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FRANCE

La prison de Fresnes regroupe les islamistes radicaux

La maison d'arrêt teste l'isolement des détenus considérés comme islamistes radicaux. Le but affiché est d'éviter l'embrigadement d'autres prisonniers.
14.11.14
Prison de Fresnes, photo via Wikimedia Commons

Depuis trois semaines, la direction du centre pénitentiaire de Fresnes, en banlieue parisienne, a rassemblé une vingtaine de détenus (sur les 2 500 que compte la prison) qu'elle considère comme des islamistes radicaux dans une « unité de vie », à l'écart des autres. D'après une source pénitentiaire, citée par l'AFP, il s'agit de les empêcher « de pouvoir recruter au sein de la population » carcérale.

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La mesure n'a été révélée que ce jeudi, après que plusieurs incidents ont eu lieu. Pour protester contre leur isolement, douze des prisonniers concernés ont refusé de retourner dans leurs cellules après leur promenade. L'un d'eux s'en est pris à un surveillant. Une scène similaire se serait déroulée dimanche, toujours d'après l'AFP.

Le porte-parole du ministère de la Justice, Pierre Rancé, a confirmé à VICE News que la Chancellerie était au courant de cette mesure mais il juge que communiquer dessus est prématuré, car il s'agit encore pour le moment d'un « test ». Le porte-parole indique que ce regroupement des prisonniers a été mis en place à l'initiative du directeur de la prison de Fresnes.

« Ce test fait partie d'une réflexion d'ensemble entreprise au ministère de la Justice pour savoir quelle est la meilleure gestion possible des personnes condamnées pour terrorisme, » explique-t-il. « Le directeur de la prison de Fresnes tente une expérience, pour voir ce qu'il se passe en termes de prosélytisme et de sécurité. On ne sait pas encore si c'est pertinent. L'expérimentation a commencé le 15 octobre dernier, mais il n'y a encore aucune stratégie d'arrêtée. À la fin de l'année, on aura un retour concret, on pourra voir quelles sont les informations utiles qui en sortiront. »

D'après le journal Le Figaro, certains surveillants s'inquiètent de la mise en place d'une telle mesure : Ahmed El Hoummass, syndicaliste à la CGT de la prison de Fresnes explique que : « Cet isolement entre eux agit comme un véritable centre de perfectionnement. Les uns vont apprendre aux autres comment s'améliorer dans la diffusion du radicalisme. De plus, les vraies têtes pensantes n'apparaissent jamais, ceux-là sont sans histoires. Ce sont les plus vulnérables qui se sont fait repérer comme extrémistes. »

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Pour Farhad Khosrokhavar, directeur d'études à l'EHESS et auteur notamment du livre L'Islam dans les prisons, ce type de stratégie n'est ni bon ni mauvais. « En soi, ça neutralise une grande partie des stratégies de prosélytisme, » explique-t-il à VICE News. « L'aspect négatif, c'est qu'en les mettant ensemble [les prisonniers radicaux], ils peuvent constituer des réseaux plus vastes et plus dangereux. Il y a une possibilité de contagion. » Il regrette cependant que l'expérimentation soit menée dans cette prison en particulier : « Fresnes n'est pas approprié car c'est un espace très confiné, les détenus peuvent s'entendre. Il faudrait une prison plus vaste. » La prison de Fresnes n'a pas voulu répondre à nos questions.

L'incarcération comme facteur de la radicalisation islamique fait l'objet d'un nouveau débat public en France, depuis la tuerie du Musée juif de Bruxelles en mai 2014. Le suspect des meurtres, Mehdi Nemmouche, aurait basculé vers l'islam radical après un séjour en prison. Plus récemment, le rapport d'un député UMP, Guillaume Larrivé, qui dit que 60 % de la population des prisons françaises serait de « religion ou de culture musulmane », a été très médiatisé. Mais ce pourcentage impressionnant est inexact, d'après le journal Le Monde.

Pour Olivier Bobineau, sociologue et auteur, entre autres, du livre Notre laïcité ou les religions dans l'espace public, la réponse apportée par la prison de Fresnes n'est pas une solution de longue durée, explique-t-il à VICE News : « Le risque, c'est le repli identitaire, l'entre-soi. Les radicaux sont victimes de trois frustrations, politico-religieuses, économiques, et de reconnaissance sociale. Pour [ceux qui se radicalisent] la religion apporte en réponse l'espérance, l'équité et l'estime de soi. L'isolement n'est qu'une mesure de court et moyen terme. Si l'on veut vraiment répondre à la radicalisation, il faut apporter une réponse alternative à ces trois frustrations. »

Suivez Mélodie Bouchaud : @meloboucho

Photo via Wikimedia Commons.