne l'ont pas encore fait.

Est-ce que les jeunes joueurs méritent d'être payés autant ?
Payer des joueurs 90 millions de dollars, c'est absurde. Même 30 millions. Imagine, pour les gens, le nombre de vies qu'il faudrait passer à bosser pour gagner autant d'argent. Si on paie des joueurs 90 millions, moi j'ai envie de dire, qu'ils entraînent l'équipe ! Qu'ils laissent leur place. Mais si vraiment, on décide de payer autant d'argent, même si c'est débile, autant payer les joueurs qui en valent la peine. Pas ceux qui ont encore tout à prouver. Ceux qui gagnent. Ceux qui se donnent à cent dix pour cent tous les soirs.

Dennis Rodman qui se plaint des joueurs surmédiatisés de la NBA... Ça pourrait en surprendre plus d'un.
Eh bien, peut-être, mais tu sais quoi ? Je vais faire quelque chose qui n'a jamais été fait dans l'histoire du sport. Avant la prochaine saison, je vais signer un contrat à 9 ou 10 millions de dollars et dire à l'équipe : « Si je ne les mérite pas, ne me payez pas. Si ma performance n'est pas à la hauteur du contrat, gardez l'argent. » Je jouerai toute l'année gratuitement.

Vous êtes sérieux ?
Et comment.

Vous vous y engagez ce soir ?
Mais oui. Je rends déjà une partie de mon argent. Quand je ne serai plus suspendu, je vais donner mon salaire des onze premiers matchs à des associations caritatives. Un million de dollars.

Est-ce que ça vous fait mal d'être suspendu ? Exclu des matchs pendant un mois ?
Ça m'a laissé le temps de réfléchir. Parfois, c'est tellement le bordel dans ma vie que je ne comprends même pas ce qui m'arrive. J'ai besoin de temps.

Vous ne faites plus partie de la liste d'athlètes sponsorisés par Nike.
J'ai pas de contrat avec Nike, non. Nike, c'est une virgule du passé.

La ligue a menacé de prendre des mesures drastiques en cas de nouveaux écarts de conduite. On a parlé d'une suspension à vie. Pippen dit que vous n'apprenez rien de votre crime et châtiment. Est-ce que vous allez faire plus attention ?
Non. Si je merde, je merde. Je vis dans l'instant, et je suis pas encore mort. Mais si je meurs demain, je mourrai avec le sourire aux lèvres.

Et si, demain, vous mettez un coup de poing à un entraîneur ? Vous pourriez sourire, face à une suspension à vie ?
Ça n'arrivera pas. Ils n'oseront jamais. Je suis trop rentable, comme produit. La NBA ne me lâchera jamais. Ils ont besoin de moi. La NBA, c'est un handicapé, et moi je suis la béquille. Voilà ! Ils me disent de me comporter en véritable athlète, mais ils jouent sur les deux tableaux. Toute l'attention est braquée sur moi. Ils en profitent. Mais je les emmerde, ces vieux cons, et ils ne peuvent rien y faire.

Les Bulls vous auraient demandé de vous calmer. Comment est-ce que ça s'est passé ? C'est Phil Jackson, l'entraîneur, ou Jerry Reinsdorf, le propriétaire, qui vous a parlé ?
Ils ne me parlent pas. D'une certaine façon, ils veulent me contrôler, mais ce qu'ils veulent par-dessus tout, c'est que je sois présent au match et que je fasse ce que j'ai à faire.

Vous adoriez Chuck Daly, votre premier coach pro. Puis son équipe de championnat a été dissoute. Daly a été remercié et vous avez été transféré.
Chuck Daly était un homme aimant, attentionné, qui me laissait me comporter en homme. Nous avons gagné les championnats. C'était une phase de ma vie.

