Raid de la police roumaine dans les égouts de Bucarest pour démanteler un réseau de trafiquants de drogue

Des centaines de personnes habitent dans ces égouts. La plupart se sont échappés de leurs orphelinats en 1989 avec la chute du régime communiste. Ces orphelins, devenus adultes, n’avaient d’autre choix que d’aller vivre dans les souterrains de la ville.

|
24 juillet 2015, 1:40pm

Photo par Vadim Ghirda/AP

La police roumaine a fait une descente dans le réseau des égouts de la capitale du pays, Bucarest, où des centaines de personnes vivraient — dont des enfants.

Cette opération antidrogue d'envergure, qui a été menée plus tôt dans la semaine, avait été préparée pendant de longs mois, pendant lesquels les égouts avaient été placés sous surveillance, d'après la chaîne Channel 4 News. La police détient ce vendredi des dizaines de personnes suspectées d'être impliquées dans un trafic de drogue.

« Une génération entière d'enfants a grandi dans les égouts, » expliquait ABC News dans une enquête menée l'année dernière — une conséquence tragique de la chute du régime communiste roumain.

La communauté souterraine serait principalement composée d'enfants libérés en 1989 des orphelinats du pays où les conditions de vie étaient tragiques. À leur fermeture, les enfants n'avaient nulle part d'autre où aller que dans les égouts.

Sous le régime de Nicolae Ceausescu, l'avortement et les moyens de contraceptions étaient interdits. Il y avait, selon des estimations, « au moins 100 000 enfants, et sans doute plus, » dans les orphelinats à l'époque.

Toujours hantés par les terribles conditions de vie, auxquelles ils avaient dû faire face dans les orphelinats, ces enfants — qui sont aujourd'hui adultes — « sont à la marge de la société, accros à l'alcool et à la drogue, » d'après la BBC. Certains de ces orphelins ont depuis eu des enfants.

Présent sur place à Bucarest cette semaine, le journaliste de VICE, Max Daly, explique comment cette communauté de toxicomanes — dont la plupart sont Roms — est « laissée à l'abandon ».

« Les morts par overdose sont extrêmement courantes dans cette communauté, » écrit Daly pour VICE. « Le gouvernement roumain s'embête à peine à essayer de recenser le nombre de morts liées à la drogue. »

À lire : Le reportage de Max Daly pour VICE sur cette communauté qui vit dans les égouts de Bucarest (en anglais)

Ce mardi, des officiers des stups roumains sont descendus dans les égouts de la capitale, où des personnes suspectées d'être impliquées dans des trafics de drogues vivraient. La police a aussi procédé à des fouilles dans les bâtiments alentour.

Les procureurs en charge de l'affaire ont déclaré que l'enquête doit permettre de démanteler un réseau de trafiquants de drogue, composé de 23 membres identifiés. Ils vendraient de la méthadone, de l'héroïne, et d'autres drogues.

La police a déclaré avoir trouvé des peintures, des télévisions, des drogues, et de l'argent liquide dans les égouts, mais les procureurs n'ont pas été en mesure de confirmer cette information, d'après l'Associated Press.

Des dizaines de suspects sont interrogés par la police, dont un homme de 41 ans surnommé Bruce Lee, qui serait à la tête du réseau. Photographié torse nu et menotté, il est surnommé le « Roi des Égouts ».

D'après la chaîne Channel 4, l'emprisonnement de Lee ne risque pas de changer grand-chose pour ceux qui vivent dans les égouts de Bucarest.

Suivez Charlotte Meredith sur Twitter : @chmeredith

Plus de VICE
Chaînes de VICE