La loi de la CAQ sur les signes religieux est la faute à tout le monde

À un moment ou un autre, les quatre partis à l’Assemblée nationale ont tous défendu l’idée qu’il faut pratiquer la bonne religion pour travailler au Québec.
5.10.18
Photo : Paul Chiasson/La Presse Canadienne

La Coalition avenir Québec annonçait cette semaine son intention de forcer tous les employés de la fonction publique qui sont en position d’autorité d’abandonner leurs signes religieux sous peine d’être congédiés. La politique de la CAQ viserait non seulement ceux qui peuvent appliquer la loi et sévir contre ceux qui la brisent - les juges, policiers, gardiens de prison et procureurs de la Couronne -, mais aussi le personnel enseignant dans les écoles primaires et secondaires de la province.

La Presse faisait état vendredi des inquiétudes que suscite le projet caquiste auprès des enseignants qui pourraient perdre leur emploi en vertu d’une future loi que la CAQ n’a même pas pris la peine de rédiger avant d’évoquer la possibilité de la mettre à l’abri de la Charte canadienne des droits et libertés avec la clause dérogatoire. Si certains des intervenants dans l’article de La Presse se doutent que la loi ne sera jamais mise en place, l’Assemblée nationale n’y sera probablement pour rien. Et ce n’est pas juste parce que la CAQ dispose d’une majorité confortable qui lui assure l’adoption de toutes ses pires idées. C’est aussi parce que les trois partis d’opposition ont tous contribué à leur manière à établir le consensus déplorable qui règne sur la question des droits des minorités ethniques et religieuses au Québec.

Malgré les protestations de Philippe Couillard, qui s’est servi du point de presse où il annonçait sa retraite de la politique pour défendre l’idée que « le Québec doit demeurer un endroit où on juge les humains pour ce qu'il y a dans leur tête, pas sur leur tête », c’est le gouvernement du premier ministre sortant qui a ouvert le bal en adoptant la loi 62, désormais suspendue par la Cour supérieure, qui limite l’accès aux services publics pour les musulmanes qui portent le voile intégral. Visiblement, ce que certaines personnes ont sur la tête lui était assez important pour qu’il les empêche de prendre l’autobus.

Le Parti québécois, pour sa part, a fait campagne sur la promesse d’adopter une loi pratiquement identique à celle que la CAQ compte proposer. La seule différence est que celle du PQ aurait exempté les enseignants déjà en poste, mais elle aurait aussi inclus les nouvelles embauches d'éducatrices en garderie.

Enfin, ceux qui s’attendent à mieux de la part de Québec solidaire risquent d’être déçus. Le parti, qui compte plusieurs pour encourager diversifier l’embauche au sein de la fonction publique, dont des quotas, considère lui aussi que certaines minorités ethniques et religieuses devraient être exclues de celle-ci. En 2017, lors de l’adoption de la loi 62 des libéraux, QS voulait y ajouter une « interdiction du port de signes religieux pour les magistrats, les procureurs de la Couronne, les policiers et les gardiens de prison ainsi que pour la présidence de l’Assemblée nationale. » Donc la proposition de la CAQ, avec les enseignants en moins. Et lorsque le député fraîchement élu de Rosemont, Vincent Marissal, a semblé afficher un certain malaise avec la position du parti, Manon Massé lui a vite rappelé qu’il devait tomber dans le rang.

Quand la CAQ daignera enfin présenter son projet à l’Assemblée nationale, on peut donc s’attendre à un débat où tous les partis sont plus ou moins d’accord sur les grandes lignes du projet, soit que seules certaines convictions religieuses garantissent le droit de travailler au Québec et d’autres non, et que l’Assemblée nationale est en droit de décider lesquelles sont permises et celles qui ne le sont pas. Évidemment, tout ce débat autour de la corruption des moeurs et des institutions québécoises par les symboles religieux se déroulera dans une salle où trône un crucifix. Parce que l’ironie, ça n’a pas de prix.

L’essayiste américain (et raciste impénitent) H.L. Mencken a déjà écrit que « la démocratie est la théorie selon laquelle le citoyen moyen sait ce qu’il veut et mérite de s’en prendre plein la gueule ». Visiblement, c’est ce que le prochain gouvernement nous promet.

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