« Mon plus grand atout ? Le contrôle du muscle. Tu vois ce que je veux dire... "Oh ! oh ! chéri !" Avec ça, super baise garantie »

Vous considérez-vous comme un modèle ?
Non. Je ne veux pas que les gens m'admirent. Personne dans le monde n'est un modèle, sauf pour ses propres gamins. On pense que les athlètes et les gens du monde du divertissement sont des modèles pour les enfants, mais c'est faux. Les gosses, aujourd'hui, ils ont bien plus de possibilités que nous. Ils n'ont pas besoin que je leur montre. Les gamins, aujourd'hui, ils ont 15 ans, ils font la fête comme des tarés. C'est Woodstock tous les jours. Mais ce que je demande aux gens, par contre, c'est qu'ils respectent mon individualité.

Vous êtes un modèle pour les individualistes.
Les gens disent qu'ils ne veulent pas que les jeunes Noirs ressemblent à Dennis Rodman. Moi, c'est pas ce que je demande. Si c'est ça qu'ils choisissent, c'est leur problème.

Voulez-vous rester chez les Bulls l'année prochaine ?
Absolument.

Si vous étiez suffisamment ringard pour être coach, quelles seraient vos règles pour l'équipe ?
Venir au match. Pas me casser les couilles. C'est tout.

Êtes-vous ami avec Michael Jordan ?
Je t'ai dit que je m'en branle, des mecs de la NBA. Je traîne pas avec les athlètes. Être pote avec Michael Jordan, c'est censé être un scoop ? N'importe quoi.

Dans votre livre, vous n'avez pas été tendre avec certaines stars : David Robinson est un dégonflé, Pippen se laisse impressionner. Comment ont-ils réagi ?
Ils n'ont pas réagi. Je crois qu'ils me respectent parce que je suis moi-même.

Parlons de certains de vos collègues. Comment décririez-vous Michael Jordan ?
C'est un athlète unique, fascinant.

Scottie Pippen ?
Une grande star dans son propre monde.

Shaquille O'Neal ?
L'avenir.

Pensez-vous que David Stern, le président de la NBA, veut vous virer de la ligue ?
Je m'en fous, de ce que David Stern pense. C'est pas mon père, merde. Je m'en fous, mais je vais quand même te dire ce qu'il pense. Il pense que la ligue a besoin de moi. David Stern est un fan non assumé de Dennis Rodman.

On a souvent dit que Daly était une figure paternelle pour vous. Même chose pour James Rich, le postier de l'Oklahoma qui vous a accueilli chez lui. Est-ce que vous vous cherchez un père depuis que Philander Rodman vous a abandonné, quand vous aviez 3 ans ?
Je ne pense pas, non.

Comment avez-vous fait, face à cette absence ?
Je me suis habitué. De toute façon, c'est pas un homme qui fait de toi un homme. C'est à toi de te débrouiller tout seul. On comprend vite que la vie est imprévisible, compliquée, et qu'on sera pas forcément heureux. C'est là qu'on devient un homme.

Votre père a fini par vous écrire l'an dernier. Il vous a envoyé une lettre des Philippines.
Je ne l'ai pas reçue.

Au bout de trente-deux ans, il a dit qu'il voulait vous rencontrer.
Il a essayé. Pour moi, c'est juste un de ces mecs qui veut sa part du gâteau. Je le déteste pas, mais bon, tu vois, je me suis débrouillé sans lui pendant toutes ces années. Si je le rencontrais, je le traiterais comme n'importe qui d'autre, comme les gens au casino qui veulent un autographe. Après avoir fini avec tout le monde, je lui serrerais la main à lui aussi, et je dirais : « Enchanté, comment ça va ? »

Et vous passeriez à autre chose.
Exactement.

Comme votre revanche avec le photographe.
On récolte... Ce que l'on sème.

« Si j'étais homo, je n'aurais pas honte de le dire. Je suis le premier à dire que je baiserais un mec. Donner, prendre, recevoir ou donner, peu importe, c'est la sensation qui compte »

Il paraît que, enfant, vous étiez si timide qu'il fallait vous pousser pour que vous descendiez du bus scolaire, c'est vrai ?
Je ne suis devenu ce que je suis aujourd'hui que bien plus tard. J'étais timide. Je me sentais comme tous les autres gamins, mais en apparence, je vivais comme un robot. Avec les autres gamins, impossible d'être heureux, d'être soi-même.

