Société

L’avenir incertain de Gibraltar après le Brexit

Le projet de Luke Archer vise à documenter l’héritage de Gibraltar et les défis auxquels il pourrait être confronté s'il quittait l'UE.

par Luke Archer; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek
25 Septembre 2019, 8:01am

Toutes les photos sont de l'auteur.

J'ai de la famille qui vit depuis dix ans sur le « rocher », ou Gibraltar, comme on l'appelle officiellement. C'est un endroit excentrique, dont peu de gens en dehors de l'Union européenne avaient entendu parler jusqu'à tout récemment. De fait, l’idée reçue la plus courante est que Gibraltar est une île de la mer Méditerranée. En réalité, il s'agit d'une péninsule – une montagne imposante de calcaire qui partage une frontière avec l’Espagne et qui est, depuis 1713, la seule partie du territoire britannique située en Europe continentale.

Une fois qu'on a surmonté l’impression de se promener dans ce qui semble être une petite ville britannique, avec ses boîtes aux lettres rouges et ses cabines téléphoniques emblématiques, alors que les gens autour parlent un mélange d'espagnol et d'anglais, on commence à apprécier son originalité. Bien que physiquement le territoire puisse être considéré comme faisant partie de l'Espagne, ses habitants sont fiers de leur héritage britannique. Lors d'un référendum sur la question en 1967, plus de 99 % ont voté pour rester sous la souveraineté du Royaume-Uni.

1565040236048-7831_020_300

Les relations entre Gibraltar et l'Espagne sont, à juste titre, compliquées, oscillant entre indifférence et hostilité pure et simple. Franco a fermé la frontière de 1969 à 1985. En conséquence, des familles ont été séparées des deux côtés de la frontière ; le coût de la nourriture et d'autres produits de nécessité a augmenté ; de nombreux travailleurs espagnols ont perdu leur emploi ; et les Gibraltariens se sont retrouvés piégés. Beaucoup craignent que le Brexit ne déclenche une autre crise frontalière aux conséquences désastreuses pour ceux qui vivent de part et d'autre de la barrière.

Mon projet vise à documenter l’héritage de Gibraltar et, avec l'arrivée imminente du Brexit, les défis auxquels il pourrait être confronté s'il quittait l'UE. La préoccupation immédiate est la libre circulation transfrontalière. Plus de 750 000 personnes traversent la frontière chaque mois, selon un rapport de 2018. Pour l’instant, cette traversée est plutôt facile et décontractée. Lors d'un voyage l'année dernière, je suis entré du côté espagnol et l'officier « vérifiant » les passeports n'a même pas levé les yeux de son portable. (Un Gibraltarien m'a ensuite expliqué que c'était parce que, pour l'agent, le fait de vérifier mon passeport revenait à reconnaître la frontière et l'existence de Gibraltar en tant que pays.) Toutefois, ce n'est pas toujours le cas. Les agents espagnols immobilisent parfois le trafic frontalier en contrôlant minutieusement chaque véhicule qui passe.

Pour de nombreux Espagnols, Gibraltar fournit des emplois vitaux, tels que des travaux de construction, dans une région où les possibilités d'emploi sont limitées. Les régions espagnoles entourant Gibraltar ont beaucoup souffert de la récession de 2008 et restent économiquement défavorisées. La ville voisine de La Linea a un taux de chômage d'environ 30 %. Les citoyens des deux côtés peuvent gagner de l'argent illégalement en profitant de la faible taxe sur les marchandises de Gibraltar, par exemple en achetant des cigarettes à bas prix et en les vendant à profit en Espagne.

1565040288843-10-5_300

Mais ce n'est pas seulement la frontière terrestre qui pose problème : le littoral de Gibraltar est aussi une zone de conflit. Le territoire est l'un des endroits les plus densément peuplés du monde et sa population ne cesse de croître. En raison de l'impossibilité pratique de construire sur la paroi rocheuse, le gouvernement de Gibraltar a récupéré des territoires sur la mer. Mais pour l'Espagne, ces eaux sont espagnoles et, en représailles, elle a menacé d'intenter une action en justice contre les développements futurs.

Malgré ces problèmes, les deux entités entretiennent des relations professionnelles, les forces de police collaborant pour intercepter les trafiquants de drogue en provenance du Maroc. L'espoir est que cet esprit de coopération puisse se poursuivre à tous les niveaux. En mars de cette année, une convention fiscale a été signée entre Gibraltar et l'Espagne, et d'autres concessions de part et d'autre de la frontière seront nécessaires pour assurer le maintien de la stabilité des deux côtés.

La suite des photos :

1565041199763-14-8re_300
1565041238348-11-9_300
1565041260838-28-10_300
1565041296276-6-2_300
1565041331632-8-8_300
1565041357831-15-1_300
1565041381704-13-8_300
1565041398934-25-10_300
1565041437988-20629_019_300
1565041452077-6-9_300
1565041471192-7831_033_300
1565041507168-new-2_300
1565041555636-15-5_300
1565041609207-new-8_300
1565041649278-37-10_300
1565041701016-17-9_300

VICE France est aussi sur Twitter, Instagram, Facebook et sur Flipboard.

Tagged:
VICE Magazine
Brexit
Gibraltar
Espagne
v26n3
Luke archer