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Des lesbiennes nous expliquent pourquoi le porno lesbien mainstream n'a rien à voir avec la réalité

Ciseaux partout, intimité nulle part : quand les hommes hétérosexuels s'emparent d'un sujet qu'ils ne maîtrisent pas.

par Carolyn Cage
07 Juin 2017, 4:30am

Image via Wiki Commons

Cet article a été initialement publié sur VICE Australie.

Les ciseaux, et d'immenses godemichés. Ceux qui ont déjà maté des films pornographiques mainstream mettant en scène des lesbiennes le savent bien : aux yeux des réalisateurs, seuls ces deux faits semblent exister. Sans surprise, le porno lesbien sort avant tout de la tête d'hommes qui cherchent à satisfaire des consommateurs bien souvent masculins, et qui n'ont pas grand-chose à faire de ce qui se produit réellement dans l'intimité de la communauté LGBTQ.

Face à ce constat, nous avons demandé à plusieurs lesbiennes ce qu'elles pensaient de ces films et du décalage énorme qu'il pouvait y avoir par rapport à leurs pratiques amoureuses.

DORA

VICE : Salut Dora. Selon toi, quelle est la plus grande différence entre le porno lesbien et les relations sexuelles « classiques » des lesbiennes ?
Dora :
Sans doute l'intimité. À mes yeux, le sexe n'a rien d'agressif. Dans le porno lesbien, on dirait que les filles cherchent à se frotter les unes aux autres le plus violemment possible, sans aucune notion de plaisir.

Un autre exemple ?
Elles font beaucoup trop de bruit. Le fait de se frotter le sexe l'une contre l'autre me paraît très bizarre, aussi.

T'arrive-t-il de regarder du porno lesbien, malgré tout ?
Pas vraiment, parce que celui-ci contribue à propager des stéréotypes, notamment auprès des hommes hétérosexuels. Ces derniers, au lieu de nous respecter, finissent parfois par nous considérer comme des êtres lubriques qui ne pensent qu'à se cisailler.

Tu as des exemples ?
Tout à fait. Je dirais que 50 % des mecs hétérosexuels que je connais m'ont déjà fait des remarques sur ma vie sexuelle. Un mec m'a même déjà posé des questions spécifiques sur les ciseaux et sur l'éjaculation féminine. Les hommes ont tendance à projeter l'image de la pornographie sur les lesbiennes qu'ils croisent, ce qui est irrespectueux, voilà tout.

SALLY

VICE : Bonjour Sally. Quels détails te choquent le plus lorsque tu regardes du porno lesbien mainstream ?
Sally :
La taille des ongles des actrices, et le fait que la sensualité est complètement laissée de côté, comme si ces femmes n'en avaient rien à foutre.

Les ongles ?
Oui. Tu sais, si on ne se coupait pas les ongles, le sexe deviendrait très rapidement douloureux.

Et pourquoi les hommes matent-ils de telles vidéos, selon toi ?
Parce que les actrices sont souvent superbes. De plus, j'imagine que voir deux femmes ensemble les excite comme s'ils étaient encore adolescents et qu'ils demandaient à deux copines de s'embrasser en soirée.

Et quel est ton avis sur le porno lesbien mainstream, en général ?
Selon moi, il nuit à la normalisation de l'homosexualité. Prenons un exemple : un soir, alors que j'étais dans une soirée avec ma copine et que je l'embrassais, un type s'est approché de nous pour nous dire que c'était « chaud ». Comme si on faisait ça pour son plaisir à lui.

LIV

VICE : Salut Liv. C'est quoi ton avis sur les ciseaux ?
Liv :
Pour moi, c'est un tue-l'amour. J'imagine que pas mal de lesbiennes ont déjà tenté ça, mais ça ne sert absolument à rien. En gros, vous passez votre temps à vous frotter contre le ventre de votre partenaire. Ça n'a aucun sens.

Ça vient d'où, selon toi ?
J'imagine que les hétérosexuels, quand il s'agit de sexe, ne peuvent s'empêcher de penser à la pénétration. Du coup, quand ils veulent représenter une relation sexuelle entre lesbiennes, ils se sentent obligés de la faire ressembler à ce qu'ils connaissent. Les ciseaux, c'est sans doute ce qui ressemble le plus à une pénétration.

Le porno lesbien ressemble-t-il à la réalité, malgré tout ?
Non, il ressemble à ce que les gens s'imaginent au sujet des lesbiennes. D'ailleurs, la plupart du temps, les actrices ne sont pas lesbiennes. Elles se contentent de jouer, vu que c'est leur métier. Après, le porno en général ressemble-t-il à la réalité ? C'est plutôt ça qu'il faudrait demander.

JESS

VICE : Salut Jess. Le porno lesbien te dérange-t-il ?
Jess : Pas vraiment, même s'il faut être conscient qu'il ne ressemble en rien aux relations sexuelles entre lesbiennes. J'imagine que le porno lesbien s'adresse d'abord aux hommes, tant il met en avant des bimbos siliconées aux ongles interminables.

Qu'est-ce qui sonne le plus « faux », selon toi ?
À mes yeux, le sexe a à voir avec le lien émotionnel entre deux individus. Le porno lesbien n'a aucun rapport avec l'émotion. Il donne presque l'impression que l'orgasme peut être atteint en deux secondes, ce qui est loin d'être le cas dans la réalité, faites-moi confiance.

Que faudrait-il pour le rendre plus réel ?
De l'intimité, c'est tout. Dans le porno, vous ne voyez aucun baiser qui sonne juste.

Et qu'en est-il des ciseaux ?
J'ai déjà tenté ça une fois, et je n'ai rien ressenti. C'est un énorme cliché, tu sais. Tout le monde pense que les relations sexuelles entre lesbiennes ressemblent à ça. C'est très bizarre.

Quels sont les éléments occultés par le porno lesbien, que l'on retrouve dans tes relations sexuelles ?
Le fait de mettre la fille à l'aise, de la faire se sentir en sécurité – et qu'elle en fasse de même de son côté. Il faut toujours que je me sente très proche de l'autre pour que ça se passe bien. Pour qu'une fille jouisse, il faut vraiment qu'elle se sente en phase.