Vous avez déjà eu une expérience religieuse ?
Je suis allé à l'église tous les dimanches jusqu'à mes 21 ans. J'ai été élevé chrétien, baptiste, mais je pourrais être n'importe quoi d'autre. Je crois en l'Esprit saint. Je ne pense pas qu'il faille aller à l'église pour prier. L'esprit tout-puissant est partout. Dieu est là, quelque part, et Il fait ce qu'Il a à faire.

Est-ce qu'Il ou Elle a un projet particulier pour vous ?
Non. Je n'ai aucune destinée. Bien sûr, on peut toujours prier le Saint-Esprit pour qu'il nous emporte, qu'il arrange tout, mais qui sait s'Il l'entend, cette prière ? C'est qu'un mirage.

Je pense qu'on peut dire que Dieu, pour vous, n'est pas une espèce de géant barbu en robe blanche.
Absolument.

Robe blanche et boa, peut-être ?
Qui sait ? Peut-être même qu'Il porte un string.

Il y a une partie de votre légende qui reste un mystère : quand vous étiez agent d'entretien à l'aéroport de Dallas Fort Worth, vous avez volé cinquante montres. Tout le monde peut voir les caméras de sécurité dans un aéroport. Vous ne pensiez pas être arrêté ?
Peut-être que je l'ai fait pour me faire arrêter. Parfois, dans la vie, on allume de la dynamite pour voir si ça explose.

En quête de popularité, vous avez donné des montres gratuites à presque toutes vos connaissances.
Je n'avais pas besoin de popularité. Mais je n'avais pas besoin d'autant de montres, et je ne les avais pas prises pour les vendre. En fait, c'était pour essayer un truc nouveau, voir ce que ça allait donner.

Vous avez dû vous sentir seul lors de votre nuit en garde à vue. C'était comment, être en garde à vue à l'aéroport ?
C'est une cellule de détention provisoire. T'es menotté. Tu attends jusqu'à ce que la police arrive et t'emmène vraiment en garde à vue.

Avant que vous ne deveniez enfin une star du basket à Southeastern Oklahoma State, la famille de James Rich vous a accueilli. Vous êtes devenu ami avec le fils, Bryne Rich, après qu'il a tué un ami dans un accident de chasse, et vous avez vécu avec la famille Rich comme si vous étiez leur fils.
Bryne est toujours mon meilleur ami. On était un duo d'âmes perdues. Pour nous, la vie c'était un sacré bordel, et une souffrance abominable. Ce qu'on voulait simplement, c'était un peu de bonheur de temps en temps.

Que pensent les Rich de votre célébrité ?
Ça ne les éblouit pas. Ou en tout cas, ils ne le montrent pas. Les gens de l'Oklahoma, ils ne montrent pas ce qu'ils pensent.

Est-ce que vous rêviez de jouer pour la NBA ?
Le basket, c'était pas mon rêve. Je n'y avais jamais pensé.

Pas de posters de Chamberlain ou de Bill Russell ?
Si c'était le cas, je ne serais pas où j'en suis aujourd'hui. Non, je ne voulais pas être dans la NBA. Mais j'ai toujours su que quelque chose allait m'arriver. J'ai dû attendre d'avoir plus de 30 ans et d'apprendre à m'exprimer.

Dennis Rodman, avec la chanteuse Toni Braxton, aux MTV Music Video Awards à New York, en septembre 1996. Photo : Mike Segar/Reuters

Vous aviez 31 ans quand la police de Detroit vous a trouvé endormi dans votre voiture, devant le Palace à Auburn Hills. Vous aviez un fusil chargé. Vous avez dit que vous songiez à vous suicider. Au lieu de ça, vous avez décidé de changer de vie.
C'était le début de mon salut. J'avais 32 ans quand j'ai compris qui j'étais vraiment. Et depuis, je fais ce que j'ai à faire.

Ensuite, il y a eu les tatouages, les piercings au nez, et les excentricités capillaires.
Sans ça, j'aurais été plus docile, un simple athlète. Mais je suis en train de revivre toute mon enfance, de zéro à 20 ans. Là, maintenant, je dois avoir 5 ans.

Combien de poitrines sont cent pour cent naturelles, ici, dans cette boîte de nuit ? Quarante pour cent, je dirais. Tu bois quoi ? On va recommander trois Jäger.

Jägermeister, le shot des champions. Vous en avez pris un certain nombre ce soir. Comment faites-vous pour boire autant et être toujours aussi performant sur le terrain ? T'as dit quoi ?

Vous avez un remède contre la gueule de bois ?
Ça n'existe pas, ça.

Comment pouvez-vous boire autant et être aussi en forme ?
Je te parle, tu vois ? Je suis au top. Tu vas voir, ça va être une super interview. Je me suis préparé psychologiquement, mec. Je me prépare à faire la fête ou à faire du business. Je fais les deux. Alors bien sûr, je ne fais pas la fête comme ça pendant la saison, en tout cas, pas tous les jours. Faut choisir les bons moments. Y a des moments où faut faire du business, être en bonne forme physique, faire son boulot. Dans ces moments-là, c'est le business d'abord, et la fête après.

Ça vous arrive d'être seul ?
Les jours de match, oui.

Vos entraînements sont éreintants. Vous soulevez des haltères pendant deux heures juste avant un match, puis vous affrontez les plus grands athlètes du monde sur le terrain, avant de retourner pousser de la fonte pendant deux heures supplémentaires et de finir par une douche. C'est comme ça que vous évacuez l'alcool ? Combien pouvez-vous soulever par jour ?
La seule limite à ce que je peux soulever, c'est le mental.

Qu'est-ce qui vous passe par l'esprit quand la balle est en jeu ? Est-ce que vous avez des mots en tête ?
C'est une mélodie, mec. Peu importe le tempo du match, c'est toujours une mélodie.

Hors du terrain, vous pouvez vous maîtriser ?
[Il hausse les épaules] Parfois, je capte rien à ce qui se passe. Que dalle. Je fais certains trucs sans vraiment le vouloir.

Qu'est-ce qui est tabou, pour vous ?
Je ne crois pas aux limites. Se suicider, c'est la seule limite.

L'entraîneur Bob Knight pense que vous êtes un imposteur. Il dit de vous que vous êtes « le plus grand arnaqueur de l'histoire de l'humanité ».
Arnaqueur, il a dit ?

Arnaqueur.
Alors, faut m'appeler M. Flynt [Larry Flynt, fondateur du magazine pornographique Hustler (« arnaqueur » en anglais), note de la tradutrice] ! Je serai l'arnaqueur en chef.

Vous avez écrit qu'il y a eu une forte prise de conscience sur la question du sida parmi les joueurs de la NBA, après l'annonce de la séropositivité de Magic Johnson.
Oui, mais c'est retombé immédiatement. Les athlètes, c'est comme tout le monde. Ils se disent qu'ils vont utiliser une capote, mais après, ça leur plaît pas trop, alors ils l'enlèvent.

Il n'y a pas de réunion de sensibilisation sur le sida pour les équipes ? Un médecin, un thérapeute qui vient parler aux joueurs pour leur dire d'utiliser des préservatifs ?
Ça dure quinze minutes, pas plus.

Selon vous, quel est le pourcentage de sexe protégé au sein de la NBA ?
Environ cinquante, je dirais.

Donc on se dirige vers un véritable fléau du sida parmi les athlètes pros ?
Pourquoi on dit que c'est la faute des athlètes ? Ils n'ont pas inventé le sexe sans capote. Ce ne sont pas des modèles, ils sont pas là pour donner l'exemple au reste de la société. Il ne faut pas s'en prendre à eux, ils sont comme tout le monde.

Sauf qu'ils sont jeunes, riches, et que beaucoup de femmes les supplient de coucher avec elles.
C'est crevant.

Et si vous appreniez que vous étiez séropositif ? Comment réagiriez-vous ?
Qu'est-ce qu'on peut y faire ? Dans ce cas, on ne peut que s'en prendre à soi-même, non ?

C'est un sujet bien triste. Essayons de parler de quelque chose de plus gai. Dites-nous quelle est la couleur qui vous va le mieux.
Le blanc.

Pour la pureté.
Les filles blanches. J'aime bien le rose, aussi. Les nuages roses et blancs de l'amour.

Quel est votre plus grand atout ?
Mon plus grand atout ? Le contrôle du muscle. Tu vois ce que je veux dire... « Oh ! oh ! chéri ! » Avec ça, super baise garantie.

Les femmes vous poursuivent d'une côte à l'autre. GQ considère que vous êtes peut-être le plus grand « aimant à vulves » du pays. C'est lourd à porter, comme réputation ? Est-ce que vous réussissez à être à la hauteur de votre image d'étalon ?
Ce n'est pas comme ça que je vois les choses. Je n'ai rien à prouver.

Dans votre livre, vous sous-entendez que parfois, vous simulez au lit.
Ah oui ?

Vous dites que, parfois, vous poussez toutes sortes de cris pour rassurer votre partenaire sur sa performance.
Tu sais, le sexe, je pratique beaucoup. Parfois, c'est un peu machinal. Ça m'est arrivé de simuler. Les femmes simulent toujours, merde, je ne fais que renverser la tendance.

Autre exemple de votre versatilité : vous avez fait les gros titres en portant du maquillage et en vous habillant en drag-queen. Beaucoup de personnes vous croient homo ou bisexuel, bien que vous n'ayez jamais admis avoir eu une expérience homosexuelle. Où en êtes-vous de votre sexualité ?
Si j'étais homo, je n'aurais pas honte de le dire. Je suis le premier à dire que je baiserais un mec. Donner, prendre, recevoir ou donner, peu importe, c'est la sensation qui compte. Et le jour où j'aurai envie de me faire un mec, je le crierai sur les toits. Je veux que le monde entier sache que je suis homo.

Mais vous n'êtes pas encore passé à l'acte.
Je me masturbe mentalement. Je fais l'amour dans ma tête. En permanence.

Êtes-vous attiré par les hommes ?
On est tous un peu homosexuels. On se donne des petites tapes sur les fesses. On s'embrasse. J'embrasse des transsexuels. Si je trouve un mec attirant, j'ai pas de problème à lui dire : « T'es magnifique, mon salaud. » Je le prends dans mes bras et je l'embrasse.

Si vous embrassez un homme en toute amitié, est-ce que son apparence physique importe ?
[Il réfléchit] Oui.

« La NBA peut aller se faire foutre »

Que pense votre mère quand elle vous voit avec du maquillage et une robe de soirée ?
Elle s'en fout. Elle a une nouvelle maison.

Ça vous arrive de porter des vêtements de femme en privé ?
De temps en temps. Ça montre que je ne suis pas qu'un athlète. Que je n'ai pas peur de la société. Je ne suis pas conventionnel.

Vous n'avez pas vraiment de tendances homosexuelles, si ?
J'ai beaucoup fait pour la communauté gay. Pour que ce soit plus acceptable. Je suis un amuseur, un phénomène, et un monument historique.

Vous dites que ça vous arrive de fantasmer sur le sexe avec un homme, mais vous ne vous êtes jamais vraiment lancé.
Le sexe doit rester un mystère. On a besoin de mystère. Si tout le monde est pareil, on perd le mystère. Et si ce n'était pas vrai, alors tout le monde serait gay ou lesbienne, non ?

La dernière fois que vous étiez seul ?
Quand je dors, je suis seul.

Votre agent, Dwight Manley, nous a raconté que vous êtes somnambule. Apparemment, ça lui est arrivé de dormir sur le canapé dans votre maison ou dans votre suite d'hôtel, quand tout à coup vous débarquez comme un robot, le poussez et vous allongez à côté de lui.
Non, non. C'était juste pour déconner.

Mais vous êtes somnambule, n'est-ce pas ?
Parfois. Comme tout le monde.

Ce n'est pas vrai.
Si, toi aussi. Ça arrive à tout le monde, d'être somnambule.

Qu'avez-vous prévu pour votre retour ?
Être à fond dans le personnage, c'est tout. Quand la caméra tourne, le spectacle commence.

Vous avez dit que vous renonceriez à votre salaire l'année prochaine si votre performance n'est pas à la hauteur. Qui décide si vous êtes assez bon ?
[Il sourit] Moi.

Vous dites que vous vivez dans l'instant, mais vous semblez quand même avoir tout prévu. Bob Knight aurait donc raison, à votre sujet ?
Soit on dit que je suis un génie, soit le connard le plus crétin du monde. Certaines personnes diraient que je suis malin. Moi, tu sais comment je me définirais ? Brillant. Pour moi, c'est être brillant. Wile E. Coyote, c'est moi. Wile E. Coyote.

Et la célébrité ?
Ça me fait vivre, ma fille et moi.

Vous ne la voyez pas beaucoup.
Alexis, elle va sur ses 9 ans. C'est mon modèle. Elle est magnifique. Tu sais ce qui me brise le cœur ? C'est de voir qu'elle est tellement timide. Tous les mômes, ils parlent dans son dos. Même dans son école privée, elle ne peut pas y échapper, elle reste ma fille. On se parle au téléphone et elle me dit : « Papa, je ne veux pas aller à l'école. » Ça me fait me refermer sur moi-même. Cette image de moi, putain, parfois je ne la supporte plus. J'ai deux veines qui me gardent en vie : mes émotions et ma petite fille.

Vous étiez un enfant timide.
Je suis toujours timide, mon frère. Regarde, quand je suis sur le plateau télé de Jay Leno. Dès qu'il me pose une question personnelle, je regarde par terre. Je n'arrive pas à lever les yeux. J'ai vu Jimi Hendrix dans un vieux talk-show de Dick Cavett, c'était la même chose. La timidité. Et maintenant, je vois Alexis faire la même chose.

Vous voyez souvent votre fille ?
Je ne la vois pas. C'est mon ex-femme qui a la garde. Mon ex-femme, une conne qui a écrit un livre plein de conneries. On a été marié pendant seulement quatre-vingt-deux jours, mais maintenant que j'ai un peu d'argent de poche, elle se dit qu'elle va profiter de ma notoriété pour se refaire. Je suis comme O.J. Simpson. Dès que je fais quelque chose, les gens essaient d'avoir leur part du gâteau.

Est-ce que vous essayez de la voir ?
Je vais peut-être devoir faire appel à des avocats pour avoir le droit de la voir. Je dépenserai tout l'argent qu'il faut. Et avant d'avoir peut-être un autre enfant, je veux tout faire pour Alexis.

Vos problèmes familiaux vous ont-ils rendu cynique ?
Non. Ils font de moi quelqu'un de réel. Je les accepte, et j'avance.

Quels contacts avez-vous avec Annie, votre ex-femme ?
Je l'appelle et je lui demande de me passer Alexis.

Pensez-vous que les hommes et les femmes peuvent apprendre à bien s'entendre ?
Bien sûr que non.

Vous avez envie de vous remarier ?
C'est pas facile, la quête du graal. C'est pas facile de dire qui est sincère et qui s'intéresse seulement à ta thune. Une fois, une fille m'a attaqué en justice parce que, soi-disant, je lui avais refilé de l'herpès.

Vous croyez au mariage ?
Il y a un truc qui se passe, quand on se marie. Avant, tu faisais l'amour à ta femme, mais là c'est différent, parce que ça devient une obligation. Et tu ne peux pas vraiment faire l'amour à quelqu'un indéfiniment. Au bout d'un certain temps, ça devient mécanique. C'est juste de la baise. Tu peux faire l'amour à ta copine. Tu fais l'amour à ta copine et à tes plans cul parce que tu ne veux pas les perdre, mais t'es obligé de baiser ta femme.

Une dernière question de basket. Est-ce que vous avez une responsabilité vis-à-vis de la NBA ?
La NBA peut aller se faire foutre. C'est ça, leur responsabilité.

Vous êtes un incompris ?
Je ne suis pas fou. Je ne suis pas Hannibal Lecter. Le vrai Dennis Rodman, ça risque de te choquer, mais il est très calme. Je suis une immense vague de tranquillité, je suis là [il montre ses yeux du doigt], et je te regarde.


« Paroles de lapin » est disponible aux Éditions du sous-sol.

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